
Après Abdelaziz Rahabi, c’est au tour de Amar Belani de recadrer l’ancien président tunisien Moncef Marzouki. L’ancien ambassadeur de l’Algérie à Bruxelles et à Ankara, déconstruit les arguments d’un homme au service du « narratif marocain » concernant l’Algérie et le Maghreb.
Dans la foulée, il renforce, avec des preuves, l’accusation d’agent du Maroc, lancée par Abdelaziz Rahabi à l’encontre de l’ancien locataire du Palais de Carthage.
A lire aussi : Imane Khelif dément sa retraite et accuse son ex-manager de trahison
Dans une contribution publiée sur sa page Facebook, Amar Belani reproche à Marzouki des « formules simplificatrices, approximatives et parfois manifestement trompeuses et mensongères » quand il a parlé de l’Algérie dans un récent entretien à Al Qods Al Arabi.
A lire aussi : Visas diplomatiques : l’Algérie accuse la France de « mauvaise foi »
D’abord, Amar Belani met en avant des éléments clés pour comprendre les positions pro-marocaines de Marzouki et son hostilité à l’Algérie, ce qui remet en cause l’impartialité du successeur de Ben Ali.
Amar Belani : le Maroc n’est pas un pays tiers pour Moncef Marzouki
« Le Maroc n’est pas, pour lui, un pays tiers parmi d’autres. Il le considère volontiers comme son second pays, celui où il a grandi, poursuivi sa scolarité, et où repose son père », relève Amar Belani.
A lire aussi : L’Algérie instaure un triple contrôle des importations
À cet ancrage « affectif et familial » s’ajoutent des « accointances profondes et de longue date avec des cercles politiques français influents (des cercles qui cultivent, au nom de la raison d’État, une pratique avérée de l’ingérence dans les affaires intérieures de certains pays maghrébins dont la trajectoire souverainiste est clairement assumée) », éclaire l’ancien diplomate algérien.
Ces « attaches » invitent à interroger la neutralité dont se prévaut Marzouki lorsqu’il se pose en « défenseur zélé de la position du Maroc dans les contentieux qui l’opposent à l’Algérie ou en éclaireur de l’agenda du pays européen en question », ajoute M. Belani.
« Mort clinique » l’UMA : Belani corrige Marzouki
L’ancien ambassadeur algérien démolit ensuite les arguments de Marzouki sur le Sahara occidental et la « mort clinique » de l’Union du Maghreb arabe.
« Attribuer le blocage de l’UMA à l’Algérie relève d’une manipulation mensongère que les faits démentent formellement », assène-t-il.
Belani rappelle que le Maroc qui a adressé le 20 décembre 1995 une lettre officielle à l’Algérie, alors présidente en exercice de l’UMA, demandant expressément « le gel des activités et institutions de l’Union. »
« C’est donc bien Rabat, et non Alger, qui a pris l’initiative de suspendre le fonctionnement des institutions maghrébines, réduisant depuis lors l’UMA à une coquille institutionnelle vide », rappelle-t-il encore à Marzouki qui soutient que l’Algérie est derrière l’échec de l’Union.
Amar Belani poursuit en rafraîchissant la mémoire de Marzouki concernant un autre épisode des relations entre l’Algérie et le Maroc : l’attentat de Marrakech en août 1994 et la fermeture des frontières terrestres entre les deux pays la même année.
« En août 1994, au lendemain de l’attentat perpétré contre l’hôtel Asni de Marrakech, le Maroc a imposé unilatéralement l’obligation de visa aux ressortissants algériens et, fait plus grave encore, aux Franco-Algériens (…) », a rappelé Amar Belani. Plus grave, tout au long des jours qui ont suivi cette décision, de très nombreux ressortissants algériens, alors présents sur le sol marocain, ont été soumis aux « pires vexations et brimades (expulsions manu militari de leurs hôtels, contrôles humiliants, traitements discriminatoires) autant d’épisodes qui ont durablement marqué la mémoire collective algérienne. »
En réponse aux « mesures unilatérales » et aux « accusations gratuites et offensantes proférées » à son endroit par Rabat que l’Algérie a pris la décision, en septembre 1994, de fermer sa frontière terrestre avec ce pays.
L’Histoire retiendra également, pour la mémoire, que les commanditaires et les exécutants de l’attentat de Marrakech « appartenaient tous au Mouvement de la jeunesse islamique marocaine, également connu sous le nom de Chabiba Islamia, une organisation d’obédience strictement marocaine », ajoute-t-il.
Pourquoi l’Algérie a dit non au sommet de l’UMA en 2012
Amar Belani revient aussi sur un autre épisode dans lequel Marzouki est impliqué : le sommet de l’UMA de 2012.
Selon lui, M. Marzouki a été « missionné » par le Roi du Maroc et s’était « employé à forcer la tenue d’un sommet de l’Union du Maghreb arabe, sommet dont il admettait lui-même, dans le huis clos des discussions diplomatiques, qu’il ne reposait sur aucune préparation sérieuse, aucun ordre du jour substantiel, et qu’il devait essentiellement se réduire à une photographie de famille. »
En plus de s’attribuer le mérite symbolique d’avoir réuni les chefs d’État du Maghreb, Moncef Marzouki avait d’autres desseins cachés.
