Direct Live Search
Search

Récolte exceptionnelle de céréales : l’Algérie décrète la grande mobilisation

L’Algérie a décrété une grande mobilisation pour la campagne de récolte exceptionnelle de céréales, notamment d’orge, cette année. Voici les raisons.

Récolte exceptionnelle de céréales : l’Algérie décrète la grande mobilisation
L’Algérie a décrété une grande mobilisation pour la campagne de récolte exceptionnelle de céréales/pexels-wolfgang-weiser-467045605-32873031
Djamel Belaid
Durée de lecture 4 minutes de lecture
Clock 4 minutes de lecture

L’Algérie s’attend à une récolte exceptionnelle de céréales notamment d’orge en 2026. Un indice confirme cette tendance : la forte demande en moissonneuses-batteuses qui dépasse les attentes. Pour faire face à cette situation, le ministère de l’Agriculture a décrété la grande mobilisation.

« Que ce soit dans les champs ou dans les entrepôts, toutes les ressources humaines et matérielles disponibles ont été mobilisées pour assurer un service continu sept jours sur sept, y compris les week-ends et les jours fériés afin de garantir le succès de cette campagne de récolte exceptionnelle.

A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion

Des CCLS aux services agricoles et à Agrodrive, tous sont mobilisés à soutenir les agriculteurs du pays et à veiller à ce que la récolte soit collectée, transportée et stockée dans les meilleures conditions possibles », a déclaré le ministère de l’Agriculture jeudi dans un communiqué en réponse aux demandes en moissonneuses-batteuses qui parviennent de tout le pays.

A lire aussi : Économie algérienne : 3 bonnes nouvelles en ce début d’année 2025

Pourtant, plus de 1100 moissonneuses-batteuses ont été déployées pour cette campagne de 2026, mais face à une récolte historique notamment d’orge, les agriculteurs manquent de matériel.

Campagne de récolte de céréales : l’Algérie face à un problème inattendu

Le personnel de l’Office algérien des céréales (OAIC) est mobilisé pour l’occasion comme à Annaba où un cadre indique que « les équipes travaillent 24h sur 24 ».

A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne 

Cependant, à Sétif, un agriculteur se plaint de ne pas trouver de moissonneuse-batteuse pour son champ d’orge aux épis lourds et qui a déjà souffert d’un orage.

Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, il se plaint du risque de dégradation du champ et désigne la base des plants où une couleur noire apparaît.

Il indique avoir fait des demandes pour la location d’un engin de récolte mais n’avoir reçu aucune réponse. Aussi est-il inquiet quant au devenir du champ après y avoir « travaillé toute l’année ».

Désespéré, l’agriculteur demande à chacun de partager son appel et d’alerter les autorités compétentes. L’orge est sensible à l’égrenage, aussi ce retard peut entraîner des pertes. Les orages peuvent également provoquer une germination sur pied. Les chaleurs actuelles décuplent le risque de feux de moissons d’autant plus que les champs en bordure de route sont sous la menace d’un incendie déclenché par le jet d’un mégot de cigarette par un automobiliste imprudent.

Location et répartition du matériel

Pour comprendre la situation de cet agriculteur, il faut revenir à l’hiver dernier. La sécheresse de ces dernières années à l’Ouest avait soudainement laissé place à la pluie. Les agriculteurs avaient alors fait le siège des CCLS pour acheter en grande quantité des semences certifiées et semer le maximum de surfaces.

Dans les wilayas de l’Ouest, alors que ces dernières années, des agriculteurs se demandaient s’ils devaient continuer à cultiver du blé, l’abondance des pluies cet hiver les avait amenés à semer le maximum de parcelles entre deux averses. Tout au long de l’année, les pluies se sont succédé garantissant une bonne récolte.

Aussi à l’heure de la moisson, bien que « des commissions locales accompagnent les agriculteurs dans les opérations de répartition du matériel » comme le faisait remarquer dans un entretien en mai 2026 à la Radio nationale Benyoussef Derkaoui, le directeur général de la société AgroDrive, de nouvelles demandes affluent.

En application des orientations du président Abdelmadjid Tebboune, AgroDrive a été créée afin de développer la mécanisation du secteur agricole et pour cela la société  a procédé à l’acquisition de 331 moissonneuses-batteuses et 1 800 tracteurs.

 Les CCLS croulent sous l’orge

À l’ouest, ces dernières années, à la suite des sécheresses récurrentes des agriculteurs sont allés jusqu’à vendre leur matériel de récolte ou tout simplement à annuler leurs commandes à l’usine CMA-Sampo de Sidi Bel-Abbès.

