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Lutte anti-Covid, trafic aérien, 3e vague : entretien avec le Pr Belhocine

Lutte anti-Covid, trafic aérien, 3e vague : entretien avec le Pr Belhocine

Pr Mohamed Belhocine, président de la Cellule de suivi des enquêtes épidémiologiques et membre du Comité scientifique de la  Covid-19

Le Pr Mohamed Belhocine est le président de la Cellule de suivi des enquêtes épidémiologiques et membre du Comité scientifique de la Covid-19. Dans cet entretien, il explique les raisons de la décrue de l’épidémie de coronavirus en Algérie, des personnels soignants, du vaccin anti-Covid, des enquêtes épidémiologiques, d’une application de suivi des cas positifs…

Les mesures de confinement en Algérie ont été prolongées mercredi pour 15 jours supplémentaires. Quelle est votre réaction ?

Pr Mohamed Belhocine. D’abord, je dois exprimer mon soulagement de voir que les chiffres des nouveaux cas, des décès et du nombre des hospitalisations en réanimation ont diminué de façon significative. Cette baisse est confirmée par nos collègues qui sont sur la ligne de front dont je salue les efforts.

D’autre part, je suis soulagé par la reconduite de ces mesures, elles qui ont joué clairement un rôle dans la baisse du nombre de cas. Ces mesures sont importantes, parce que l’on a bien vu l’effet du choc provoqué par le nombre très élevé de cas confirmés de Covid-19 et des décès, avec le lot de souffrances individuelles et collectives induites.

Il y a aussi l’effort de faire appliquer les mesures barrières par l’autorité publique qui ont porté leurs fruits. Ceci dit, nous avons encore des centaines de nouveaux cas chaque jour, ce qui veut dire que le virus continue de circuler au sein de la communauté, et dans ce cas il n’est pas question de baisser les bras maintenant et de se dire qu’on revient à la normale.

À ce titre, je salue la mesure de prolongation du confinement prise par le gouvernement.

De plus en plus d’experts évoquent le scénario d’une 3e vague de la Covid en Algérie. Êtes-vous du même avis ?

Je n’ai jamais voulu rentrer dans ce genre de polémiques. Je regarde les chiffres et la tendance générale de la courbe et je dis qu’après-coup, en juillet nous avons eu un pic, ou en décembre nous avons eu un pic qui était plus ou moins haut que celui de juillet. Est-ce qu’on appelle ça une vague ou pas, franchement ça importe peu.

Ce qui m’importe le plus, c’est les pressions sur la société, sur la vie économique et sur le système hospitalier. Lorsque ces pressions sont basses et (permettent) aux gens de continuer à vivre à peu près normalement, c’est tant mieux. Si cette pression remonte, il faut dans ce cas prendre des mesures pour y faire face.

Prochainement, il y aura la rentrée universitaire. L’on est presque habitué qu’à chaque nouvel événement il y a une reprise de l’épidémie. Comment éviter ce scénario ?

« Comme pour l’école, il n’est pas question de sacrifier des générations entières »

Écoutez, nous avons déjà eu l’expérience de la rentrée scolaire, dont le déroulement a été beaucoup moins catastrophique que ce que certaines voix ont suggéré en disant même qu’il ne fallait pas rouvrir les écoles. Il est vrai que la différence avec l’université c’est que nous avons affaire à une population adulte, donc un peu plus susceptible que la population infantile à la transmission du virus.

Et comme il s’agit d’une population d’adulte, il est plus facile de lui lancer un appel à la responsabilité, dire à la communauté universitaire que notre destin est entre nos mains, soyons citoyens responsables et appliquons les mesures barrières, de sorte que nous minimiserons les risques des contaminations. Comme pour l’école, il n’est pas question de sacrifier des générations entières.

Les personnels de santé algériens paient chaque jour un lourd tribut dans leur bataille contre la Covid-19. Que pouvez-vous dire à ce propos ?   

Je rends hommage à tous les collègues et les personnels du secteur de la santé qui ont été victimes de cette pandémie. Je dis aussi que les personnels de santé doivent redoubler de vigilance et se former de façon extrêmement précise sur ce qu’on appelle la prévention et le contrôle de l’infection.

