
Après avoir vilipendé Massad Boulos pour ses déclarations sur France 24 (voir mon post « Les quatre phrases qui font mal à Rabat ») au sujet du Sahara occidental, une partie des médias marocains s’attaque désormais à Staffan de Mistura.
Le réflexe est le même. Dès qu’un responsable international s’écarte du récit soigneusement balisé par Rabat, il devient suspect.
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Staffan de Mistura, le « crime » d’avoir rappelé le droit international
Un site d’information marocain présente ainsi l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres comme « l’avocat du Polisario ».
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La manière dont ce site construit son accusation est révélatrice. Il rappelle que le Maroc avait exprimé des réserves lors de la désignation de De Mistura.
Cette ancienne réserve devient, plusieurs années plus tard, un argument destiné à accréditer sa prétendue partialité. Le raisonnement est d’une grande simplicité. Rabat avait exprimé des doutes sur lui, donc ses positions actuelles prouveraient qu’il était effectivement partial.
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Reste à expliquer ce que De Mistura aurait fait pour mériter cette qualification. Il a rappelé les paramètres onusiens du dossier, en l’occurrence le principe d’autodétermination du peuple sahraoui.
Il a notamment souligné que « tout règlement du conflit devait comprendre un processus significatif de consultation du peuple sahraoui, conformément au principe d’autodétermination » (paragraphe 10 du rapport du secrétaire général).
Pour une partie de la presse marocaine, rappeler ce socle fondamental de la légalité internationale suffit désormais à faire de lui « l’avocat » de l’adversaire.
Le cas Massad Boulos est tout aussi parlant. Le conseiller américain avait refusé de présenter le dossier comme définitivement réglé.
Il avait reconnu le rôle positif de l’Algérie, en précisant qu’Alger ne peut pas imposer une solution, et souligné qu’aucune solution immédiate n’était en vue.
Massad Boulos, l’autre cible des médias marocains
Ses propos ont aussitôt déclenché une levée de boucliers, comme si un responsable américain n’était acceptable que tant qu’il confirmait le récit marocain et devenait problématique dès qu’il introduisait les nuances qu’impose la réalité géopolitique.
Pour expliquer le supposé infléchissement de la position du haut responsable américain, certains éditorialistes ont distillé des supputations à connotation de business, allant jusqu’à glisser perfidement des considérations sur le gaz et les terres rares.
Ils sont même allés jusqu’à rappeler les propos d’un ambassadeur algérien, selon lequel « the sky is the limit » pour les perspectives des relations entre Alger et Washington, pour y voir une porte ouverte au marchandage au profit de la cause sahraouie.
En fait, ils refusent de comprendre qu’aucun acteur ne peut imposer aux Sahraouis une solution qu’ils ne veulent pas.
Deux responsables, deux mandats, deux institutions, mais la même accusation dès que leur discours ne correspond plus aux attentes et aux désirs de Rabat. Boulos devient contestable. De Mistura devient partial.
À ce rythme, le problème ne sera plus les difficultés et les aléas du processus politique, mais l’existence même d’interlocuteurs qui refusent de réciter le narratif attendu par Rabat.