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Les migrants clandestins algériens au cœur de la visite de Merkel à Alger

Les migrants clandestins algériens au cœur de la visite de Merkel à Alger

PPAgency

La chancelière allemande Angela Merkel a confirmé, lors de la conférence de presse qu’elle a animée, ce lundi 17 septembre, avec le premier ministre Ahmed Ouyahia au Centre internationale des conférences (CIC) Abdellatif Rahal, à l’ouest d’Alger, avoir abordé la question des migrants clandestins algériens en Allemagne.

« Sommes-nous disposés à recevoir 3700 personnes qui sont en séjour illégal en Allemagne ? Je vous confirme que l’Algérie récupérera ses enfants qu’il s’agit de 3000 ou de 5000 », a répondu Ahmed Ouyahia à une journaliste allemande qui l’interrogeait sur la situation de sans-papiers algériens en Allemagne.

Ce dossier fait l’objet de négociations entre les deux capitales depuis 2015. « Il y a un certain nombre de règles sur lesquelles nous sommes en parfait accord avec les autorités allemandes. Premièrement, il faut une identification pour savoir s’il s’agit d’Algériens. Nous le faisons très bien. Nous allons le faire à l’avenir d’une manière plus efficace puisque chez nous le fichier de l’identité est informatisé et les empreintes digitales sont numérisées. Cela va nous permettre d’aller plus vite. Deuxièmement, il y a au moins 700 laisser-passer auprès de nos missions consulaires en Allemagne qui attendent les concernés pour en bénéficier et revenir », a précisé le Premier ministre.

L’Algérie n’accepte pas de vols charters

L’Algérie, selon lui, a fait comprendre à l’Allemagne qu’elle n’accepte pas l’utilisation de vols charters (pour transporter les migrants irréguliers) avec tous les pays.

« Nous avons dit qu’Air Algérie fait six vols par semaine entre l’Algérie et l’Allemagne. C’est Air Algérie qui ramène aujourd’hui essentiellement les personnes qui ne sont pas en situation régulière (en Allemagne) à raison de cinq par vol. Si les autorités allemandes arrivent à convaincre la Lufthansa, qui assure onze vols entre l’Algérie et l’Allemagne, à ce moment-là le rythme et le nombre iront plus vite. En tout cas, en ce qui concerne le délai, nous travaillons en bonne entente entre le gouvernement algérien et le gouvernement allemand. Et nous tenons à évacuer le plus tôt possible ce dossier de nos relations qui sont marquées par l’excellence », a rassuré Ahmed Ouyahia.

Selon lui, 40.000 Algériens sont en situation légale en Allemagne. « Nous avons remercié le gouvernement allemand pour la qualité de l’accueil qui leur est réservé et pour les conditions dans lesquelles ils séjournent. L’Algérie mène déjà une action contre les migrants illégaux. Elle ne pouvait que s’entendre avec le gouvernement allemand sur le sujet des Algériens en situation illégale en Allemagne d’autant que nous possédons un accord de réadmission qui date de 1997. C’est un sujet que nous gérons avec beaucoup de sérénité et beaucoup d’amitié », a-t-il précisé.

Ahmed Ouyahia a rappelé que l’Algérie a été classée pays sûr par les autorités allemande (dans un projet de loi). Et, il a annoncé qu’à partir de cette base, l’Algérie a sollicité « amicalement » le gouvernement allemand « pour une mise en œuvre des demandes d’extradition judiciaire » faites par Alger. Il n’a pas donné plus d’indications sur ces demandes.

« On nous accuse de jeter les Africains dans le désert. C’est faux ! »

Ahmed Ouyahia a déclaré que la question de la création de Centres de rétention de migrants subsahariens voulus par l’Union européenne n’a pas été abordée lors des discussions avec Angela Merkel.