« L’autre objectif non avoué était de vendre une « offre » purement rhétorique et tactique qui consisterait à proposer à l’Algérie un accès à l’Atlantique en contrepartie de son acceptation du plan marocain d’autonomie, ce qui reviendrait à transformer une question de principe en vil marchandage géopolitique », assume Amar Belani.
Face à cette démarche précipitée et retorse, l’Algérie a dit non à la tenue de ce sommet. « Notre position était claire, car une relance authentique de l’Union du Maghreb arabe ne saurait se satisfaire d’une mise en scène protocolaire », dévoile M. Belani.
Relance de l’UMA : les quatre exigences de l’Algérie
Pour l’Algérie, poursuit-il, la relance de l’UMA exige un « travail de fond » sur trois priorités structurantes : « la synergie des économies maghrébines, l’exploitation rationnelle des complémentarités entre les cinq pays, et la construction d’infrastructures communes susceptibles de donner corps, enfin, à cet espace régional intégré que les peuples appellent de leurs vœux depuis 1989. »
Amar Belani ajoute une autre exigence posée par l’Algérie : la « condition sine qua non d’obtenir du Maroc un engagement irrévocable qui consiste à découpler, une fois pour toutes, le traitement des relations algéro-marocaines et la relance du processus maghrébin, d’une part, du règlement de la question du Sahara occidental par les instances onusiennes compétentes, d’autre part. »
Amar Belani reproche aussi à Moncef Marzouki un certain nombre de déclarations et d’initiatives, comme quand il a déclaré « publiquement que Tunisiens et Algériens pourraient désormais circuler entre les deux pays sur simple présentation d’une carte d’identité » ce qu’il qualifie d’annonce « irresponsable ».
Il reproche aussi d’avoir présenté lors de sa tournée à Rabat, de « manière retorse et détournée », une offre de médiation entre l’Algérie et le Maroc, qui a suscité une « réplique immédiate de la partie algérienne qui a récusé cette offre. »
Le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères avait qualifié l’idée de médiation « de pure vue de l’esprit, (pour ne pas dire farfelue) car tous les canaux étant déjà ouverts entre pays frères »
« L’empressement brouillon » de l’ancien président tunisien a « fait échouer des pourparlers alors en cours et qui étaient sérieusement engagés, à l’initiative d’ailleurs de l’Algérie », révèle encore M. Belani en accusant Moncef Marzouki de porter une « responsabilité directe dans l’échec d’une fenêtre diplomatique qu’il prétend aujourd’hui déplorer. »
Accès à l’Atlantique : une manœuvre destinée à discréditer l’Algérie
Amar Belani corrige aussi Moncef Marzouki sur Tindouf et les réfugiés sahraouis que l’ancien président tunisien a qualifié de « détenus ».
« Marzouki commet une grave falsification car il reprend à son compte le narratif et les éléments de langage des autorités marocaines. Cette formulation scandaleuse efface ainsi les terribles circonstances historiques de leur exode après 1975 », souligne l’ancien diplomate algérien, en rappelant à Marzouki, qui « fait mine d’oublier » que des dizaines de milliers de Sahraouis ont fui les « combats et les bombardements marocains ».
« En reprenant cette terminologie officielle marocaine, Marzouki fait montre d’une complaisance (soumission) qui en dit long sur sa vassalité à l’égard des autorités marocaines », assène M. Belani pour appuyer ses dires et ceux de Rahabi sur les liens entre Rabat et l’ancien président tunisien.
L’ancien ambassadeur d’Algérie à Ankara évoque le conflit au Sahara occidental et le prétendu « intérêt » de l’Algérie à un accès à l’Atlantique.
En proposant la tenue du Sommet de l’UMA en 2012, Marzouki avait laissé « flotter une ‘offre’ purement rhétorique et tactique qui consisterait à proposer à l’Algérie un accès à l’Atlantique en contrepartie de son acceptation du plan marocain d’autonomie, ce qui reviendrait donc à transformer une question de principe en marchandage géopolitique », accuse M. Belani, avant de rappeler la position de principe de l’Algérie sur la question sahraouie.
« Que l’on soit clair sur ce point : l’Algérie, premier pays d’Afrique par sa superficie, puissance de premier plan du monde arabe et acteur incontournable de l’espace méditerranéen, n’a jamais, à quelque niveau que ce soit de son appareil politique ou diplomatique, soulevé, discuté ou sollicité un quelconque accès à l’océan Atlantique », affirme-t-il.
Pour lui, ce « leurre, forgé de toutes pièces par les autorités marocaines et relayé complaisamment par certains relais médiatiques, poursuit un objectif limpide qui consiste à instiller le doute sur la constance de la position doctrinale algérienne quant à la défense du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, droit inscrit dans la Charte des Nations unies et réaffirmé par l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice de 1975. »
En laissant accroire que l’Algérie serait disposée à monnayer ce principe contre un avantage territorial ou économique, cette « manœuvre cherche à discréditer, aux yeux de l’opinion tant nationale qu’internationale, un engagement qui n’a jamais varié depuis l’indépendance », appuie M. Belani.
Enfin, l’ancien ambassadeur algérien conseille à Moncef Marzouki de « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler de l’Algérie ».
« Certaines affirmations exigent davantage que des formules toutes faites et des raccourcis politiques. Elles exigent de respecter les faits, l’histoire et la complexité des réalités maghrébines », conclut-il.