Les pays où les personnels de santé ont bénéficié de cette formation sont ceux où il y a eu moins d’infections chez les soignants. Cette formation existe et ne dure pas longtemps et l’OMS l’offre en ligne gratuitement. Ça donnerait une protection individuelle plus grande aux personnels soignants et ça permettrait aussi aux structures sanitaires d’avoir une conscience collective par rapport à la sécurité sanitaire en lien avec la Covid-19, dans l’organisation de l’espace de travail, dans les mécanismes d’évitement de la contamination. Et ainsi, il y aurait moins de personnels de santé infectés par ce virus.

Qu’en est-il des enquêtes épidémiologiques sur le terrain ?  

« 10 000 enquêtes épidémiologiques réalisées depuis juin »

Les enquêtes épidémiologiques se poursuivent sur le terrain, l’augmentation du nombre de cas les rend un peu plus difficile mais elles se poursuivent. Je me réjouis de constater que l’application informatique que nous avons mise en place depuis le mois de juin est en train de donner d’excellents résultats.

Nous avons dépassé maintenant 10 000 enquêtes sur les wilayas qui ont bien voulu commencer à l’utiliser. Nous arrivons à faire un travail de suivi des contacts autour des cas identifiés, et aussi le suivi du confinement autour des cas positifs identifiés. Évidemment tout n’est pas rose, mais c’est un effort important sur lequel notre pays pourra, je l’espère, capitaliser pour d’autres épidémies.

Comment procédez-vous dans vos enquêtes et comment fonctionne cette application ?        

Premièrement, à chaque fois qu’il y a un nouveau cas notifié, on se rend au domicile de la personne et parfois sur son lieu de travail et on recherche les sujets contacts. Pour les identifier, on les géolocalise grâce à une application appelée « Covidtracker », qui fonctionne sur tablette ou sur Smartphone.

Une fois l’enquête enregistrée, elle est automatiquement versée à la base de données « Sentinelle » du ministère de la Santé, et qui permet d’avoir immédiatement la statistique de ce qui est en train de se passer dans les enquêtes épidémiologiques.

Au niveau de chaque wilaya, le DSP peut voir le nombre d’enquêtes réalisées dans sa wilaya. Le ministère peut suivre la situation sur le plan national. L’application est extrêmement simple d’utilisation, sécurisée en termes d’accès, elle permet de générer en temps réel des données statistiques très précises sur le nombre d’enquêtes épidémiologiques effectuées.

Est-ce qu’on peut envisager aujourd’hui une reprise du trafic aérien sans grand risque ?   

Reprise du trafic aérien : « Il faut laisser l’autorité supérieure décider »

Tous les pays essaient de trouver un juste milieu entre éviter d’être complètement enfermé et d’un autre côté de, se faire recontaminer massivement si on rouvre les frontières. Et certains sont en train de revenir sur cette décision même indirectement.

En effet, la reprise du trafic aérien n’est pas réellement effective dans ces pays, puisqu’elle est limitée par toute une série de mesures ; d’autres ont repris le transport aérien mais seuls leurs ressortissants sont autorisés à rentrer.

Cela pourrait être une solution…

Effectivement. Mais il faut laisser l’autorité supérieure décider de la meilleure stratégie pour notre pays. D’une part, pour laisser plus ou moins de liberté de mouvement tout en restant extrêmement vigilant pour ne pas se faire réinfecter.

Les vaccins anti-Covid ont connu des avancées technologiques remarquables. Est-ce que l’Algérie a mis en place une stratégie vaccinale ?   

En effet, on assiste à d’énormes avancées technologiques. Pour autant, il faut garder la tête froide, il faut continuer à observer et maintenir les principes de rigueur scientifique et de prudence. On a affaire à la santé des citoyens et le droit à l’erreur n’est pas permis en ce qui concerne les dispositions à prendre pour utiliser le ou les vaccins.

En Algérie, il y a une très grosse réflexion qui a été faite avec différents scénarios. La réflexion avance et vous avez vu que des groupes de travail ont été installés.

Comment doit être envisagée la campagne de vaccination anti-Covid en Algérie ?

En termes de principes généraux, il faut vacciner les personnels qui sont en première ligne dans la lutte contre l’épidémie, notamment les soignants, les corps constitués et aussi les populations vulnérables.

Les personnes souffrant de maladies chroniques sont-elles susceptibles d’être vaccinées ? C’est une question à laquelle nous n’avons pas totalement la réponse. Il s’agit de prendre les mesures les plus sûres et les plus inoffensives et efficaces possibles, en sachant qu’il y a encore des points d’interrogations pour lesquelles des réponses ne sont pour l’instant pas encore été données.

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