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Pourquoi les éleveurs algériens préfèrent les vaches autrichiennes

Chaque année, l’Algérie importe 10.000 vaches d’Autriche. Cette préférence s’explique par plusieurs raisons, dont la perte de la place de la vache française en Algérie.

Pourquoi les éleveurs algériens préfèrent les vaches autrichiennes
Entre 2024 et 2025, plus de 3.000 vaches irlandaises ont été acheminées vers l’Algérie par voie maritime / Par Daniel Quiceno M / Unsplash pour TSA
Djamel Belaid
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Les éleveurs algériens ont un goût prononcé pour les vaches autrichiennes. Ces dernières années, les importations en provenance de ce pays progressent.

« En Algérie, la consommation de lait atteint 145 litres par personne et par an, alors que la moyenne mondiale est de 90 litres ! Pour répondre à cette demande, l’Algérie importe chaque année d’Autriche 10.000 vaches laitières », écrivait début juin l’ambassade d’Autriche à Alger.

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Une situation liée à la qualité de ces animaux, mais aussi aux liens patiemment tissés par Advantage Austria, la représentation de la Chambre Autrichienne du Commerce en Algérie.

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L’Autriche, une présence ancienne en Algérie

À Alger, l’équipe d’Advantage Austria animée par Lisa Kronreif et Malek Khedrouche pour la partie agricole assure régulièrement la présence des entreprises autrichiennes aux différents salons professionnels se tenant en Algérie : Sipsa, Batimec, Plasturgie…

Cette présence autrichienne est ancienne, avec notamment la race de vache Fleckvieh ou Simmental, décrite comme « la star des fermes laitières en Algérie » par l’équipe de Lisa Kronreif. Dès 2013, plus de 70.000 vaches autrichiennes ont été livrées à l’Algérie.

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L’Autriche a fourni une vache sur 4 (en valeur) et, à ce titre, figurait au deuxième rang des fournisseurs de bovins. La race Fleckvieh est appréciée pour sa bonne adaptation aux différentes zones climatiques du pays. Advantage Austria insiste sur l’aspect mixte de la race « à la fois pour son lait et pour sa chair, pour sa résistance naturelle, pour sa longévité, sa robustesse des mises basses faciles et pour sa capacité de survie sous de dures conditions climatiques ».

La Grauvieh ou Brune ressemble aux races autochtones algériennes et est appréciée pour « une rentabilité accrue de la production laitière », souligne Advantage Austria, qui propose aussi la Holstein pour son rendement laitier élevé.

Parmi les éleveurs algériens, la ferme Smara Coop à Rouiba est un gros importateur et est à ce titre une des vitrines d’Advantage Austria. L’exploitation dispose d’un lazaret de 800 places qui permet d’assurer la quarantaine des vaches arrivant en Algérie.

En marge des différentes éditions du Sipsa, Lisa Kronreif et Malek Khedrouche ne manquent pas de rendre visite à ce partenaire. Les deux gérants de Smara Coop importent des génisses auprès de l’entreprise Schalk Nutztiere selon un calendrier bien établi. En avril 2025, alors que 200 génisses venaient d’être réceptionnées, ils expliquaient « que cette importation est l’avant-dernière avant une pause de trois mois pour éviter le stress du transport des animaux et la chaleur pendant la période d’été ».

Un réseau d’importateurs algérien

La progression des vaches autrichiennes bénéficie également des conditions sanitaires en France. Fin octobre 2023, l’Institut français de l’élevage indiquait que « La détection de cas de maladie hémorragique épizootique (MHE) en France a entraîné la fermeture du marché algérien aux importations de broutards [et de génisses (ndlr)] français. »

En juin 2025, les premiers cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) sont apparus en France. Conséquence, le marché algérien s’est totalement fermé aux importations françaises.

Une situation qui a profité à l’Autriche et à l’Irlande, dont le cheptel est indemne. Entre 2024 et 2025, plus de 3.000 vaches irlandaises ont été acheminées vers l’Algérie par voie maritime.

Advantage Austria a réussi à fédérer un réseau d’importateurs algériens composé de laiteries, dont Soummam, le géant local des produits laitiers. Celles-ci revendent les animaux importés à des éleveurs qui remboursent leur achat par la livraison de lait.

En novembre 2025, la Laiterie Soummam a réceptionné un lot de 400 génisses, faisant partie d’un programme d’importation d’un millier de vaches de race Fleckvieh et Prim’Holstein en provenance d’Autriche et de République tchèque.

La stratégie de la laiterie fondée par Lounis Hamitouche est de sécuriser son approvisionnement en lait dans le but d’alimenter ses chaînes de production de crèmes, yaourts et autres produits laitiers. Des produits particulièrement rémunérateurs.

Outre les laiteries, les importateurs spécialisés comme Algeriane Bovines sont particulièrement actifs. Cette entreprise privée a cessé d’importer des vaches françaises alors que son représentant était accueilli en tant que VIP au salon international de l’élevage de Clermont-Ferrand ou au Space élevage de Rennes ; elle s’est tournée vers l’Autriche.

