
Le rapport 2025 de la Cour des comptes a fait le point sur la mise en œuvre effective du Plan national anticancer (PNC) en Algérie qui enregistre 60.000 cas de cancers chaque année.
Le suivi du degré de mise en exécution du PNC entre 2015 et 2019 a permis de mettre en lumière, a indiqué la Cour des comptes dans son rapport annuel publié dimanche 28 décembre, les avancées accomplies à la faveur des financements importants mobilisés par l’Etat, notamment en termes de construction et d’équipement des centres de lutte contre le cancer (CLCC) et leur dotation en ressources humaines.
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Des contraintes et des dysfonctionnements
« Des progrès qui restent, néanmoins, en deçà des mesures énoncées dans le PNC, surtout en matière de développement du dépistage organisé, de normalisation et de modernisation des structures de diagnostic et d’amélioration de la chaîne de soins dans son ensemble », est-il mentionné dans le rapport.
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L’Algérie a déployé « d’importants moyens » pour la mise en œuvre du PNC, en termes de « financement, ressources humaines et d’équipements nécessaires à la lutte contre le cancer », selon le rapport.
Cependant, les contraintes rencontrées dans la gestion de ces ressources ont « altéré l’efficacité de leur utilisation pour l’atteinte des objectifs du Plan », ont constaté les évaluateurs de l’institution publique.
Moyens financiers en hausse
Il est à noter que le huitième axe du PNC porte sur le renforcement des capacités financières dédiées à la prise en charge des cancers. Toutefois, « l’absence d’une évaluation financière des mesures ne permet pas d’arrêter les coûts et de vérifier l’efficacité des fonds alloués », a constaté la Cour dans son rapport.
La Cour des comptes rapporte que l’Algérie a mobilisé 300 milliards de dinars dans la lutte contre le cancer, mais elle émet des réserves sur ce chiffre.
« L’estimation avancée de 300 milliards de DA (2,3 milliards de dollars au taux de change actuel) pour 2015-2019, sans fondement précis, ne permet pas d’évaluer correctement l’exécution financière du plan ni d’identifier les écarts entre prévisions et réalisations », est-il spécifié dans le document.
Les budgets de fonctionnement alloués à certains établissements, enregistrant une activité intense de lutte contre le cancer ont été augmentés.
C’est le cas des budgets alloués au fonctionnement des services d’oncologie de 56 établissements qui sont passés de 30,780 milliards de DA en 2016 à 33,44 milliards de DA en 2017. En parallèle, les services d’hématologie sont dotés de 16,72 milliards de DA en 2017 contre 15,39 milliards en 2016.
Parmi les contraintes administratives, budgétaires et techniques affectant l’efficacité des dépenses figurent, a constaté le rapport, entre autres, la « lenteur des procédures d’engagement et d’ordonnancement, l’arrêt des processus des appels d’offres pour l’acquisition d’équipements et de médicaments, le manque de coordination entre les services de tutelle et les établissements…».
Par ailleurs, les crédits d’équipement destinés à la réalisation des centres de lutte contre le cancer accusent une « faible » consommation annuelle, se traduisant par des « retards dans l’achèvement des infrastructures, des réévaluations budgétaires fréquentes et une augmentation des coûts de construction », a signifié la Cour dans son rapport.
Pis, les vérifications sur place ont permis de relever que ces centres, « des années après leur ouverture, ne sont pas entièrement mis en service. Certains services essentiels étant inopérants en raison de retards dans la livraison des équipements et/ou de l’insuffisance des personnels, limitant ainsi la prise en charge des patients », ont déploré les auteurs de cette évaluation.
Des recrutements insuffisants par rapport au déficit en ressources humaines
La majorité des établissements contrôlés par les experts de la Cour, rencontre des difficultés liées au manque de personnel, en raison de « l’insuffisance des postes budgétaires accordés par rapport aux besoins exprimés, des difficultés de pourvoir les postes vacants, faute de disponibilité de candidats répondant aux exigences des postes prévus ».
Pour illustrer ce constat, le rapport a cité comme exemples, le CPMC (Centre Pierre et Marie Curie) d’Alger et le CLCC (Centre de lutte contre le cancer ) de Sétif qui ne couvrent, de 2015 à 2022, en moyenne, qu’à peine 60% de leurs besoins en ressources humaines.
En 2023, le CLCC Adrar fait état d’un besoin de 81 postes supplémentaires dans le corps paramédical, alors que celui d’El Oued enregistre un besoin de 110 postes, tous corps confondus. Le CLCC d’Oran ne dispose que d’un seul radiologue, ce qui affecte les services de la radiothérapie et le dépistage.
En termes plus clairs, la cadence des recrutements ne compense pas le rythme des départs, ce qui maintient les établissements dans une situation de sous-effectif chronique. Et le cas du CPMC est édifiant, ont révélé les contrôleurs de la Cour des comptes.
Sous-utilisation des infrastructures et gestion inefficace des équipements
Le rapport de la Cour des comptes fait ressortir en outre, une mise en service incomplète des CLCC. Ceux-ci, rencontrent des difficultés d’opérationnalisation après leur ouverture. Plusieurs services essentiels restent, par conséquent, partiellement ou totalement non fonctionnels.
Le rapport de la Cour sur le dépistage des cancers, est sans complaisance : «le dépistage n’a pas atteint ses objectifs, en raison principalement de l’absence d’une identification correcte des populations cibles et d’une mobilisation efficace des ressources humaines, financières et matérielles ainsi que du manque de personnel formé et de réseaux pluridisciplinaires solides de sa mise en œuvre ».
Délais de rendez-vous de la radiothérapie insoutenables
Sur un autre registre, la création des nouveaux CLCC n’a pas permis un désengorgement net des structures existantes, notamment du CPMC d’Alger et du CLCC d’Oran, mais elle a contribué à stabiliser la situation de la prise en charge des patients face à l’augmentation continue du nombre de cas de cancer qui est passé de 45 000 à 60 000 entre 2014 et 2024.
« C’est ainsi que les délais de rendez-vous (RDV) de la radiothérapie sont toujours en deçà des besoins. Au CPMC, les délais de RDV, selon les responsables, dépassent généralement les six mois », note le rapport.