
A Lakhdaria, dans la famille Zidane, huiles essentielles et terreau horticole sont une affaire de famille et de fierté. Des produits totalement bio élaborés à partir des végétaux de la région. Son entreprise, qui a reçu la consécration avec l’attribution par l’organisme BioCert un label Bio mondialement reconnu, transforme des plantes en or vert. Les huiles essentielles sont chères et très demandées.
A l’occasion d’une visite de représentants du conseil national interprofessionnel de la filière des plantes aromatiques et médicinales, Menouar Zidane a présenté les installations de la Sarl Zipheebio. D’emblée, il déclare aux membres de la délégation : « les produits chimiques n’entrent pas ici, il n’en est pas question ».
A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion
A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne
Créée il y a plus de 20 ans, cette entreprise est spécialisée dans la distillation de végétaux aromatiques et comme activité secondaire la production de jus et de pulpes de fruits, essentiellement d’agrumes, comme indiqué par la société.
Cette activité de distillation de végétaux aromatiques s’inscrit dans la longue tradition algérienne dont celle de la production d’huiles essentielles de rose à Blida. Un produit que se disputent les parfumeurs internationaux pour élaborer leurs fragrances.
A lire aussi : Économie algérienne : 3 bonnes nouvelles en ce début d’année 2025
Le métier a failli se perdre, puis ces dernières années, le nombre de distillateurs a augmenté. Aujourd’hui, la profession dispose de son propre conseil de filière. Ce regain d’activité est lié à l’arrivée de jeunes diplômées en biologie qui ont développé des installations certes encore modestes.
Dans le cas de la Sarl Zipheebio, il s’agit d’installations industrielles qui s’étendent sur 3 hectares et permettent de produire annuellement jusqu’à 20 tonnes d’huiles essentielles et d’hydrolats.
L’entreprise a acquis du matériel d’origine italienne qui lui permet d’utiliser deux procédés pour extraire la substance des matières végétales locales.
La pression à froid permet de séparer la pulpe du jus des agrumes et de valoriser le zeste.
Quant à l’extraction à chaud, l’entreprise utilise un flux de vapeur pour refroidir le distillat dans des condensateurs et recueillir huiles essentielles et hydrolats. Une technique que l’entreprise applique notamment aux rameaux de lavande, feuilles de lentisques, de pistachier ou fleurs de la région.
Dans les ateliers, la délégation a pu suivre les opérations. Juste après le processus de distillation, au-dessus d’un alambic, un système de relevage avec poulie soulève un panier métallique de grande contenance dégageant des nuages de vapeur. Le panier est rempli de végétaux encore chauds depuis lesquels les huiles essentielles ont été prélevées. Une production stockée sous un hangar dans des cuves de 1 000 litres en plastique disposées sur palette.
Outre les précieuses huiles essentielles, ces opérations sont à l’origine de la production de grandes quantités de sous-produits principalement constitués par les végétaux utilisés.
Des déchets verts que l’entreprise a décidé de valoriser sur une plateforme de compostage. Les andains formés par ces sous-produits sont mélangés « à la matière organique d’origine animale » et compostés durant plusieurs semaines. Ils sont régulièrement remués et oxygénés grâce à un retourneur d’andain de compost acheté à l’étranger. Un type d’engin dont l’entreprise est l’une des premières à avoir utilisé en Algérie.
Une fois le compost mûr, il est criblé à travers un tamis et le produit final est mis en sac de différents poids d’un à 50 kg. Selon l’entreprise, ce sont 10 000 tonnes d’un compost horticole qui sont produites annuellement. Un produit qui a reçu la certification Ecocert bio et pour lequel le fondateur de l’entreprise ne tarit pas d’éloges : « cet engrais peut être utilisé pour différentes cultures ». Avec une grande conviction, il ajoute : « avec cet engrais utilisé en culture de piment et de tomate, la production ne s’arrête pas ».
Située à proximité de l’autoroute Est-Ouest visible depuis les bâtiments, l’entreprise assure les livraisons grâce à ses camions de 20 tonnes.
Création d’emplois et applications insoupçonnées
L’entreprise s’enorgueillit d’avoir créé 130 emplois directs et 3 000 emplois dans la région. Des emplois liés à la collecte de végétaux aromatiques et majoritairement féminins selon l’entreprise.
Ces dernières années, les huiles essentielles ont connu des applications nouvelles totalement insoupçonnées telle la conservation des pommes de terre et bulbes en bâtiments de stockage.
Selon l’organisme de recherche français Arvalis, l’huile essentielle d’oranges entières et celle de menthe verte possèdent une action anti-germinative lorsqu’elles sont pulvérisées par thermonébulisation dans les chambres froides. A l’étranger, l’huile de menthe est homologuée sous la spécialité commerciale Biox M et celle d’orange sous le nom d’Argos. Cette action contre la germination s’avère également efficace dans le cas des bulbes dont ceux d’oignon et d’ail.
Mennouar Zidane souhaite bénéficier d’une concession agricole afin de cultiver des plantes aromatiques et ainsi arriver à « une domestication » des espèces sauvages utilisées. Le but est de préserver la forêt qui constitue une « ressource génétique ». Lors de la visite officielle, il a exprimé un souhait : « Normalement, il devrait y avoir en Algérie 500 usines comme la nôtre. »