
Une success story qui recèle des leçons de persévérance, de foi, d’assiduité. Bref, une grande leçon de vie. C’est ainsi que peut se résumer le parcours de Sofiane Kerfali, un ingénieur parti de rien à Boussaâda, dans le Sud algérien, pour atteindre l’universalité et les hautes sphères de l’industrie allemande de haute technologie.
Pour les jeunes diplômés qui peinent à trouver un emploi, c’est un parcours à méditer. Le travail et le sérieux finissent toujours par payer. Une autre vérité ressort de ce parcours exceptionnel : l’université algérienne sait aussi former des cadres de niveau mondial.
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Rencontré au siège de Leybold à Cologne en Allemagne, Sofiane a raconté pour TSA, avec beaucoup de modestie, les différentes étapes qu’il a franchies avant de devenir le directeur des filiales Europe, Afrique et Moyen-Orient de cette entreprise allemande qui fait partie du groupe d’équipements industriels, Atlas Copco, le géant suédois qui emploie plus de 55.000 personnes aux quatre coins du monde et réalise un chiffre d’affaires de 18 milliards de dollars.
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Le groupe est leader mondial de la conception et de la fabrication de compresseurs d’air, de systèmes de vide, de générateurs, de pompes, d’outils électriques industriels et de systèmes d’assemblage.
Tout a commencé à Boussaâda dans les années 1990. Bachelier, le jeune Sofiane Kerfali opte pour un tronc commun de technologie à l’université de M’sila, puis pour des études d’électrotechnique à l’université Ferhat-Abbas de Sétif.
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D’un garage de lavage auto à cadre supérieur d’un grand groupe mondial
En 1999, il est ingénieur d’État en électrotechnique, option automatique. Très vite, il déchante. Faute d’un travail conforme à ses aptitudes, il a dû gérer, pendant quatre ans, une petite station de lavage auto dans sa ville natale.
« Station, c’est exagéré. Il s’agit en fait de deux garages et deux fosses », rectifie-t-il. Loin de regretter cette période, il est plutôt reconnaissant pour cette « chance ». « Je ne remercierai jamais assez mon père de m’avoir confié les clés de cette petite affaire familiale qui m’a initié à des métiers nouveaux, la gestion d’une entreprise, la comptabilité, la gestion du personnel et surtout l’expérience clients », dit-il. Comme on le verra, cette expérience lui sera d’une grande utilité dans la fabuleuse carrière qu’il fera.
C’est son père et sa femme qui le pousseront et l’aideront à sortir de sa « zone de confort ». Il accepte d’abord un poste de directeur technique à Alger dans une petite boîte d’équipements médicaux. Pendant six mois, il dormait dans son bureau, sur des cartons. Puis la chance finit par lui sourire. Il est embauché, toujours à Alger, par la filiale locale du groupe suédois Atlas Copco, dans le département des groupes électrogènes et compresseurs d’air, comme ingénieur commercial.
C’était en 2006. Les promotions ne tarderont pas à pleuvoir sur cet ingénieur compétent et sérieux. En 20 ans, Sofiane Kerfali a été promu une dizaine de fois. Il est d’abord nommé chef de département, puis directeur régional pour l’Algérie et la Tunisie. « Cela m’a permis de connaître tout le tissu industriel algérien et tunisien et d’aider beaucoup de patrons à améliorer leur process et la qualité de l’air dans leurs usines », dit-il.
En 2014, une première proposition d’expatriation lui est faite. Au lieu de Dubaï que beaucoup convoitent, il opte pour l’Arabie Saoudite, un pays plus intéressant professionnellement, où il devient le directeur régional Moyen-Orient du pôle vacuum technique. Puis successivement directeur de la région Mena et de la région Afrique et Moyen-Orient. En 2017, il débarque en Europe, comme directeur pays France, puis France-Espagne-Portugal. En 2019, il dirige le pôle pour l’Europe du Sud (France, Espagne, Portugal, Italie et Suisse), toujours basé à Paris.
En 2025, le groupe suédois, champion de la diversité, décide de regrouper toutes ses filiales européennes au sein d’une même entité et il confie les clés des filiales Europe, Afrique et Moyen-Orient de Leybold GMBH à l’ingénieur algérien.
Le pôle vacuum technique qui est le bras technologique et scientifique du groupe Atlas Copco. Il opère dans des domaines assez sensibles, comme le spatial, la recherche et développement, les semi-conducteurs, l’énergie nucléaire et d’autres industries, explique-t-il.
« Ne sous-estimer aucune étape de sa vie »
Actuellement, l’ancien ingénieur au chômage à Boussaâda occupe trois postes clés au sein du groupe : il est PDG de toutes les entités en Europe et le réseau en Afrique et Moyen-Orient, responsable légal de la société Leybold GMBH, qui est « le bras technologique et scientifique du groupe, employant 2.000 personnes dans le monde et fait un chiffre d’affaires de 700 millions USD ».
Il est aussi le Control Officer du groupe, soit le garant de la transaction commerciale avec les clients et « le dernier rempart pour valider le contrôle des exportations » de ce fleuron de l’industrie allemande. Surtout, il est le premier non-allemand à occuper le poste, une responsabilité très importante dans un contexte où les enjeux de sécurité, de souveraineté technologique et de réglementation internationale sont majeurs.
