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Reportage. Une agréable journée de vote à Alger

Reportage. Une agréable journée de vote à Alger

TSA

Les Algériens ont élu ce jeudi 23 novembre leurs représentants aux assemblées locales (APC et APW). La journée a été décrétée journée chômée et payée afin de permettre aux électeurs de voter tranquillement. Le temps est agréable. Les policiers sont partout. La circulation est fluide. Une aubaine pour de nombreuses personnes qui en ont profité autrement.

Dans la commune de Bab Ezzouar, dans la banlieue est de la capitale, des dizaines de voitures avancent lentement avant de s’engouffrer dans les parkings qu’offre le centre commercial. Dans l’après-midi de ce jeudi 23 novembre, le bâtiment de trois étages (100.000 m²) s’est avéré être un peu étroit pour ses clients. Pour payer les courses au supermarché, devant les escalators parfois, dans les cafés et restaurants, il faut s’armer de patience…

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« Il y a beaucoup de monde comme le vendredi. C’est une journée fériée ordinaire. Je suis rentré de Belgique cela fait un peu plus d’un an. Je ne votais pas là-bas et je ne vote pas ici non plus », lance Karim, le patron du magasin qui propose des bijoux en argent. « Les politiciens sont les mêmes partout. Tout est bidonné ici ou là-bas », ajoute-t-il.

Dans tous les cas, Karim ne connaît pas les candidats qui se sont présentés à Aïn Naâdja où il habite et encore moins leurs programmes. De la campagne électorale, il ne garde que l’image de ces jeunes personnes qui débarquaient la nuit pour coller les affiches dans le quartier. Originaire d’Annaba et habitant à Bab Ezzouar, la vendeuse du magasin ne se sent même pas concernée par la politique. La discussion s’arrête.

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Plus loin, un groupe de personnes attendent l’ascenseur. Salim et Mohamed préfèrent l’escalator. Ils viennent de rentrer au centre commercial. Venus de Meftah (Blida), ils travaillent comme transporteurs de marchandises. Après une petite grasse matinée, les deux amis sortent pour prendre de l’air. Eux aussi n’ont pas voté. « Même des gens venus de l’extérieur de la ville ont pris des logements et nous on souffre toujours », pestent-ils.

Dans leur entourage, seuls leurs parents et leurs grands-parents participent au scrutin. « Les jeunes votent dans un seul cas, quand ils sont eux-mêmes engagés en politique », pense-t-il. À quelques mètres, Salima, sa fille et ses petits-enfants marquent une halte avant de continuer à errer dans le centre. « Non, je n’ai pas voté », répond-elle. Pourquoi ? “C’est la démocratie”, sourit cette femme au foyer.

Et pourtant, contrairement à la vendeuse du magasin de bijoux, cette femme n’a pas toujours été aussi désintéressée par la politique. « J’ai même milité dans un parti dont je vous donnerai pas le nom », sourit-elle. Mais la désillusion a fini par la rattraper. « Les gens viennent vous voir lors des élections. Ils vous promettent monts et merveilles avant de disparaître le lendemain du scrutin. Durant les cinq ans, on ne voit jamais le maire, on ne voit que les trottoirs défoncés de nos quartiers », assure-t-elle.

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À l’entrée du supermarché, Abdellah est là depuis plusieurs heures à distribuer les imprimés de son association appelant à venir en aide aux démunis. Pour lui, il n’est pas question de voter. Une question de principe. « Même si mon père se présente, je ne voterai pas pour lui », tranche-t-il. Le jeune homme de 24 ans originaire de Boumerdès explique : “Je suis ingénieur en génie énergétique et cela fait deux ans que je suis au chômage. Qu’est ce qui va changer pour moi si je vote ?”.

À une dizaine de kilomètres du centre commercial, d’autres personnes profitent du début de leur long week-end de trois jours sur la promenade des Sablettes. Samir qui habite à Gué de Constantine et Amine de Bordj el-Kiffan viennent d’arriver. L’un est ingénieur et l’autre travaille dans la marine marchande. « Je n’ai pas voté parce que je n’ai pas confiance en ceux qui se présentent », affirme le premier. Le second n’a pas envie d’en parler.

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« La seule bonne chose dans les élections est le fait que ce soit férié. C’est génial ! », dit-il.

Kamel vient à peine d’installer sa marchandise, des petits jouets pour les enfants. Étudiant en psychologie, il vient ici trois fois par semaine pour gagner un peu d’argent. « Si je vote, je n’ai rien et si je ne vote pas je n’ai rien. Pourquoi alors le faire ? », s’interroge-t-il.

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