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Planche à billets : la Banque d’Algérie règle ses comptes avec Ouyahia et Bouteflika

Planche à billets : la Banque d’Algérie règle ses comptes avec Ouyahia et Bouteflika

Les responsables de la Banque d’Algérie n’aiment pas la loi sur le financement non-conventionnel. Dans la note publiée au début du mois ils estiment purement et simplement qu’on aurait pu s’en passer et que son adoption a été une erreur.

On s’en doutait un peu. Depuis 18 mois la planche à billets a transformé la Banque centrale en simple exécutant de la politique économique et financière du gouvernement et en fournisseur quasiment passif des besoins financiers du Trésor public.

Depuis octobre 2017 et la mise en place de ce « mode extrême de financement de l’économie», la Banque d’Algérie s’était contentée de publier des points réguliers de situation sur le montant et la destination des ressources financières mises à la disposition du Trésor.

Enhardis par la démission du gouvernement Ouyahia, les rédacteurs de la note publiée début avril ont souhaité « revenir sur les facteurs ayant présidé à l’avènement » de la planche à billet.

Dans ce qui s’apparente beaucoup à un règlement de compte tardif, ils en attribuent la principale responsabilité à « certains experts, faisant partie d’une « task force » installée auprès de la Primature» qui ont eu le tort d’avoir, dès avril 2017, « recommandé, avec insistance, comme une des solutions, face à la détérioration de la liquidité bancaire et aux difficultés de financement de l’économie, le recours au financement dit non conventionnel ».

Curieusement, la responsabilité, éminente, du gouvernement Ouyahia n’est jamais évoquée explicitement par les rédacteurs de la note de la Banque d’Algérie qui préfèrent s’en prendre à ses conseillers présumés.

La Banque d’Algérie n’était pas d’accord

Les responsables de la Banque d’Algérie saisissent cette occasion pour révéler leur opposition à l’amendement de l’ordonnance sur la monnaie et le crédit. Ils citent longuement les arguments présentés à l’époque au gouvernement et qui désapprouvent cette démarche.

Citons le passage le plus significatif des remarques adressées au gouvernement : « La Banque d’Algérie ne peut pas intervenir directement sur le marché primaire des émissions d’obligations du Trésor, via des opérations de quantitative easing. Cela reviendrait à créer de la monnaie ex-nihilo pour le financement du déficit du Trésor. Une telle option risque d’entraîner l’économie dans une spirale inflationniste et de dépréciation de la monnaie nationale fortement dommageables. Cela explique son exclusion par la loi, qui encadre rigoureusement les avances de la Banque d’Algérie au Trésor ».

La Banque d’Algérie confirme également avoir présenté des propositions alternatives s’appuyant sur la conviction que « les instruments conventionnels de politique monétaire n’avaient pas atteint leurs limites ».

Aucune limite quantitative

On connait la suite et le gouvernement Ouyahia, ignorant les objections de la Banque centrale, a imposé en octobre 2017 l’introduction de l’article 45 bis dans l’Ordonnance sur la Monnaie et le Crédit. Ouyahia a toujours attribué la paternité de la « solution » du financement non-conventionnel au président Abdelaziz Bouteflika. C’est en effet, le désormais ex-chef de l’État, qui a ordonné au gouvernement, lors d’un conseil des ministres tenu le 14 juin 2017, à promouvoir des financements internes non conventionnels qui pourraient être mobilisés pendant quelques années de transition financière ». A l’époque, le gouvernement était dirigé par Abdelmadjid Tebboune, et qui a été ensuite brutalement limogé et remplacé par Ahmed Ouyahia le 15 août 2017.

Les rédacteurs de la dernière note de la Banque d’Algérie précise significativement que « dans cet article, seule la période de mobilisation des fonds a été dûment encadrée, et fixée, exceptionnellement, à 5 ans ». Ils donnent ainsi à comprendre que le principal danger de l’article 45 bis d’octobre 2017 provient du fait qu’il n’a fixé aucune limite quantitative au financement monétaire du Trésor, par la Banque d’Algérie.

La task force n’y est pour rien

L’évocation d’un rôle majeur de la « task force » dans la mise en œuvre de la planche à billet a de quoi mettre mal à l’aise plus d’un observateur de l’économie algérienne au cours de ces dernières années.

Le groupe d’experts réunis par le dernier gouvernement Sellal au printemps 2016 est essentiellement à l’origine de la conception de ce qu’on a appelé le « nouveau modèle économique » algérien. Cette feuille de route ambitieuse, qui a été adoptée officiellement par le gouvernement en juillet 2016, reste à ce jour la seule démarche cohérente d’ajustement de l’économie algérienne au nouveau contexte introduit par la chute des prix pétroliers de juin 2014.

Mise en œuvre pendant un peu plus d’un an, du printemps 2016 au début de l’été 2017, elle s’est principalement traduite par une réduction sensible des dépenses de l’État qui est à l’exact opposé de la démarche illustrée par l’adoption de la planche à billet.

Il n’y a aujourd’hui pas beaucoup de doutes à propos du fait que la responsabilité de la mise en œuvre de la planche à billet incombe entièrement au gouvernement Ouyahia qui dès juillet 2017 a décidé d’opérer un virage à 180 degrés dans la politique économique du gouvernement. Elle s’est traduite notamment par l’explosion des dépenses du budget 2018 dans le contexte pré électoral de préparation de l’échéance présidentielle d’avril 2019.

Quel avenir pour la planche à billet ?

Si on excepte cette évocation sans nuance, et assez inélégante du rôle de la « task force », l’argumentation de la Banque d’Algérie semble plutôt solide.

Elle conduit à s’interroger désormais sur l’avenir immédiat du dispositif de la planche à billet. Ces questionnements semblent confirmés par les derniers chiffres fournis par la Banque d’Algérie.

Ils rappellent que « depuis la mi-novembre 2017 et jusqu’à fin janvier 2019, un montant de 6.556 milliards de DA ( soit l’équivalent de près de 55 milliards de dollars) a été mobilisé par le Trésor, auprès de la Banque d’Algérie, au titre de la mise en œuvre du financement non conventionnel.

La dernière note de la Banque d’Algérie précise cependant qu’à fin janvier seul un montant de 3.114 milliards de DA avait été injecté dans l’économie.

Des montants importants, à l’exemple d’un solde de 945 milliards de DA, restent abrités par le compte de Trésor auprès de la Banque d’Algérie.

Un montant de 656 milliards de DA, est également logé dans le compte du FNI auprès du Trésor dans la perspective de son utilisation, en fonction, précise significativement la Banque d’Algérie, « des besoins avérés » de cette institution pour laquelle plus de 1700 milliards de dinars ont été mobilisés initialement.

Ces différentes indications suggèrent fortement que les responsables de la Banque d’Algérie font aujourd’hui pression en faveur d’un ralentissement du rythme de fonctionnement de la planche à billet. Dans le cadre du dispositif légal actuel le dernier mot ne lui appartient cependant pas et c’est encore le gouvernement actuel, ou son successeur, qui décidera.

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