
À l’instar de la majorité des préfectures à travers la France, celle du Nord (Lille) est pointée du doigt par de nombreux demandeurs de titres de séjour et plusieurs associations de défense des étrangers.
Lisa, installée en France depuis 2019, est l’une des personnes étrangères qui galèrent pour régulariser sa situation à la préfecture du Nord. Tout avait bien commencé pourtant : la jeune femme a décroché facilement son visa de travail et l’avait renouvelé sans problème.
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Un avocat à 1.000 € pour décrocher son titre de séjour
C’est à partir de 2023 que les choses commencent à se gâter pour Lisa. En tentant de renouveler son titre de séjour salarié, elle ne reçoit aucun retour de sa préfecture. «J’ai essayé d’appeler mille fois la plateforme téléphonique, mais la ligne était toujours occupée», a-t-elle raconté au journal français Libération.
Les mois passent et son titre de séjour expire. Lisa se retrouve alors dans l’illégalité. Pour gagner du temps et ne pas perdre son poste de travail, elle pose un congé et va même jusqu’à suspendre son contrat de travail et son salaire. Hélas, c’est toujours le silence radio du côté de la préfecture.
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Lisa décide alors de prendre un avocat qu’elle paye 1.000 € pour porter l’affaire devant le tribunal administratif de Lille. Elle grossit ainsi les rangs des étrangers qui ont fait appel à ce tribunal administratif pour demander à leur préfecture de leur délivrer leurs titres de séjour.
Titre de séjour : la préfecture du Nord pointée du doigt
Les saisines en référé, qui concernent souvent des affaires liées à des titres de séjour, ont augmenté de 86 % en 2024 par rapport à 2023 au niveau du tribunal administratif de Lille.
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C’est même devenu une sorte de routine éreintante pour les magistrats. « C’était triste et drôle à la fois, la juge connaissait si bien ce type de dossiers qu’elle finissait les phrases de mon avocat », témoigne Lisa.
C’est dans ce contexte que 15 associations d’aide aux étrangers, dont la Cimade et le Secours Catholique, ont déposé ce mercredi 9 juillet une requête devant le tribunal administratif de Lille, fait savoir Libération.
Représentées par un collectif de quatre avocats, ces associations demandent à la Cour de « constater les défaillances de la préfecture et de lui enjoindre de prendre les mesures nécessaires ».
Elodie Beharel, militante associative, explique que les recours des étrangers au tribunal administratif sont trop nombreux pour qu’ils se fassent individuellement.
« C’est ce qui nous pousse à faire ce contentieux plus global », a-t-elle poursuivi. C’est ce que confirme Claire Périnaud, l’une des avocates du collectif, qui estime que « les gens devraient pouvoir faire leurs démarches sans l’assistance d’un avocat ».
« Cela devient de l’aberration administrative »
De son côté, Violette Spillebout, députée Renaissance du Nord, dévoile que les demandeurs de titres de séjour, qui ne peuvent pas se payer un avocat, se dirigent souvent vers les associations, mais aussi vers les députés.
Elle souligne d’ailleurs qu’elle a reçu 17 cas en 2022, 30 en 2023, 89 en 2024. Il s’agit donc d’une augmentation sensible et inquiétante. La députée s’attarde sur le cas d’un ingénieur béninois en France depuis 30 qui n’arrivait plus à renouveler son titre de séjour. « Cela devient de l’aberration administrative », a-t-elle dénoncé.
Selon Elodie Beharel, cette situation n’est pas totalement de la faute de la préfecture, mais découle d’un manque de personnel. « Nous savons que ce n’est pas une volonté de la préfecture, que c’est lié à des problèmes de ressources humaines, mais il faut assurer un accès normal aux services publics », a-t-elle réclamé.
De son côté, la préfecture du Nord souligne que « la situation s’est sensiblement améliorée sur l’ensemble des titres de séjour » depuis l’arrivée du nouveau préfet ». Les services de l’Etat précisent avoir délivré, à la fin juin 2025, 15 719 titres de séjour, soit + 48 % par rapport à l’année précédente.