Benyoussef Derkaoui abonde en ce sens en faisant remarquer que les équipements agricoles nationaux souffrent notamment d’une « mauvaise répartition à travers le territoire national ».

Cette année, l’exceptionnelle quantité d’orge et la maturité précoce de blé ont chamboulé la programmation. Alors que l’orge était en cours de récolte, les agriculteurs demandaient déjà le matériel pour récolter le blé.

Dans les centres de collecte récemment construits, les camions de toute taille et les remorques agricoles se succèdent. Auparavant conservée par les agriculteurs pour être revendue sur le marché parallèle, aujourd’hui l’orge afflue.

Certains centres d’une capacité de 50 000 quintaux sont remplis à plus de 90% comme c’est le cas à Sidi Khatab dans la wilaya de Relizane. Les tas d’orge atteignent presque le plafond de l’immense hangar.

Les godets d’engins de chantier repoussent toujours plus haut les grains. Amar Lagra, le directeur de la CCLS locale, indique à la presse que les camions vont être bientôt dirigés vers Aïn Rahmane où une minoterie dispose d’une capacité de stockage équivalente. Dans la cour, des camions de tout tonnage arrivent.

Des échantillons sont prélevés par un technicien et les sacs sont vidés un par un sous le hangar. Abed, un agriculteur parle d’une récolte d’orge exceptionnelle et se réjouit de la création de ce nouveau centre de collecte. Hamid abonde dans le même sens en soulignant les facilités accordées par la CCLS « avant on restait 2 à 3 jours à attendre pour livrer notre récolte. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. ».

Scènes identiques à Sidi Khetab où les employés utilisent un godet télescopique pour former des tas d’orge le plus haut possible. L’objectif est de laisser de la place aux camions de fort tonnage qui viennent vider leur remorque.

Ailleurs, la logistique ne suit pas. L’agriculteur Belkheir met en ligne une file de 41 camions devant un centre de collecte. Ils attendent depuis 48h. « On est là dans la chaleur et la soif » se plaint un agriculteur. Il commente la situation : « Ils [le personnel du centre de collecte] ont réceptionné 4 camions puis après ils nous ont dit qu’ils attendaient un engin de chantier pour repousser les tas d’orge au fond du hangar. »

Ces dernières années les CCLS ont pris à leur charge la gratuité du transport des récoltes vers les silos des CCLS. Face à l’abondance des récoltes, la mobilisation est générale. La CCLS de Sidi Bel Abbès a lancé un appel à toute personne sachant conduire une moissonneuse-batteuse.

Il est également fait appel aux engins de récolte du secteur privé dont les tarifs sont certes plus élevés que les 6 000 DA/ heure réclamés par les entreprises publiques.

Achat de moissonneuses-batteuses en recul à l’Ouest

Malgré l’aide de l’Etat, l’achat d’une moissonneuse-batteuse représente encore un investissement conséquent. L’engin est soutenu à un taux de 60 à 70 % de sa valeur réelle. « Une moissonneuse-batteuse coûte en moyenne 12 millions de DA, mais l’agriculteur ne verse que 30 à 40 % de cette somme en fonction de la forme juridique de son exploitation, collective ou individuelle », détaille le chef du département produit fini PMAT-Centre, Ramdane Mansouri en juin 2025 au quotidien Horizon DZ

Cependant le montant de l’assurance dissuade certains agriculteurs. En juin 2022, un agriculteur de la région de Tizi-Ouzou évoquait dans la presse : « L’obligation de paiement d’une assurance d’un montant de 400 000 à 500 000 DA tous les deux mois qui leur est imposée par la BADR » alors que la machine « n’est utilisable que durant un laps de temps, soit deux mois par an, le temps de la moisson-battage ».

En Algérie, la production de moissonneuses-batteuses sous licence Sampo a permis de rajeunir le parc national. Cependant les premiers modèles ont l’envergure qui n’est que de 4,20 mètres. Ramdane Mansouri table sur la commercialisation de nouveaux produits, dont le modèle Sampo Comia C10, qui dispose d’une largeur de travail de 5,10 mètres.

Une autre stratégie pourrait consister à prolonger la moisson jusqu’en début de nuit tant que l’humidité des grains le permet. Le président Tebboune a eu l’occasion de dire lors d’une allocation publique que si les tracteurs disposent de phares ce n’est pas pour la chasse nocturne des lièvres.

Cette année, la mobilisation est exceptionnelle, tant concernant les moyens que les effectifs. Au niveau de l’Oaic, les équipes se relaient 24 h sur 24.

Lien permanent : https://tsadz.co/9s3ws

TSA +