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Pourquoi l’ENTV ne diffusera aucun match de la Coupe du Monde

L’ENTV a décidé de ne pas diffuser les matchs de la Coupe du Monde de football qui se déroule actuellement en Russie. Les négociations engagées par la télévision publique algérienne avec le réseau qatari BeIN Sports, qui détient les droits exclusifs de télévision pour la Coupe du Monde de football jusqu’à 2022, n’ont pas abouti.

« Comme nous savions que les matchs pour les pays arabes seront diffusés en clair, comme au Maroc, en Tunisie et en Égypte, et que la chaîne allemande ZDF diffuse également en clair, nous nous sommes dit qu’il était inutile de dépenser autant d’argent pour acheter des matchs. Le rapport qualité/prix/efficacité n’était pas rentable pour la télévision publique », a indiqué à TSA une source proche de l’ENTV qui a requis l’anonymat.

BeIN Sports aurait mis la barre très haut cette année pour la vente des droits de diffusion. « C’est de l’ordre de millions de dollars. Même une grande chaîne comme TF1 (chaîne privée française) n’a pas pu avoir la Coupe du Monde en entier. L’Afrique au sud du Sahel, moins le Nigeria et l’Afrique du Sud, a le droit de diffusion en clair des matchs à des prix qui, pour nous, peuvent être raisonnables, sont élevés pour eux », a-t-on précisé.

Les coûts de diffusion fixés selon le PIB des pays

Depuis octobre 2016, la FIFA (Fédération internationale de football) a choisi cinq opérateurs privés, comme Econet et Canal +, pour diffuser en clair en Afrique tous les événements organisés par l’instance sportive mondiale durant la période 2017-2018 y compris le Mondial du football. Des droits acquis à plus de 15 millions de dollars.

BeIN Sports détient les droits sur le Maghreb. Pour ce réseau, l’Algérie fait partie de la zone Mena, Maghreb- Moyen Orient, là où les prix sont parmi les plus élevés au monde. En ce sens, l’Algérie est traitée au même niveau que les Émirats arabes unis ou le Koweït (BeIN Sports est interdit des écrans en Arabie Saoudite en raison des différends politiques avec Doha).

« Les coûts de diffusion sont définis selon un certain nombre de paramètres, comme le revenu par pays, le PIB, etc. Les prix fixés sont faramineux, inabordables pour les télévisions aux moyens limités comme celles du Maghreb », a-t-on indiqué.

En octobre 2013, l’ENTV a décidé de « pirater » le match qualificatif à la Coupe du Monde du Brésil (2014), Burkina Faso- Algérie, amenant Al Jazeera Sport (devenue BeIN Sports) à déposer plainte auprès d’une instance internationale. L’ENTV entendait protester contre une forme de diktat imposé par le détenteur des droits de retransmission des matchs sur certaines zones géographiques. « Nous avons été soutenus par les télévisions et radios de l’Union européenne. Les télévisions cryptées détentrices de droits de diffusion sont tenues de sous licencier à des chaînes qui diffusent en clair ce que BeIN Sports ne fait pas. BeIN sports ne dispose pas d’un réseau terrestre. En Europe, il existe la directive Télévision sans frontières qui fait obligation de diffuser en clair les événements sportifs d’importance majeure. C’est de cette manière que M6 ou TF1 arrivent à avoir les droits », a expliqué la même source.

Adopter une directive africaine pour « la Télévision sans frontières »

La chaîne publique allemande ZDF a décidé de diffuser en clair les 64 matchs du mondial russe en s’appuyant sur cette directive après avoir payé les droits.  Adoptée en 1989, et révisée en 1997, la directive Télévision sans frontières (TSF) impose les conditions « permettant au public d’accéder librement à la retransmission d’événements jugés d’une importance majeure pour la société » comme les manifestations sportives. « À cette fin, chaque État membre (de l’Union européenne) peut établir une liste d’événements devant être diffusés en clair, et ce même si des droits exclusifs ont été achetés par des chaînes de télévision payantes », est-il mentionné dans la TSF.

La télévision algérienne milite avec d’autres télés du continent pour adopter une directive similaire au niveau africain. En ce sens, une résolution sera bientôt introduite auprès du Parlement africain après son adoption par les chefs d’État et de gouvernement réunis lors du sommet de l’Union africaine (UA) à Addis Abeba. En 2015, les ministres africains en charge de la Communication et des TIC, réunis dans la capitale éthiopienne, avaient adopté une Déclaration appelant, entre autres, à soutenir l’Union africaine de Radiodiffusion (UAR) « pour l’achat à un prix abordable des droits de retransmission des événements sportifs en tenant en compte le protocole établi à cette fin par l’Union africaine de Radiodiffusion ». L’UAR a également adopté un mémorandum sur « le coût exorbitant des droits de diffusion des grands événements sportifs en Afrique ».

L’UAR a notamment appelé les gouvernements africains à la soutenir pour « renforcer sa capacité de négociation et mettre un terme à la stratégie de balkanisation utilisée par des intérêts commerciaux sportifs pour exploiter les radiodiffuseurs africains ».

BeIN Media Group se lancera bientôt dans l’info en continu

« Comme, il n’y a pas d’organisme maghrébin pour l’audiovisuel, nous n’arrivons pas à négocier collectivement pour un marché de plus de 100 millions de personnes. Nous voulons pas être dans la zone Mena parce que nous n’avons pas le même PIB et nous n’avons pas le même nombre d’habitants. C’est incomparable. Savez-vous que la négociation se fait par zone géographique et par satellite. Nous n’avons pas eu de réponse de BeIN Sports aux propositions que nous avons faites surtout que l’Algérie n’est pas qualifiée au Mondial russe. Cela ne les intéressait pas parce que leur intérêt est que les Algériens regardent chez eux les matchs », a-t-on précisé encore de même source.  Basé à Doha, BeIN Media Group, qui se présente comme « le leader mondial en production télévisuelle, distribution et acquisition des droits », existe depuis 2014.

Le rachat par le réseau d’Al Jazeera remonte à 2011. Al Jazeera Sports a été progressivement remplacée par BeIN Sports en Europe, en Amérique du Nord, en Asie, en Australie, en Espagne et, bientôt, en Indonésie. À partir de Londres, BeIN IP gère les droits de diffusion depuis septembre 2014.

En novembre 2015, BeIN Media Group a enrichi son offre de contenus avec la création de chaînes destinées au cinéma, au divertissement et au documentaire. Le groupe envisage de lancer bientôt une chaîne d’information continue après avoir racheté Digiturk, la plus grande plateforme de télévision payante en Turquie.

« Ils savent que pour capter l’audience dans les pays arabes, il faut passer par le sport. D’où la diversification des programmes et le lancement prochain d’un satellite. Progressivement, BeIN Media Group quittera Nilesat pour aller vers ce nouveau satellite », a souligné la même source qui a évoqué l’existence « d’une stratégie politique ».

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