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Le Qatar mis au ban par ses voisins

Quinze jours après la visite de Donald Trump à Riyad pour un sommet arabo-musulman au cours duquel il a appelé à isoler l’Iran chiite, trois pays du Golfe -l’Arabie saoudite, Émirats, Bahreïn- ainsi que le Yémen et l’Égypte ont annoncé lundi 5 juin la rupture de leurs relations diplomatiques avec le petit émirat gazier.

Isolement terrestre, aérien, maritime 

Un communiqué de SPA, l’agence d’information officielle saoudienne, indique que ses frontières terrestres, aériennes et maritimes sont désormais fermées pour « protéger sa sécurité nationale des dangers du terrorisme et de l’extrémisme ».

Un boycottage économique est également appliqué. La compagnie aérienne Emirates basée à Dubaï a annoncé la suspension à partir de mardi matin de toutes ses liaisons avec Doha, la capitale du Qatar. Dans la foulée, c’est Saudi Arabian Airlines qui a suspendu ses vols vers le Qatar sans fournir de détails. Première conséquence de l’isolement du Qatar, la Bourse de Doha a ouvert en forte baisse lundi matin, perdant 7,6% dans la première heure des échanges.

« Cette mesure est injustifiée et fondée sur des affirmations et des allégations qui ne reposent sur aucune base factuelle », a fait savoir le ministère qatari des Affaires étrangères, selon des propos rapportés par la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera.

Différents rapports sur le terrorisme du département d’État américain ont toutefois montré que des personnalités qataries financent -avec la complaisance de l’émirat- le mouvement djihadiste en Irak et en Syrie.

Opération de com’ de Riyad 

Considérées comme un séisme diplomatique, cette rupture et ces tensions ne sont pourtant pas nouvelles. L’argument officiel avancé par Riyad est celui de la lutte contre le terrorisme dont Téhéran, ennemi juré de l’Arabie saoudite, serait l’épicentre de la menace. Les récentes attaques (Bagdad, Le Caire, Londres, Manchester) témoignent pourtant de la faiblesse d’une telle accusation, remarque ce lundi matin le site d’information sur le Moyen-Orient Al Monitor.

En réalité, la cristallisation des tensions est surtout liée au soutien apporté par Doha à la Confrérie des Frères musulmans et à son attitude plus nuancée sur les rapports qu’il faut entretenir avec l’Iran, ennemi juré de l’Arabie saoudite. Il faut dire que Téhéran et Doha se partagent le plus grand gisement offshore de gaz naturel au monde : « le North Dome field » pour le Qatar ou le « South Pars » pour l’Iran.

Si le Qatar est porté par ses propres intérêts économiques et énergétiques, ce positionnement est perçu par l’Arabie saoudite comme une volonté de mettre à mal son leadership régional.

Un précédent en 2014

En mars 2014, une grave crise diplomatique avait déjà éclaté entre le Qatar d’un côté, et l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis et Bahreïn de l’autre, en raison de la proximité de Doha avec les Frères musulmans en Égypte, renversés par l’armée en juillet 2013, et considérés comme des rivaux par Riyad qui craignent l’émergence d’un islam alternatif. L’Arabie saoudite, les Émirats et le Bahreïn avaient d’ailleurs rappelé leurs ambassadeurs pendant quelques mois. En septembre 2014, et sous la pression de ses voisins, le Qatar avait finalement expulsé de son territoire sept membres de la confrérie.

Toutefois, la confiance n’a pas été rétablie entre l’Arabie saoudite et la petite monarchie du Golfe qui a régulièrement cherché à se différencier (en Égypte en 2011 mais aussi sur le Yémen en 2009).

Il y a dix jours, la publication de propos accordés au cheikh qatari Tamim Ben Hamad Al-Thani ont provoqué l’ire de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Le jeune émir aurait notamment expliqué que l’Iran était « une puissance islamique avec laquelle il faut compter puisqu’elle contribue à la stabilité de la région ».

Doha a immédiatement riposté en assurant qu’il s’agissait d’un piratage informatique. Si ces propos n’ont pu être authentifiés, ils ont provoqué une escalade des tensions entre les deux camps qui aboutit aujourd’hui à une rupture des relations diplomatiques.

Dans la région, le sultanat d’Oman et le Koweït (qui a déjà joué le rôle de médiateur dans la crise de 2014) n’ont pour le moment pas réagi. Ils vont pourtant devoir se manifester rapidement au risque d’être vus comme des ennemis de l’alliance saoudienne.

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