
Guerre contre Gaza et le Liban, attaques en Syrie et risques de conflit avec la Turquie : Israël menace d’embrasement l’ensemble de la région du Moyen-Orient.
Amar Belani, ancien diplomate algérien, livre son analyse de la situation après les derniers bombardements israéliens contre la Syrie et présente trois scénarios concernant l’éventualité d’un conflit direct entre Israël et la Turquie.
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Dans la nuit du 17 au 18 août, l’armée israélienne a mené un raid sur la base aérienne de Abou al-Douhour, dans le nord de la Syrie. La raison ? Des craintes d’un déploiement turc dans la région, selon le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, rapporte Associated Press.
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Une preuve de plus de l’insatiable expansionnisme israëlien
Douze pays arabes et musulmans, dont l’Algérie et la Turquie, ont vivement condamné cette attaque, y voyant une « dangereuse escalade » et une « violation flagrante » de la souveraineté et de l’intégrité territoriale syrienne, souligne l’ancien diplomate algérien.
Selon l’ancien ambassadeur d’Algérie à Ankara, le texte en question “donne à cet épisode une portée qui dépasse le seul face-à-face israélo-turc”, le plaçant plutôt comme “un signe supplémentaire d’un expansionnisme militaire israélien de plus en plus déstabilisateur et de plus en plus difficile à contenir”.
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Il estime qu’Israël a été encouragé dans sa stratégie expansionniste par “l’affaiblissement militaire de l’Iran et l’effondrement du régime Assad”. Il s’agit, a-t-il souligné, d’un “double effondrement qui a fonctionné comme un accélérateur plutôt que comme un facteur d’apaisement”.
La Turquie, “un nouvel Iran” aux yeux d’Israël
Ce “vide” alimente les vues expansionnistes israéliennes dans la région, ce qui se traduit par “une approche dangereuse et de plus en plus hégémonique… où la neutralisation de menaces supposées sert surtout de justification à un redécoupage plus large des équilibres régionaux”, estime l’ancien diplomate.
Cette logique se confirme selon Belani en Syrie, où Israël dépasse impunément la zone tampon, mais aussi au Liban, où l’armée de Tel-Aviv piétine la ligne de démarcation qu’elle a elle-même fixée « unilatéralement et illégalement« .
Ainsi, Belani estime que la frappe contre la base militaire en Syrie ne doit pas être interprétée comme “une réponse à une menace militaire imaginaire” mais plutôt comme “un avertissement adressé à Damas et à Ankara”.
Quand Israël songe à attaquer un membre de l’OTAN
Amar Belani, place aussi la démarche israélienne dans un contexte marqué par les élections en Israël, expliquant que la Turquie est présentée “comme une nouvelle menace, voire comme le nouvel Iran”, pour nourrir certains agendas politiques.
L’ancien diplomate souligne que la réaction américaine, qui a qualifié cette démarche de “jeu dangereux” et d’”escalade inutile”, ne fait que renforcer sa lecture, rappelant que les États-Unis tentent actuellement de mettre en place “un mécanisme de déconfliction entre Israël, la Turquie et la Syrie”.
Une démarche qui a peu de chances d’aboutir. Au lieu d’un apaisement, l’ancien ambassadeur d’Algérie à Bruxelles estime qu’Israël pourrait aller encore plus loin en attaquant directement des forces turques opérant à l’étranger. Certains cercles israéliens avancent que ces troupes “ne bénéficieraient pas automatiquement de la protection de l’article 5 de l’OTAN”.
Conflit Israël-Turquie : trois scénarios possibles selon Belani
Ainsi, selon Amar Belani, la trajectoire suivie par Israël, placée dans le contexte régional actuel, ne peut déboucher que sur trois scénarios possibles : le premier, “le moins risqué”, serait “une désescalade encadrée par le mécanisme de déconfliction proposé par les USA”, le deuxième, probable mais risqué, consiste en une continuité des dépassements israélienne avec des ripostes uniquement “diplomatiques et judiciaires” de la Turquie.
Le troisième scénario, et le pire, “impliquerait un incident direct touchant des forces turques, susceptible de transformer une crise régionale en confrontation avec un membre de l’OTAN”, estime l’ancien diplomate algérien.
Ce scénario serait d’autant plus dangereux vu les alliances qui se sont forgées dernièrement dans la région. D’un côté on trouve, l’Hexagon Alliance, qui réunit notamment Israël, l’Inde, et plusieurs partenaires arabes, et d’un autre côté, on constate un “rapprochement d’Ankara avec le Pakistan et l’Arabie saoudite” qui peut se lire comme “une réponse à cette dynamique plutôt que comme une simple provocation”, estime Belani.
Pour conclure, l’ancien diplomate algérien indique que “la question dépasse le seul rapport entre Israël et la Turquie” mais qu’il s’agit avant toute chose de l’impunité d’Israël qui constitue le facteur déterminant de la déstabilisation de la région.
Amar Belani se demande ainsi quelle place “la liberté d’action militaire irresponsable de Tel Aviv peut occuper sans qu’aucun de ses partenaires occidentaux n’y pose de limite ferme ?”.