
L’Algérie et la France ont bouclé fin juillet dernier une année de crise inédite dans l’histoire de leurs relations diplomatiques. Pour le sénateur français d’origine algérienne, Rachid Temal, il est impératif, pour mettre fin à la brouille, que les deux présidents renouent le dialogue.
Rachid Temal a assisté à une rencontre organisée les 4 et 5 septembre à l’université de la Sorbonne, à Paris, par l’Académie de la diplomatie, rattachée au Quai d’Orsay. Une table ronde a été consacrée aux relations avec l’Algérie, sous le thème : “Algérie/France : politique intérieure, politique extérieure, même combat ?”.
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Nouvelle rencontre sur l’Algérie
Parmi les intervenants, Stéphane Romatet, l’ambassadeur de France à Alger, rappelé par Paris en avril dernier.
Contacté par TSA, Rachid Temal a bien voulu revenir sur ce qui s’est dit pendant cette rencontre, tout en livrant sa vision quant à la meilleure voie à suivre pour une sortie de crise rapide.
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Le sénateur socialiste reste constant dans son avis qu’il a exprimé lors de sa visite en Algérie en février dernier, à savoir que l’économie peut servir de précurseur pour de meilleures relations.
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— Rachid Temal (@RachidTemal) September 6, 2025
À la Sorbonne, révèle-t-il, il a de nouveau souligné qu’il y a “une méconnaissance de l’impact de la crise sur les questions économiques”. “La France vend pour 5 milliards d’euros de produits à l’Algérie. Aujourd’hui, sur le blé, les bovins, beaucoup d’agriculteurs français souffrent”, dit-il.
Temal ajoute que ce qu’on ne mesure pas aussi, c’est que l’Algérie est aujourd’hui “un pays courtisé par beaucoup d’autres partenaires économiques, comme l’Italie”.
« Tout le monde fantasme »
Le parlementaire insiste sur la nécessité qu’on mette l’accent en France sur les relations économiques réelles. “Tout le monde fantasme, moi je veux revenir à des chiffres. Certains pensent qu’il n’y a pas beaucoup de commerce avec l’Algérie. Je veux qu’on montre la réalité du rapport économique entre les deux nations”, dit-il.
À son niveau, il a choisi la voie de la diplomatie parlementaire pour tenter de faire bouger les choses, révélant qu’il a écrit, en tant que président du groupe d’amitié France-Algérie au Sénat, à son homologue algérien et qu’il était toujours dans l’attente d’une réponse.
Rachid Temal a aussi bien voulu évoquer l’ambassadeur Romatet, qui est intervenu à la table ronde. “Il a suffisamment de liens et d’affection pour l’Algérie et le peuple algérien. Il pense que les deux pays doivent toujours discuter, dialoguer, trouver le chemin. Il lui tarde de retrouver un réchauffement diplomatique”, témoigne-t-il.
“Sans mésestimer les sujets en débat, je pense que l’ambassadeur est effectivement pour que les deux pays ne se quittent pas et travaillent ensemble”, assure le sénateur.
Mais souligne-t-il, “Stéphane Romatet est là pour appliquer une politique, il ne porte pas une politique”.
Pour Rachid Temal, seuls les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune peuvent désamorcer la crise par une rencontre directe.
“Je crois que les deux présidents, qui ont eu des mots apaisés et apaisants, doivent retrouver le fil. Il faut qu’il y ait une rencontre des deux chefs d’État, que ce soit à Alger ou à Paris ou à l’extérieur à l’occasion d’une rencontre internationale. Ils doivent se voir et se dire ce qu’ils sont prêts l’un et l’autre à faire. Sinon, on va rester sur une sorte de faux plat négatif pour les deux parties”, estime le sénateur socialiste.
Lors de la rencontre de la Sorbonne, l’impact de la situation interne en France a été aussi évoqué.
Un départ de Bruno Retailleau « faciliterait la reprise des contacts »
“On a parlé de la situation en France où certains en faisaient (de la relation avec l’Algérie) un commerce électoral. Pour moi, il est urgent d’en sortir”, révèle Rachid Temal, en allusion aux agissements de la droite et de l’extrême-droite et notamment le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. L’occasion de l’interroger sur l’avenir de la relation si un gouvernement socialiste est nommé dans les prochains jours, sans Bruno Retailleau.
“S’il y a un gouvernement socialiste, je pense que le rapport ne sera pas le même à l’Algérie. En tout cas, il n’y a pas de fonds de commerce de mon parti sur l’Algérie”, répond-il.
Le sénateur conclut en soulignant qu’au-delà des questions comme la mémoire et la diaspora, l’Algérie et la France sont deux grands pays de la Méditerranée qui ont plein de défis communs sur lesquels ils doivent discuter, comme les questions sécuritaires, le changement climatique, la souveraineté alimentaire…