En juin 2025, Algeriane Bovines annonçait sur les réseaux sociaux l’arrivée d’un lot de vaches laitières en ces termes : « Offres spéciales sur les vaches de races originales ! » avec la Fleckvieh et la Brune des Alpes tout en précisant « Excellentes vaches laitières à haute productivité », « Race de qualité certifiée » avec une « Excellente santé et examen vétérinaire complet » tout en assurant un « Élevage garanti », mais avertissait : « Disponible actuellement en nombre limité… ! ».

Le CNIAAG, un interlocuteur privilégié

L’importation d’animaux s’accompagne de celle de semence de taureaux d’élite. Dans le monde, la taille du marché de l’insémination artificielle vétérinaire était évaluée à 3,60 milliards $ en 2025 et le marché algérien est fortement convoité.

En 2025, à la suite d’un partenariat entre l’ambassade des États-Unis en Algérie et du Centre National d’Insémination Animale et d’Amélioration Génétique (CNIAAG), un premier veau fruit de la génétique américaine est né à la ferme de Hodna Lait à Mila.

Un domaine où la filière autrichienne dispose d’atouts. En novembre 2025, six cadres du CNIAAG ont été invités en Autriche pour « une mission de formation technique intensive », communiquait Advantage Austria.

Une invitation à l’initiative du Ministère Autrichien de l’Agriculture, d’entreprises de génétique et d’institutions de l’élevage bovin. Le programme réservé à la partie algérienne a été particulièrement riche : concours de vaches d’élite, démonstrations de transfert embryonnaire, ventes aux enchères, visite de laboratoires de pointe, d’exploitations laitières et de centres de formation.

L’Autriche à l’origine d’une révolution fourragère en Algérie

L’offre agricole autrichienne est diversifiée. Lors du salon Sipsa de mai 2013, six sociétés spécialisées dans l’élevage, mais aussi dans les machines agricoles étaient présentes.

Dans le Sud algérien, l’Autriche est présente via les presse-enrubanneuses de marque Goweil importées par Motorest. Un matériel dont Amine Bensemmane, président du Sipsa, s’enorgueillit d’être les premiers à « avoir exposé ce genre de matériel en Algérie ».

Celles-ci ont permis de développer sous pivot la récolte de maïs fourrage sous forme d’ensilage conditionné en balles rondes enrubannées. Suite à l’apparition des premiers engins, l’adhésion des investisseurs a été totale. Ces engins sont à l’origine d’une véritable révolution technique. La technique a été reprise à Constantine par des agriculteurs avec l’aide de Lounis Hamitouche, fondateur de la Laiterie Soummam.

Abattage de vaches par manque de fourrage

Pour réduire la dépendance aux importations, plusieurs laiteries ou coopératives (Anfel Sétif) ont développé des pépinières de génisses. Cependant, elles ne suffisent pas à répondre à la demande du fait de la durée limitée de la « carrière » des vaches laitières (5 à 6 ans) et du problème de décapitalisation en période de sécheresse lorsque des éleveurs vendent aux abattoirs des vaches laitières encore en milieu de carrière.

En juin 2024, Miloud Bouadis, président du Conseil professionnel de la filière des viandes rouges et propriétaire d’un abattoir moderne à Rouiba, confiait au quotidien El Moudjahid : « L’une des plus grandes catastrophes pour le secteur de l’élevage en Algérie est l’abattage des femelles [brebis, ndlr] et des vaches, bien que la loi l’interdit ».

Une autre menace concerne les races locales. En 2025, Anne Blondeau Da Silva de l’université de Limoges lançait : « Mais où sont passées les races locales bovines algériennes ? » Sur la base de la classification locale : races importées ou bovin laitier moderne (BLM), populations autochtones ou bovin local (BL) et les produits de croisements ou bovin local amélioré (BLA), l’universitaire relevait que : « depuis les années 70 et sans justification plausible, il ne subsiste que les dénominations BLM et BLA ».

Elle ajoutait que : les races locales bovines (Biskra, Cheurfa, Chelifienne et Guelmoise), réputées pour leur rusticité et leur capacité à résister à des conditions climatiques difficiles (froid, sécheresse, etc.), se retrouvent donc invisibilisées face à la « modernité » des races exogènes, à moins d’être largement « améliorées ».

Les élevages intensifs préfèrent les races étrangères à fort potentiel et les importateurs surfent sur cette demande. L’un d’entre eux annonçait récemment suite à l’arrivée d’un lot de vaches d’importation : « Ne manquez pas l’occasion… Boostez votre troupeau avec des vaches européennes reconnues pour leur force et leur productivité ! »

Co-autrice d’une étude sur l’analyse génétique des races locales, Nadjet Boushaba de l’université d’Oran alertait en 2018 quant à la perte de leur identité génétique du fait de « croisements inter-raciaux répétés et d’ampleur ».

La filière bovine est aujourd’hui confrontée au défi d’utiliser le potentiel génétique développé à l’étranger, dont les races autrichiennes, tout en préservant la richesse génétique des races locales.

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