
La Libye fait actuellement l’objet de manœuvres pressantes et concertées impliquant trois pays : le Maroc, Israël et les Émirats arabes unis.
Abou Dabi en assure le leadership, notamment à travers ses liens avec la famille Haftar et, plus particulièrement, Saddam Haftar, considéré comme l’héritier présomptif de son père.
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Ce dernier a rencontré Benyamin Netanyahou à Dubaï, tandis que son frère Khaled, chef d’état-major, vient d’effectuer un séjour à Rabat.
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Libye : première visite de Khaled Haftar, chef d’état-major des forces de l’Est, au Maroc
Quelques jours après l’éviction du président du parlement libyen de l’est Aguila Saleh, Khaled Haftar, chef d’état-major des forces de l’Est, s’est rendu à Rabat pour rencontrer des responsables militaires marocains.
Cette visite, présentée comme la première d’un haut responsable militaire de l’Est libyen au Maroc, ouvre un nouveau canal diplomatique pour le clan. Elle intervient dans un contexte de rivalité entre Rabat et Tripoli, après l’annonce de la candidature du gouvernement libyen à un siège non permanent au Conseil de sécurité pour 2027-2028, face au Maroc.
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Les convergences entre Israël, les Émirats et le Maroc, renforcées par les accords d’Abraham de 2020, confirment leur rapprochement autour du futur pouvoir libyen. Des contacts entre des responsables israéliens du renseignement et Saddam ont eu lieu dès 2021.
La famille Haftar est ainsi devenue un enjeu central des rivalités d’influence en Libye.
L’éviction d’Aguila Saleh et la succession de Khalifa Haftar
Le 6 octobre 2026, la Chambre des représentants de Benghazi a évincé Aguila Saleh, qui présidait cette institution depuis douze ans. Ce changement intervient alors que la succession de Khalifa Haftar se précise. Saddam apparaît comme le principal bénéficiaire de cette recomposition, avec le soutien des Émirats, partenaires historiques de son père.
L’engagement émirati et l’assistance militaire apportée à Haftar répondent à deux objectifs stratégiques : contenir les forces liées aux Frères musulmans et préserver l’influence d’Abou Dabi en Méditerranée et en Afrique.
Les relations d’Aguila Saleh avec Le Caire lui conféraient une autonomie devenue encombrante à mesure que la succession de Haftar se précisait.
Il convient de relever que Saddam Haftar a été reçu à Abou Dabi par Mansour ben Zayed avant cette éviction. Ces éléments confirment la convergence entre les intérêts émiratis et l’ascension de Saddam.
Pour Abou Dabi, l’enjeu consiste à préserver son influence au-delà de la génération du maréchal et à favoriser une transition qui ne remette pas en cause ses intérêts.
Le dossier soudanais, autre levier de l’influence émiratie
Le dossier soudanais éclaire cette stratégie. Plusieurs enquêtes font état de transferts logistiques passant par l’Est libyen pour soutenir les Forces de soutien rapide (RSF), engagées dans la guerre contre l’armée soudanaise.
La base de Koufra et les infrastructures contrôlées par le clan Haftar occupent une place importante dans ces opérations. Le contrôle de l’Est libyen représente donc un atout stratégique pour Abou Dabi.
L’Égypte, qui s’oppose aux RSF, défend des intérêts contradictoires avec ceux des Émirats sur ce dossier.
Un Saddam renforcé à Benghazi pourrait ainsi contribuer à préserver un corridor que Le Caire souhaite neutraliser. Le Caire entretient de meilleures relations avec Belgacem et Khaled Haftar. La tentation de les utiliser contre Saddam, dans le cadre d’une concurrence entre héritiers, n’est donc pas à exclure.
Washington, Paris, Ankara : les autres acteurs de la succession
La recomposition libyenne dépasse cependant le face-à-face entre Abou Dabi et Le Caire.
Washington a ouvert un canal politique direct avec Saddam, reçu par le secrétaire d’État Marco Rubio en juin 2026.
Les discussions ont porté sur la réunification des institutions militaires, économiques et politiques. Des analyses attribuent à l’émissaire américain Massad Boulos un rôle dans la recherche d’un compromis susceptible de placer Saddam à la tête de l’État, tout en maintenant Abdelhamid Dbeibah au gouvernement.
Ce scénario offrirait à Saddam Haftar une légitimité nationale sans nouvelle offensive contre Tripoli, tout en préservant les intérêts des puissances étrangères présentes en Libye.
La France et la Turquie ont également développé leurs contacts avec Saddam. Emmanuel Macron l’a reçu à Paris en juin 2026.
Dans une démarche pragmatique visant à unifier l’Est et l’Ouest libyens, la Turquie cherche à protéger ses intérêts économiques et maritimes, notamment ceux liés à l’accord maritime de 2019.
Paris veut conserver ses relais sécuritaires dans une région étroitement liée aux équilibres sahéliens. Le Royaume-Uni maintient principalement un dialogue sécuritaire et politique avec Khalifa Haftar.
La Russie et l’Égypte conservent, elles aussi, des relations étroites avec le maréchal et plusieurs de ses fils.
Le pari émirati face aux rivalités entre héritiers
Le pari émirati repose donc sur plusieurs objectifs : préserver un partenaire historique, sécuriser ses réseaux logistiques, peser sur la succession de Khalifa Haftar et influencer une éventuelle solution politique soutenue par Washington.
Mais cette stratégie se heurte aux rivalités entre les fils du maréchal, aux résistances à Tripoli et aux intérêts divergents de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de la Russie, de la Turquie et des capitales occidentales.
Chaque puissance cherche à préserver ses positions sans nécessairement soutenir le même héritier. La famille Haftar multiplie ainsi les canaux internationaux, au risque de voir ses rivalités internes devenir un terrain de compétition entre parrains étrangers.
La question dépasse désormais la succession du maréchal Haftar. Elle concerne le contrôle des institutions, des ressources et des corridors stratégiques libyens.
La Libye s’achemine-t-elle vers une réunification institutionnelle sous l’impulsion américaine ou vers la consolidation d’un pouvoir familial tributaire de parrains étrangers aux intérêts contradictoires ?