
À la lecture attentive du rapport du SG de l’ONU Antonio Guterres sur le Sahara occidental, plusieurs éléments peuvent être retenus comme favorables au Front Polisario. Ils montrent que le Front conserve des leviers politiques, juridiques et diplomatiques importants.
Le premier élément tient au statut même de sa proposition. Le Polisario a transmis au Secrétaire général une proposition visant explicitement une solution politique mutuellement acceptable assurant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Le rapport précise qu’elle développe les garanties post-référendaires proposées en 2007.
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Ce qu’il faut retenir du rapport du SG de l’ONU sur le Sahara occidental
Le deuxième point est particulièrement important. L’envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, affirme que la résolution 2797 fournit « un cadre pour les négociations mais ne prescrit pas d’issue ».
Il précise également que participer aux négociations ne signifie pas accepter automatiquement leur résultat. Cette formulation laisse donc au Polisario la possibilité de négocier sans reconnaître à l’avance que l’autonomie marocaine constitue l’issue du processus.
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Le troisième élément concerne directement l’autodétermination. Le rapport indique que cette question, avec celle de la souveraineté, demeure parmi les plus cruciales et les plus controversées. Elle n’est donc pas considérée comme réglée. Surtout, Guterres réaffirme dans ses conclusions que l’objectif doit rester une solution mutuellement acceptable « qui assure l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ».
Le quatrième point est encore plus explicite. Guterres affirme que toute proposition devra être soumise à une consultation significative du peuple du Sahara occidental. Il précise que celui-ci devra disposer d’un « choix libre et volontaire » d’accepter ou de rejeter la proposition. Il ajoute que cette consultation est nécessaire pour que le peuple du Sahara occidental ne soit plus privé de son droit inaliénable à l’autodétermination. C’est l’un des passages les plus favorables aux arguments du Polisario.
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Le cinquième élément est le maintien du Polisario comme interlocuteur direct et représentant du peuple sahraoui, malgré les tentatives marocaines de contester son statut. Lors des trois cycles de négociations, le Front était représenté par son responsable de la politique étrangère.
Le sixième point concerne la situation des droits humains dans le territoire occupé. Guterres se dit « particulièrement préoccupé » par cette situation. Il demande une surveillance indépendante, impartiale, complète et continue.
Le rapport mentionne parallèlement des informations faisant état d’un rétrécissement de l’espace civique, de restrictions visant les libertés d’expression, d’association et de réunion, ainsi que de menaces, d’intimidations et d’arrestations arbitraires visant des militants sahraouis.
Frappes de drones marocains
Le septième point concerne plus précisément les détenus sahraouis liés à Gdeim Izik. Le rapport du SG de l’ONU rappelle que le Comité des Nations unies contre la torture a conclu, dans les quatre affaires examinées, à l’existence d’une pratique constante d’arrestations arbitraires, d’isolement, de torture ou de mauvais traitements et d’utilisation d’aveux obtenus sous la contrainte. Ce passage fournit au Polisario un argument important sur la question des droits humains dans les zones occupées par le Maroc.
Le huitième point concerne l’accès au territoire. Le rapport indique que le HCDH n’a toujours pas obtenu l’accès au territoire depuis 2015. Il relève également que des parlementaires, des avocats et des journalistes internationaux ont été empêchés d’entrer ou expulsés.
L’absence de surveillance indépendante est qualifiée d’obstacle important à une évaluation complète de la situation. Cette critique porte directement sur la capacité de l’ONU à vérifier les conditions dans le territoire contrôlé par le Maroc.
Le neuvième point concerne la proposition visant à examiner une éventuelle désignation du Polisario comme organisation terroriste. Deux rapporteurs et experts indépendants des Nations unies ont exprimé des préoccupations quant à la compatibilité d’un tel projet avec les obligations internationales relatives aux droits humains. Ils ont également évoqué ses conséquences potentielles sur l’aide humanitaire et le processus politique de l’ONU. C’est un élément important pour le Polisario sur le plan diplomatique.
Le dixième point concerne la situation sur le terrain. Le rapport documente plusieurs frappes de drones marocains à l’est du mur. La MINURSO a notamment constaté des éléments compatibles avec une frappe contre un véhicule en décembre 2025. En juin 2026, elle a constaté deux véhicules civils endommagés à Mijek, avec des dégâts compatibles avec des tirs de missiles guidés par drone. Le rapport établit ainsi que plusieurs incidents impliquant les forces marocaines ont fait l’objet d’enquêtes de la MINURSO.
Sahara occidental : Guterres recommande de maintenir la MINURSO
Le onzième et dernier point est particulièrement significatif. Guterres recommande de maintenir la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2027 tant qu’un règlement mutuellement acceptable n’aura pas été trouvé. Il affirme que sa présence permet de surveiller les incidents, d’enquêter et de dialoguer avec les parties. Sans elle, le risque d’escalade augmenterait fortement.
En conclusion, le rapport est parfaitement clair : l’autonomie marocaine n’est pas la solution qui découlera nécessairement des négociations. Elle constitue un point de départ pour la négociation, pas un résultat déjà acté. Cette distinction est essentielle face à l’affirmation, dans certains discours marocains, selon laquelle l’issue serait déjà acquise.
Le Polisario conserve sa propre proposition. L’autodétermination demeure explicitement inscrite dans le cadre politique. Une consultation libre du peuple sahraoui est exigée et toute solution doit être négociée et assortie de garanties internationales.
À cela s’ajoutent les références aux restrictions des droits humains dans le territoire, les conclusions du Comité contre la torture, les enquêtes de la MINURSO sur certaines frappes à l’est du mur et le maintien de la Mission.