« Je ne sais pas si j’ai réussi, en tout cas j’y travaille tous les matins et tous les soirs », dit-il avec la modestie propre aux gens du Sud algérien.
« Il n’y a pas de formule magique, tout le monde sait que pour réussir, il faut travailler dur, être irréprochable en termes de respect des procédures, des clients, des employés et de tous les intervenants », indique cet homme de 51 ans.
Partant de sa propre expérience, ce père de trois enfants estime que ce qu’il y a lieu de faire, c’est éliminer cette « barrière psychologique » qui veut que « si on rate le début de sa carrière, c’est raté pour de bon ».
« J’ai commencé difficilement, mais j’ai pu convertir cette étape difficile en atout. Ce que j’ai appris en termes de gestion du personnel, de comptabilité, de relations clients dans cette toute petite station de lavage est en fait une expérience fondatrice. Il ne faut jamais sous-estimer une partie de sa vie. Rien ne se perd, tout se transforme », assure-t-il.
Sa devise est « sérieux, travail, croire en ses capacités, tomber, rebondir ». Car, révèle-t-il, c’est « un processus interminable » et il arrive de tomber même à ce niveau de responsabilité.
« J’ai continué à travailler dur tous les jours, à représenter l’Algérie du mieux que je peux. Je suis content de travailler pour un groupe qui favorise la diversité », insiste-t-il.
La dette envers l’Algérie « doit un jour être payée »
Après cette expérience sur trois continents, Sofiane Kerfali fait part de son envie de rendre au pays ce qu’il lui a donné. « C’est une dette qui doit un jour être payée », reconnaît-il.
Aujourd’hui, il essaie d’aider, « à titre personnel », quand il se rend à Boussaâda ou à Alger, les nouveaux diplômés, les gens qui s’apprêtent à passer le bac, les universitaires, les gens qui sont au chômage, ceux qui travaillent, en organisant des conférences.
« Pas seulement en Algérie, on est prêts à recevoir des industriels, des cadres et des sociétés algériennes en Allemagne, dans notre usine qui est l’une des plus grandes usines de pompes au monde », propose-t-il.
Ce qui l’a marqué pendant son parcours, c’est évidemment la confiance que le groupe a mis en sa personne en lui offrant une dizaine de promotions en 20 ans. « À chaque fois, il fallait se renouveler, trouver ses marques. J’ai toujours eu les gens qu’il faut autour de moi, y compris ma famille, ça m’a beaucoup boosté », reconnaît-il.
Mais il y a autre chose. Ce cadre algérien souligne la qualité des études en Algérie. En dehors de quelques courtes formations, il n’a étudié qu’aux universités de M’sila et de Sétif. « Cela ne m’a pas posé de soucis pour travailler dans un groupe international très technique », dit-il fièrement.
Pour peu qu’elle soit entendue, la diaspora peut aider l’Algérie par le transfert de technologie et de mind set, estime-t-il. « La mentalité, c’est très important. Il faut se convaincre qu’on peut faire les choses, qu’il n’y a pas de limite ».
« Nous sommes des centaines, voire des milliers d’ingénieurs en Europe, de médecins, de cadres, d’avocats, d’infirmiers, de sportifs… Nous sommes très contents de la dynamique qui prévaut actuellement en Algérie, c’est une dynamique qui ne peut être que le début d’une très belle histoire. Nous sommes tout à fait disposés à aider le pays avec les outils dont nous disposons », assure l’ingénieur au parcours fabuleux.
Sofiane Kerfali enchaîne en s’étonnant du faible nombre d’Algériens installés en Allemagne, un pays pourtant plus accueillant qui offre plus d’opportunités. Pour convaincre, il met en avant sa propre expérience.
« Les Algériens ont tout intérêt à venir en Allemagne »
« Nous sommes 50.000 Algériens inscrits en Allemagne, c’est beaucoup moins qu’en France. Je remarque qu’il y a peu d’intérêt des cadres, des étudiants algériens pour ce pays, alors que c’est la première économie d’Europe. L’économie allemande est leader dans plusieurs segments dans lesquels l’Algérie peut se développer, comme la métallurgie, l’automobile, l’énergie verte… Les Algériens ont tout intérêt à venir dans ce pays », explique-t-il.
Après avoir passé sept ans en France, il s’installe en Allemagne où il a trouvé une « société plutôt accueillante, chaleureuse et structurée ».
« Il y a certes la barrière de la langue qui est la raison de ce peu d’intérêt, mais je pense que ce n’est pas un bon prétexte. Il y a beaucoup de gens d’autres nationalités qui viennent en Allemagne et pour lesquels ce problème ne se pose pas. La langue, ça s’apprend. Pour moi et ma famille, cela nous a pris six mois pour apprendre l’allemand. L’Allemagne est un pays très accueillant où les salaires sont plus élevés qu’ailleurs. Nous sommes en train de passer à côté de quelque chose », explique-t-il.
Le patron des filiales Europe, Afrique et Moyen-Orient de Leybold ajoute un autre avantage : la classe politique en Allemagne est un « peu plus détachée et plus mesurée s’agissant des citoyens d’origine maghrébine, ce qui contraste avec d’autres pays où l’on considère officiellement que l’immigration n’est pas une chance. »