« L’Algérie est connue pour ses positions de principe. Nos amis européens sont connus pour être des pays très civilisés et notamment l’Allemagne (…) Je crois que l’Algérie livre bataille pour le reste de la communauté internationale au nord concernant la question des migrants illégaux par le travail qu’elle fait elle-même aux frontières sud pour empêcher annuellement 20.000 à 30.000 personnes de venir illégalement en Algérie et souvent d’Algérie de continuer leur chemin vers l’Europe », a-t-il dit.

« On nous accuse de jeter les Africains dans le désert. C’est faux. Je vous prendrai comme exemple, la caravane que mon pays a organisée en juillet ou en août avec un millier de personnes accompagnées pour retourner à leur pays en présence du Haut Comité aux Réfugiés (HCR) et en présence de l’Organisation internationale de migration (OIM). Je crois que leurs déclarations étaient suffisamment positives pour l’Algérie dans la limite de ses moyens », a ajouté Ahmed Ouyahia.

« Un pays sûr »

Angela Merkel a annoncé que son pays était disposé à aider l’Algérie à diversifier son économie, rappelant qu’il est « le plus grand pays d’Afrique ». « Un pays sûr », a-t-elle appuyé. Ahmed Ouyahia a, pour sa part, noté que l’Allemagne est le troisième partenaire commercial de l’Algérie « avec près de 4 milliards de dollars annuellement ».

« La relance de l’industrie mécanique en Algérie ces dix dernières années a eu lieu avec la participation de sociétés allemandes parmi les plus cotées au monde. Aujourd’hui, il y a des camions et des bus Mercedes produits, cela suffit comme titre. L’industrie mécanique à Ain Smara ou le complexe des moteurs Oued Hamimine sont allemands. Dans le secteur privé, nos amis de Sovac travaillent avec Volkswagen et Seat. Il n’y a pas de monopole sur le marché de qui que ce soit. La partie allemande est là. Et, il y a une vingtaine de dossiers de partenariat en discussions. J’espère que la plupart de projets seront concrétisés », a-t-il dit.

Ahmed Ouyahia a parlé de « d’une excellente séance » de travail entre les délégations des deux pays qui ont « une forte volonté d’aller de l’avant dans la coopération économique ». « Au même moment, des opérateurs algériens et allemands sont réunis à l’hôtel El Aurassi.. Nous avons également une coopération intéressante dans d’autres domaines y compris le domaine sécuritaire, y compris entre les deux ministères de la Défense nationale et les deux ministères de l’Intérieur », a-t-il souligné.

« Vous pouvez connaître l’Algérie par la presse électronique »

Irrité par une question d’une journaliste allemande sur la situation des droits humains et des libertés en Algérie, situation critiquée par  Amnesty Internationale, le Premier ministre a eu cette réponse : «  Si quelqu’un connait un pays dans le monde qui n’est pas critiqué par Amnesty International, je voudrais bien le savoir. Amnesty International est là et a ses avis, nous la respectons ». « Malheureusement, votre séjour est cours, mais vous pouvez connaître l’Algérie par la presse électronique. Je vous invite, parlant de liberté d’expression, à voir qui s’écrit et se qui se dessine comme caricatures dans la presse algérienne, avec 160 journaux, contre le président de la République, contre le Premier ministre et contre tout ce qui est institution. Et, je vous invite à vérifier s’il y a un journaliste qui a été poursuivi pour cela », a-t-il insisté.

Interrogé par une autre journaliste allemande sur le droit de la minorité homosexuelle en Algérie, Ahmed Ouyahia a répondu par dire que l’Algérie est une société qui a ses traditions. « Nous ne sommes pas pris dans un courant universel d’évolution. Un pays qui se rassemble, qui se réunit, qui se réconcilie. Et nous comptons continuer à avancer sur la base de nos valeurs », a-t-il répliqué.

Sur le plan régional, Angela Merkel a estimé que son pays était disposé à travailler avec l’Algérie sur le dossier libyen, sur la réconciliation inter-malienne et sur la lutte contre le terrorisme au Sahel. « Le règlement de la crise libyenne sera dans l’intérêt de l’Algérie et de l’Allemagne », a-t-elle dit.

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