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Premiers couacs dans la machine du 5e mandat ?

On le croyait acquis à la cause du cinquième mandat et que son ralliement aux appels au président Bouteflika pour « poursuivre son œuvre » n’était qu’une question de temps. Mais voilà, Amara Benyounès ne franchit toujours pas le pas.

Près de quatre mois après l’initiative de Djamel Ould Abbes, il hésite encore à joindre sa voix à celle des autres soutiens traditionnels du président qui souhaitent voir celui-ci briguer un autre mandat à la tête du pays. Certes, le chef du MPA ne s’oppose pas à l’idée, mais les propos qu’il a tenus ce mercredi 18 juillet à TSA sont pour le moins énigmatiques. En tout cas plus énigmatiques que son silence sur la question au moment où le FLN, le RND, TAJ et d’autres partis ainsi que des institutions s’adonnaient à une surenchère en règle dans leurs appels à la « continuité ».

Benyounès semble en effet renvoyer dos à dos soutiens et opposants du cinquième mandat. « Personne ne doit forcer la main et ne doit obliger le président à se représenter pour un autre mandat, comme personne n’a le droit d’empêcher ou d’interdire au président de la République de se porter candidat, en dehors du Conseil constitutionnel », déclare-t-il. Venant d’un homme resté constant dans son soutien et sa « fidélité » au président quatre mandats durant, de tels propos ont de quoi étonner et soulever des interrogations. Le transfuge du RCD assure qu’il restera sur sa posture actuelle jusqu’à la réunion du conseil national du parti dans les mois à venir, peut-être même au début de l’année prochaine, pour trancher la question.

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À première vue, cette temporisation est motivée par le souci de la légalité de la démarche, en ce sens que si appel au cinquième mandat il y aura, il appartient au seul conseil national, instance suprême entre deux congrès, de le lancer. À moins que cette posture légaliste ne cache un excès de prudence dicté par un manque de visibilité.

Amara Benyounès se trahit presque en assurant qu’il ne réunira pas le conseil national tant qu’il n’a pas « toutes les informations ». Quels éléments manque-t-il donc au chef du MPA pour se positionner ? Les intentions du chef de l’État ou celles des autres cercles dont l’avis a toujours pesé lourd dans ce genre de décision ? Pour le premier, Benyounès a répondu et de ses propos se dégage comme une certitude : le président Bouteflika n’a pas encore décidé de continuer ou de passer le relais en 2019. Ou alors l’option fait-elle face à quelque opposition, ou du moins ne fait pas consensus ? La situation n’a jamais été aussi vaporeuse qu’elle ne l’est depuis le début de l’été et les péripéties de ces derniers jours sont peut-être le signe d’un retour à la case départ sur la question.

Passons les développements et retombées de l’affaire de la cocaïne saisie à Oran et contentons-nous des sorties énigmatiques successives de la classe politique. Il y a d’abord le défenseur le plus acharné du cinquième mandat qui apporte de nouveaux éléments de langage à sa démarche. « Je n’ai jamais appelé à un cinquième mandat, mais à la continuité ». Les propos du chef du FLN ne sont peut-être pas totalement dénués de sens. La continuité sans le cinquième mandat pourrait bien signifier quelque chose. Comme un allongement du mandat actuel d’une ou deux années ? Ou encore le choix d’un successeur parmi le cercle restreint de l’entourage du président ?

S’il est hasardeux à se stade de tirer quelque conclusion de la sortie de Ould Abbes, qu’en est-il donc de celle de l’autre gros personnage de la scène politique, Abderrazak Makri ? Le chef du MSP s’est distingué par une initiative pour le moins inattendue en appelant à une « transition démocratique » impliquant l’armée, lui qui est considéré comme le représentant de l’aile dure du parti réfractaire à ce genre de compromis. L’initiative de Makri, qu’il a tenté de vendre à Amara Benyounès justement et à Ali Benflis, en attendant « d’autres consultations », est au moins le prélude à une contestation large et frontale du projet de cinquième mandat par les partis de l’opposition qui semblaient jusque-là résignés.

La réaction immédiate et « épidermique » du SG du FLN, qui s’est attaqué au MSP dans ce qu’il a de plus sacré, la mémoire de son fondateur Mahfoud Nahnah, ne trompe pas : la sortie de Abderrazak Makri est prise très au sérieux. Celui-ci a même enfoncé le clou dans un communiqué rendu public ce mercredi en dénonçant « ceux qui font de la surenchère sur la non-intervention de l’armée », la corruption qui « a atteint des sommets », « la fraude électorale » et « l’absence de démocratie et de compétition libre ».

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L’homme semble plus que jamais sûr de lui. Et si l’idée d’impliquer l’armée dans la joute qui s’annonce lui a été soufflée par des parties qui auraient d’autres plans que l’option que l’on croyait définitivement retenue ?

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