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Mémoire, visas, jeunesse, projets, l’émir Abdelkader…Ce que Macron a dit à TSA

Mémoire, visas, jeunesse, projets, l’émir Abdelkader…Ce que Macron a dit à TSA

Anis Belghoul / PPAgency / New Press

Emmanuel Macron a accordé, ce mercredi 6 décembre, un entretien vidéo exclusif à TSA lors de sa visite à Alger. Voici les principales déclarations du président français :

Relations bilatérales : « L’Algérie est un partenaire historique, stratégique et d’avenir dans la région et au- delà parce que la position géographique, parce que notre relation historique et parce que nos peuples l’ont ainsi déterminé. L’axe Alger-Paris est extrêmement structurant sur le plan économique avec toute l’Afrique. C’est une des portes d’entrée dans le continent africain ».

Lutte contre le terrorisme : « Sur le Sahel, il y a un travail considérable qui est conduit par la France en lien avec les cinq pays du G5 Sahel. La France, comme vous le savez, est engagée depuis plusieurs années, d’abord au Mali et, maintenant, sur la bande sahélo-saharienne avec l’opération Barkhane qui a succédé à l’opération Serval. Les plus de 4000 hommes qui sont présents sur ce territoire sont déterminants dans la lutte contre le terrorisme qui est un fléau terrible pour toute la région et l’Algérie, qui l’a vécu dans sa chair, le sait. Pour réussir, pour gagner cette bataille, nous avons absolument besoin d’intensifier les efforts. C’est d’ailleurs l’objectif de la réunion que j’ai eu, il y a quelques jours avec les membres du G5 Sahel en marge du sommet de l’Union Africaine et de l’Union européenne à Abidjan. Il y a des décisions que nous allons prendre les prochaines semaines pour accélérer et renforcer les efforts sur le plan militaire et de la coopération en matière de renseignement ».

Le rôle de l’Algérie : « Sur ce point, j’attends beaucoup de l’Algérie. L’Algérie est une grande puissance qui a été toujours exemplaire et courageuse dans la lutte contre le terrorisme. Et, nous avons besoin dans cette zone sahélienne d’avoir encore plus de travail en commun. Et, donc, moi, je souhaite qu’on intensifie les opérations en commun, les échanges d’intelligences et un vrai travail accru (…) La lutte contre le terrorisme va être déterminante pour toute la région, pour le reste de l’Afrique et pour l’Europe. Se joue aujourd’hui dans cette route de la bande sahélo-saharienne jusqu’en Méditerranée, l’avenir de nos pays. Nous devons donc être pleinement déterminés et intraitables ».

La Libye : « Nous devons stabiliser la situation politique. Je l’ai dit à plusieurs reprises : je considère que l’intervention occidentale en Libye a été une erreur. L’Algérie fait partie des grands voisins dont la voix compte pour trouver une solution »

Le colonialisme et la mémoire : « J’ai une chose qui était forte et que j’assume pleinement. Il y a eu en effet ce crime contre l’humain qui a été fait. Et, je regarde toutes les histoires et toutes les mémoires de nos pays. Ce sont des histoires qui sont faites d’humiliation et de violence qu’il faut condamner et que j’ai reconnues. Ce sont des histoires qui sont parfois d’amour et de moments heureux. Vous savez, il y a des millions de Françaises et de Français qui ont quitté l’Algérie au moment de l’indépendance et qui ne se sont jamais remis tant ils aimaient l’Algérie. Il y a aujourd’hui des millions d’Algériens, de la jeunesse, qui regardent la France comme un pays ami et qui ont envie d’y aller. Donc, les choses sont plus compliquées que cette simple relation. Donc, ce que je souhaite faire, c’est d’abord de reconnaître toutes ces mémoires, de leur donner leur juste place et de ne pas dire qu’il y a une Histoire officielle qui nie les parts sombres de ce qui a été fait. C’est là où je souhaite que cette reconnaissance soit entière avec des jalons dans ce travail de mémoire conjoint que nous devons conduire et qui vont m’amener à prendre, moi-même, des décisions fortes vis-à-vis de l’Algérie en particulier certaines restitutions pour lesquelles, je suis prêt. Chez moi, il n’y a pas de repentance. Il y a un espace, celui de la reconnaissance mutuelle qui n’est ni le déni ni la repentance. Le piège, c’est de rester dans le déni, de ne jamais en parler ou d’être dans la repentance permanente. C’est de ne jamais en sortir. Je crois que le cœur de notre relation, c’est de reconnaître ce qui a été fait de bien comme de mal. J’ai reconnu avec beaucoup de force le mal qui avait été fait et je souhaite d’ailleurs qu’on ravive la relation et tout le travail mémoriel entre nos deux pays que la restitution des crânes (des résistants algériens actuellement déposés en France, NDLR) soit décidée. Je la déciderai, je suis prêt, et que des gestes symboliques puissent aller en cette direction ».

