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Sahara occidental : les États-Unis et la France activent la marche forcée de la reconfiguration de l’Afrique

Abdelaziz Rahabi, ancien ambassadeur d’Algérie, décrypte le nouveau projet américain pour le Sahara occidental, l’impact sur l’Algérie et la reconfiguration de l’Afrique du Nord.

Sahara occidental : les États-Unis et la France activent la marche forcée de la reconfiguration de l’Afrique
Les États-Unis et la France lancent la marche forcée vers la reconfiguration de l’Afrique du Nord / Source image : DR pour TSA
Abdelaziz Rahabi
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Le Conseil de Sécurité de l’ONU se réunira à la fin de ce mois d’octobre pour voter, comme tous les ans, une résolution sur le Sahara Occidental et le mandat de la Minurso que les États-Unis et la France voudraient déjà réduire à un instrument de simple validation du plan d’autonomie marocain.

Créée en avril 1991 pour surveiller notamment un cessez-le-feu entre le Polisario et le Maroc et obtenue suite à la demande pressante des alliés de Rabat, à savoir les Occidentaux et les États du Golfe alertés par la supériorité militaire des Sahraouis sur le terrain.

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Pour leur part, les dirigeants sahraouis étaient sceptiques sur la volonté du Maroc de s’engager sur la voie du référendum qui était, faut-il le rappeler, un préalable à l’acceptation de ce cessez-le-feu. L’Algérie y était d’ailleurs favorable malgré les réserves émises par les Sahraouis.

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La Minurso avait été appelée plus tard, et sans succès par beaucoup d’États, dont l’Algérie, à élargir son mandat aux questions des droits de l’homme au Sahara occidental à l’instar d’autres forces de maintien de la paix des Nations Unies.

Dépouiller la Minurso de ses missions initiales au Sahara occidental

Aujourd’hui, il est question de la dépouiller même de ses missions initiales d’organisation du référendum, de la renommer Minuso et de mettre fin à sa mission de maintien de la paix avant mai 2027.

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Pour sa part, l’envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, qui a du mal à maintenir les critères de neutralité, d’objectivité et d’égalité entre le Polisario et le Maroc, se voit renforcé et son mandat élargi à la recherche d’autres interlocuteurs sahraouis plus accommodants au sein de la diaspora ou encore dans les camps de réfugiés ( ?) aux côtés du Polisario que l’ONU reconnaît pourtant comme représentant légitime du peuple sahraoui.

Cette démarche n’est en fait ni nouvelle ni surprenante dans la mesure où l’opération d’influence et de propagande lancée par quelques sénateurs américains cherche encore de nos jours à présenter le Polisario comme un groupe terroriste.

L’objectif est d’accréditer un second représentant sahraoui déjà désigné, identifié, encouragé et reçu en juin dernier par les Ambassadeurs, représentants américain et français à l’ONU.

L’Algérie est indirectement visée

L’Algérie est indirectement visée pour être présentée comme un État soutenant un « groupe terroriste », un proxy de l’Iran et un pays hostile à Israël.

Notre pays est soumis à un marchandage destiné surtout à convertir ses élites au pragmatisme d’ambiance pour trouver des vertus à la diplomatie transactionnelle du président Trump, dont les véritables conséquences sur notre région n’apparaîtront qu’à l’issue de son mandat.

C’est là que réside tout le paradoxe de cette situation qui veut que l’Algérie et le Polisario assument le coût diplomatique du deal du rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël contre la reconnaissance par les USA du fait accompli au Sahara occidental le 10 décembre 2020.

Quant à l’avenir des réfugiés sahraouis accueillis par l’Algérie, ils sont les victimes de l’occupation de leur terre depuis cinquante ans et doivent jouir à ce titre du droit inaliénable au retour et à l’expression de leur choix pour l’autodétermination.

Les puissances occidentales du Conseil de sécurité leur proposent un financement international orienté vers des solutions individuelles et volontaires destinées – comme pour les Gazaouis – à faire de ces exilés involontaires des apatrides forcés.

Dans cette perspective, une bien maigre compensation est proposée par l’Espagne pour réintégrer dans la nationalité espagnole une partie de ses administrés abandonnés en 1975 par un franquisme à l’agonie.

La Quatrième Commission vient pourtant d’adresser un message très fort de la communauté internationale sur le droit des Sahraouis à l’autodétermination, car le cadre de cet appel, l’Assemblée générale des Nations unies, reste la véritable expression de la représentation des Nations et de l’égalité souveraine entre les États.

Le Conseil de sécurité reste comme l’expression figée du rapport des forces militaires au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, seules la Russie et la Chine s’efforcent de préserver un précaire équilibre dans un Conseil qui ne sera ni réformé de sitôt ni conforme à la réalité du monde qui émerge.

Les trois pays occidentaux membres permanents du Conseil considèrent que le plan d’autonomie marocain est la seule base de négociation d’une « solution mutuellement acceptable », reste « la seule solution viable à la question sahraouie et que toute proposition devrait s’inscrire dans ce cadre ».

Cette seule condition contraignante par nature, irrecevable par principe et irréalisable dans une négociation internationale, est à elle seule suffisante pour enlever tout crédit à la poursuite du processus actuel.

Les États-Unis, qui ont le privilège de proposer le draft sur la question sahraouie, n’excluraient de prendre de « nouvelles mesures » qu’ils ne s’identifient pas encore à ce stade, « si les parties ne s’engagent pas de manière constructive dans le processus politique », selon des termes qui relèvent moins de la diplomatie du compromis que de l’arrogance que confèrent la puissance et l’immunité.

Les Sahraouis sacrifiés

Tout au long de ces cinq décennies, dont la durée est présentée par les Occidentaux comme un motif pour l’accélération du processus en cours, les seules victimes restent les Sahraouis que l’on veut insérer, depuis quarante ans, dans une nébuleuse sémantique « d’indépendance dans l’interdépendance », comme si le Maroc était un modèle de démocratie et le Sahara occidental, une terra nullius sans peuple et sans histoire.

À ce titre, le président Abdelmadjid Tebboune avait tout à fait raison, il y a peu, de remettre la question du libre destin du peuple sahraoui au centre de tout processus.

Sahara occidental : ce dont les Américains doivent tenir compte

Les Américains, puisque c’est d’eux qu’il s’agit dans ce dossier, doivent tenir compte du fait que les dirigeants sahraouis n’ont ni la capacité ni le droit de décider du destin de leur peuple sans procéder au préalable à sa consultation directe, sans contrainte et sans ingérence étrangère.

Le processus de règlement peut être long et passera inévitablement par des négociations directes entre le Polisario et le Maroc et ne peut en aucun cas dépendre des seuls agendas internes du président Trump et de celui du Roi Mohammed VI.

Il est à craindre que les conditions ne soient pas réunies pour des négociations sans contraintes de quelque nature que ce soit et que la solution à la question sahraouie ne trouve pas cette fois encore un début de règlement au drame d’un peuple qui n’est plus présenté comme une victime de la colonisation, mais comme un obstacle à la reconfiguration projetée de l’Afrique du Nord.

*Ancien ministre, ancien ambassadeur

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