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Pluies en Algérie : « On n’a pas vu ça depuis 2017 ! »

Après sept ans de sécheresse, la pluie revient en force dans l’ouest algérien au grand bonheur des agriculteurs

Pluies en Algérie : « On n’a pas vu ça depuis 2017 ! »
Les pluies chassent la sécheresse dans l’ouest de l’Algérie / Par Loyloy Thal de Pixabay
Djamel Belaid
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Face au manque de pluie, « rien de nouveau à l’Ouest », avaient coutume de dire ces dernières années les agriculteurs de cette région d’Algérie, durement frappée par la sécheresse.

Il n’y a « plus d’eau ni dans le ciel ni dans le sol » se plaignaient-ils. Ce temps est révolu, aujourd’hui, la région connaît d’abondantes pluies.

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Les barrages se sont remplis, et l’eau est revenue dans les lits d’oueds qui étaient secs après sept longues années de sécheresse. « Cette fois, il a vraiment plu suffisamment », se félicite un agriculteur d’Ain Defla qui se plaignait il y a un mois du manque d’eau.

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À Tiaret, sur Ennahar Tv, des agriculteurs témoignent de leur satisfaction. L’un d’eux déclare : « Depuis 2017, on n’avait pas vu de telles pluies. Avec ces pluies, les choses bougent, tout va redémarrer, l’élevage et la culture du blé ».

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Autour d’eux, l’eau s’écoule sur le sol sans qu’aucun aménagement ne freine sa course et s’infiltre dans le sol. À Tiaret, Ennahar Tv montre que l’eau est partout : dans les fossés, sur les terrains plats sous forme de larges flaques ou de ruisseaux sur les terrains en pente.

Dans ces ruisseaux, l’eau est boueuse ; signe d’une importante érosion. Avec l’eau des particules de terre sont arrachées au sol et finissent leur course dans les barrages au risque d’envasement.

Dans les régions de l’ouest algérien, la neige et les pluies ont été abondantes et des inondations ont été enregistrées. Deux victimes sont à déplorer à Relizane et Chlef. Une fille de 13 ans et un homme de 60 ans ont été emportés mortellement par les eaux de oueds en crue.

Au sud de Tiaret dans la commune de Zmalat Émir Abd El Kader, l’été dernier des agriculteurs témoignaient de leurs conditions difficiles : « Sur 7 ans on a connu 5 années sèches et deux moyennes », précisait alors un représentant de l’Union nationale des paysans algériens. Une situation devenue critique pour les agriculteurs qui doivent rembourser leur crédit de campagne Rfig à la banque agricole BADR.

Après les pluies, les témoignages affluent. C’est le cas de Fouad Maâla, ce militant écologiste fondateur de l’association « Algérie verte ». Le 21 janvier dernier, à bord d’un véhicule sur la route nationale numéro 2 entre Témouchent et Oran, il témoignait, vidéo à l’appui, que la végétation « renaît » après que les services de la météo aient enregistré plus de 150 mm de pluie.

Crise de l’eau à Tiaret

Au printemps 2024, le manque de pluie a entraîné l’assèchement du barrage de Bekhedda, ce qui a provoqué une grave crise de l’eau à Tiaret.

Un ouvrage qui assure 80 % de l’approvisionnement en eau de la région de Tiaret. À l’occasion d’un reportage, le quotidien El Watan notait en décembre dernier que « sur les 21 retenues collinaires, sept sont envasées à plus de 70 %, et seules deux, à Feidja et Sidi Bakhti, contiennent encore de l’eau. En juin 2024, les barrages de la région affichaient à peine 20 % de leur capacité ».

Le 2 juin 2024, à l’occasion d’un Conseil des ministres, un programme d’urgence exceptionnel est lancé avec le recours à des forages et leur raccordement au réseau d’eau du chef-lieu de wilaya. Fin août 2025 le ministre de l’Hydraulique a supervisé l’achèvement d’un second projet de transfert d’eau sur plus de 160 km à partir de 16 forages vers la ville de Tiaret des localités voisines. Coût des aménagements : 10 milliards DA.

Une chose ne trompe pas, la poursuite des semis en janvier est un signe d’espoir. Des agriculteurs sont nombreux au niveau des CCLS pour s’approvisionner en semences de blé.

C’est toute une zone autrefois asséchée qui est concernée par le retour des pluies : l’Espagne, les Pyrénées orientales en France, l’ouest de l’Algérie et le Maroc à l’image de la CAN 2025 dont beaucoup de matchs se sont déroulés sous des averses.

En France, ces derniers jours lors d’un reportage télévisé, un arboriculteur se réjouissait du retour des pluies. Dans la nappe souterraine, « l’eau est remontée de deux mètres » avait-il précisé. Cependant, il s’inquiétait du risque de futures sécheresses, une « particularité du climat méditerranéen ».

Contre la sécheresse, ces dernières années en Algérie, agriculteurs et investisseurs ont entrepris la construction de bassins par géomembrane dont certains d’une superficie d’un hectare.

Sur les réseaux sociaux, le gérant d’une pépinière de plants fruitiers se félicite de ce type de bassins géants : on en compte plusieurs à Msila ou Batna.

S’adapter aux sécheresses

Face aux menaces de sécheresse, la construction de ces bassins alimentés par l’eau provenant de forages constitue une assurance.

Cependant, face à aux prélèvements d’eau que cela implique, le niveau d’eau dans les nappes a eu tendance à baisser ces dernières années.

Avec le réchauffement climatique, comme en Asie on assiste à un phénomène comparable de mousson. Après une période de sécheresse surviennent d’abondantes pluies.

Au Rajastan (Inde), des villageois ont remis au goût du jour les « johars », des bassins de petite taille censés constituer des réserves et permettant le réapprovisionnement en eau des nappes souterraines.

En Algérie, dans les zones steppiques, le Haut-commissariat au développement de la steppe (HCDS) contribue au développement de « seds », ces digues construites dans le lit des oueds qui permettent l’épandage des crues vers les terrains agricoles voisins. Des digues parfois constituées de simples big-bag remplis de sable et de galets.

Dans la région de Ghardaïa, sur le cours des oueds, des « hbass » (retenues) centenaires – ancêtres des barrages modernes – ont de tout temps permis de freiner les crues et ainsi irriguer les palmeraies. Le trop plein étant dirigé vers des puits de remplissage de la nappe souterraine.

Dès 2012, Eric Roose co-auteur d’une étude portant sur « soixante années de recherches en coopération sur l’érosion hydrique et la lutte antiérosive au Maghreb » préconisait le développement de techniques simples testée par l’Institut national de recherches forestières (INRF).

L’aménagement dans des ravins de seuils réalisés à partir de « gabions, en pierres sèches, en grillage, en pneus de récupération, en sacs d’engrais » et plantés « de dizaines d’espèces d’arbres et d’herbes utiles » a permis que le ravin se transforme en « oasis linéaire » où réapparaissent des sources permettant l’irrigation des arbres fruitiers.

Le dessalement de l’eau de mer et le retraitement des eaux usées constituent un important gisement en eau. Les nouvelles techniques de gestion et de conservation des eaux et des sols (GCES) s’avèrent constituer un autre gisement encore inexploité par les agriculteurs et investisseurs.

Mardi dernier, à l’occasion d’une rencontre sur la production de céréales, le ministre de l’Agriculture et du développement rural a évoqué le projet d’une chaîne de télévision et d’une chaîne Web TV destinées aux agriculteurs. Un moyen de vulgariser les techniques de valorisation de l’eau de pluie.

Lien permanent : https://tsadz.co/tdlql

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