L’émir Abdelkader : « Nous sommes ici sur une place symbolique, dans cette librairie, celle d’un héros du peuple algérien qui s’est battu contre la France, Abdelkader. La force de ce héros algérien, c’est qu’il a su ne pas s’enfermer dans le passé, c’est qu’il a su ne pas s’enfermer dans les pages les plus sombres. Il est devenu ami de la France. Soufi, il a protégé les chrétiens. Il a voulu construire un vrai nationalisme algérien en regardant l’avenir et en n’étant pas l’otage de son propre passé ».

L’École 42 à Alger : « J’ai envie qu’on crée ici de l’activité économique et de l’entreprenariat là où nous avons parfois comme des blocages ou des relations qui sont encore déterminés par le passé. C’est pour cela que je suis venu aussi avec des entrepreneurs. Je souhaite par exemple qu’on puisse ouvrir une École 42 à Alger. Xavier Niel, le patron d’Iliad, m’accompagne. Il est prêt à le faire. Il a fait quelque chose de formidable à Paris. Cette École 42 est ouverte à tous les jeunes qui veulent faire de l’informatique ».

Les visas et les jeunes : « J’ai entendu beaucoup de jeunes tout à l’heure en remontant la rue. Certains me disaient : les visas. J’ai répondu : qu’est-ce que vous voulez faire. Ils ne savaient pas ce qu’ils vont faire. Mais avoir un visa pour la France n’est pas un projet. Avoir un projet, c’est de construire sa vie sur le plan familial et personnel. La France peut être une étape mais ça ne peut pas être l’objectif. La France elle-même a un immense travail d’intégration et de construction de sa vie économique. Parfois, certains pensant que ça va être un eldorado et se retrouvent déçus en arrivant en France. Ils vont dans les quartiers qui sont le plus en difficultés et dans des filières où ils ne réussissent pas forcément. Donc il faut qu’on change les mentalités collectives. Durant les dernières années, on a doublé le nombre de visas. Plus de 400.000 visas ont été donnés l’année dernière.

Moi je souhaite qu’on regarde les choses au cas par cas. Qu’on puisse d’abord avoir une politique très volontariste avec des visas de circulation qui facilitent la vie des intellectuels, des artistes, des hommes d’affaires, des femmes politiques qui doivent circuler entre nos deux pays. Qu’on puisse ensuite avoir des visas évidemment étudiants mais qu’on puisse regarder aussi si les filières peuvent se développer en Algérie. Il faut que la France vienne développer aussi des filières académiques d’excellence en partenariat avec les universités algériennes. Le partenariat doit être équilibré entre nos deux pays. Je veux des jeunes qui ont envie de réussir ici, qui réussissent ici et qui montrent l’exemple. Après s’il faut partir en France pour réussir dans sa discipline ou pour accéder à telle ou telle formation, il faut que les visas soient tout à fait simple à obtenir et qu’on puisse une fois le diplôme obtenu, soit travailler en France si on fait ce choix, soit venir retravailler en Algérie mais avec aussi des échanges facilités ».

Investissements français : « J’étais tout à l’heure avec le président du conseil (de la Nation). Il me disait que les Chinois sont beaucoup mieux que vous et plus dynamiques. J’ai dit : on va faire mieux. Je vais motiver nos entreprises pour qu’ils viennent. J’ai ajouté aussi que vous n’êtes pas un pays qui fait tout ce qu’il faut pour attirer les investisseurs. Sur le plan économique, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas faites comme partout. Il y a le contrôle des changes qui reste quand même très contraignant. Ce n’est pas une économie qui s’est ouverte. On doit pouvoir se dire les choses de manière très adulte comme deux pays partenaires. Moi aussi je souhaite qu’il y ait des Algériens qui puissent davantage investir en France parce que vous avez de grands entrepreneurs. M. Rebrab a par exemple racheté des marques françaises, des structures et des entreprises en France. Je m’en félicite. Il faudrait qu’il y en ait d’autres puisque le marché français doit être ouvert au marché algérien ».

Nos entreprises doivent venir investir en Algérie au maximum. Mais il faudrait aussi qu’il y ait un cadre d’investissement plus ouvert et plus protecteur pour toutes celles et ceux qui viennent sur ce marché. Donc il faudrait moderniser aussi l’économie algérienne pour les Algériens qui entreprennent et pour les étrangers qui sont prêts à venir entreprendre. Quand ça ne va pas, il ne faut pas simplement dire que c’est peut-être ta faute. Quand ça ne va pas, c’est peut être notre faute à tous les deux. Si on peut faire mieux, cela veut dire que la France doit pouvoir faire mieux. Je vais m’occuper de motiver nos entreprises. Mais cela veut sans doute dire aussi que la politique algérienne peut aussi mieux faire sur le cadre d’investissement ».

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