
Est-ce enfin la réhabilitation du corps médical algérien ? Propulsés au-devant de la scène depuis le début de l’épidémie du coronavirus, médecins, infirmiers et autres personnels soignants ont forcé l’admiration de toute la société par le travail qu’ils font avec souvent très peu de moyens, les sacrifices qu’ils consentent et les risquent qu’ils prennent.
Beaucoup d’entre eux ont payé de leur vie leur engament, le dernier en date étant le médecin de l’hôpital de Kherrata, mort à 37 ans.
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« Nous sommes en guerre et vous êtes les moudjahidine ». Les mots utilisés par le président de la République lors de sa rencontre avec les blouses blanches ce lundi 13 avril, sont très forts et traduisent la reconnaissance de l’État du rôle joué par la corporation dans la lutte contre la pandémie mondiale.
« La maladie était inconnue et se propage vite. Elle a surpris le monde entier. Lorsque je constate les efforts déployés par nos professeurs, nos médecins, nos paramédicaux, je peux dire que nous maîtrisons la situation. Je pense que si on continue sur cette voie, d’ici la fin avril, on sera soulagé », a déclaré Abdelmadjid Tebboune.
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Avant la plus haute autorité du pays, c’est toute la société qui a exprimé sa gratitude envers le personnel soignant, dans les médias, sur les réseaux sociaux ou dans la rue.
Tous ont rappelé les épreuves vécues par la corporation ces dernières années, notamment la manière avec laquelle était gérée la grève des médecins résidents en 2018, la répression de leurs rassemblements, le refus des autorités de donner suite à toutes leurs revendications.
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Pourtant, en appelant à réformer le service civil, les futurs spécialistes avaient soulevé plus d’un problème de fonds, les déserts médicaux et le manque de moyens matériels et didactiques dans les hôpitaux.
Le niveau bas des salaires était une plaie supplémentaire qui a aggravé la saignée qui vide le secteur depuis plusieurs années de son force vitale. On parle aujourd’hui de 15 000 médecins algériens expatriés, qui jouissent de la reconnaissance due à leur rang sous d’autres cieux, dans des pays aux systèmes de santé déjà très performants.
Ce que des années de lutte n’ont pas permis de concrétiser, le coronavirus l’a fait en quelques semaines. Le président Tebboune n’a pas seulement annoncé la réforme du service civil comme réclamé, mais sa suppression. À la place, des incitations sérieuses, comme des salaires doublés, pour les médecins qui iront volontairement exercer dans les zones enclavées et déshéritées du sud du pays.
Quelques jours après l’institution d’une prime provisoire de trois mois, le chef de l’État a annoncé une autre mesure en faveur des personnels soignants : chaque deux mois d’exercice dans la lutte contre le coronavirus équivaudront à une année dans le calcul de la retraite. Ce n’est pas le moment de baisser la garde et de telles incitations étaient prévisibles afin d’éviter toute démobilisation après plus d’un mois de travail dans des conditions difficiles.
Le plus important reste néanmoins ce que compte faire le gouvernement une fois tout cela fini. Autrement dit, les mesures annoncées pour l’après Covid-19. Tebboune a promis de meilleures rémunérations et de meilleures conditions de travail pour l’ensemble des personnels soignants du pays et, surtout, une réforme enfin véritable du système de santé national.
Le pays a beaucoup tourné en rond dans ce registre. Si, vingt ans après, le département qui gère le secteur est encore appelé ministère de la Réforme hospitalière, cela signifie au moins que la réforme n’a pas été menée à son terme, pour ne pas dire qu’elle n’a jamais été entamée. La crise du coronavirus, qui a pris de court le monde entier, pourrait enfin secouer le cocotier. Il reste au président de veiller à ce que ses promesses faites dans le feu de l’action soient concrétisées une fois la tempête passée.