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Xavier Driencourt : « La déclaration de M. Macron a une portée considérable »

La déclaration du président français Emmanuel Macron, dans laquelle il reconnaissait la responsabilité de la France dans la mort du militant anticolonialiste Maurice Audin, a une « portée considérable ». Elle traduit la volonté de M. Macron « d’être en phase et en accord avec l’Histoire et de reconnaître la vérité », a estimé l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, lors d’un entretien ce lundi 17 septembre sur TSA-Direct.

« Je crois que cette déclaration du président Macron est d’une portée considérable. J’ai même lu que certains commentateurs en France ont écrit que c’est l’équivalent de ce qu’avait dit le président Chirac en 1995 à propos des rafles du Vel-d’hiv et de la responsabilité de l’État français », a affirmé M. Driencourt.

« D’abord sur la forme, rien n’obligeait le président à faire cette déclaration le 14 septembre, il n’y avait pas d’événement particulier franco-algérien, il aurait pu la garder pour une visite à Alger pour faire un geste à cette occasion. Rien ne l’obligeait à la faire à cette date, sauf la demande qui était exprimée depuis 61 ans par la famille Audin et par sa veuve, et sauf, et c’est ça qui est important, la volonté du président de la République d’être en phase et en accord avec l’Histoire et de reconnaître la vérité », a-t-il ajouté

« Sur la forme, c’est une déclaration très importante. Mais surtout sur le fond, au-delà du cas de Maurice Audin, le président Macron dans cette déclaration, condamne l’utilisation de la torture dans le cadre d’un système légal créé par ce qu’on appelait les pouvoirs spéciaux. Donc il reconnait la responsabilité de l’État qu’il incarne, de la France, de la République dans l’utilisation systématique de la torture », a expliqué M. Driencourt qui relève aussi à travers cet épisode une reconnaissance par l’armée française de ce qui s’est passé pendant la guerre d’Algérie.

Archives et essais nucléaires

« Quand il (M. Macron, ndlr) est allé voir Mme Audin et sa famille, il était accompagné par Benjamin Stora que tout le monde connait mais il était aussi accompagné par son chef d’état-major particulier, l’amiral Rogel, et je crois qu’il y a derrière ça toute une symbolique du côté français, ça veut dire qu’il y a par l’armée une reconnaissance des faits accomplis pendant la guerre. Tout cela est d’une portée considérable », ajoute-t-il.

Xavier Driencourt note une certaine « continuité » dans le discours d’Emmanuel Maron par rapport à la question. « Je note une certaine continuité entre ses déclarations en février 2017 en tant que candidat et celles qu’il a faites lors de sa visite à Alger en décembre dernier en tant que président, où il a annoncé un certain nombre de choses, notamment sur les cranes des disparus (résistants, ndlr) et son geste de la semaine dernière ».

Sur cette question de restitution des crânes, M. Driencourt a révélé qu’il « y a des groupes de travail qui se réunissent » et que « les choses avancent d’une manière normale ». D’autres dossiers semblent néanmoins avancer moins bien, comme celui des archives.

« Il y a un groupe de travail piloté par les directeurs des archives des deux côtés, le fait est que du côté français, pour l’instant, il n’y a pas de directeur des archives, donc il n’y a pas d’interlocuteur du côté français, donc c’est un petit peu au point mort », a expliqué Xavier Driencourt qui ne nie pas que des « contentieux » existent.

Visite d’État : aucune date

Autre dossier « sensible », celui de l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. « Cela a été décidé par une loi en 2010 ou 2011, donc il y a là aussi une avancée, puisqu’il y a eu encore une fois un groupe de travail qui s’est réuni.

Il y a eu en France tout récemment le vote de la loi Morin, qui était ministre de la Défense sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qui a élargi la notion de responsabilité et il y a eu à ma connaissance en décembre 2017 un cas d’indemnisation d’un Algérien. Ce sont des cas individuels, c’est-à-dire que la personne doit faire la preuve d’avoir été exposée. Oui, c’est un dossier sensible, comme beaucoup de dossiers, mais il faut traiter les dossiers sensibles et les autres. Ce sont des dossiers importants, sensibles parce ça touche aux personnes », a-t-il expliqué.

Concernant une éventuelle visite d’État d’Emmanuel Macron en Algérie, le diplomate ne l’exclut pas, mais n’avance aucune date. « Le président avait annoncé lui-même qu’il ferait non pas une visite courte comme celle de décembre dernier, mais une visite d’État. Et une visite d’État, ça se prépare, ça se décide, ça se confirme, ça prend du temps des deux côtés immanquablement. Je pense qu’il faut lui poser la question de savoir si et quand il y aura une visite d’État ».

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