
Grand perdant de la crise gouvernementale en France qu’il a lui-même provoquée début octobre, Bruno Retailleau tente de se replacer. Et c’est, encore une fois, en se servant de l’Algérie comme tremplin qu’il veut remonter la pente.
Pendant une année, le président des Républicains s’est taillé une position très confortable. Tout en occupant le poste de ministre de l’Intérieur qui offre une visibilité sans égal, il plaidait pour un “rapport de force” avec l’Algérie, qui n’était pas de son ressort.
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Bruno Retailleau se présentait comme celui qui voulait “faire plier l’Algérie” mais que d’autres parties au pouvoir n’ont pas laissé faire. La stratégie a plus que marché, puisque l’homme a été élu en mai dernier avec une grande facilité au poste de président du parti Les Républicains (LR, droite).
Retailleau en perte de vitesse
Début octobre, il a joué et perdu. Depuis qu’il a fait tomber le gouvernement Lecornu I par un simple tweet, Bruno Retailleau ne compte plus ses pertes. Il n’est plus ministre de l’Intérieur et même plus maître absolu au sein de son parti.
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Plusieurs membres des Républicains dont Rachida Dati ont accepté de siéger au gouvernement contre l’avis de Retailleau, du reste ouvertement contesté par certaines voix au sein du parti, notamment les parlementaires.
Cette nouvelle position réduit évidemment ses chances de concrétiser le rêve déjà improbable de réunir “les droites” autour de sa personne en prévision des présidentielles de 2027.
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Pour une bonne partie de l’opinion publique française, Bruno Retailleau a joué avec le devenir du pays en prenant le risque de le précipiter dans l’inconnu. Il a été très vite sanctionné en perdant 7 points dans le premier sondage qui a suivi la chute du gouvernement Lecornu II.
Retailleau n’a pas seulement perdu le poste de ministre de l’Intérieur qui lui a offert une popularité qui l’a lui-même surpris, de son propre aveu.
Il a surtout laissé le poste à un homme qui était son subalterne, certes, mais qui prône une politique à l’opposé de la sienne, notamment sur l’Algérie.
Laurent Nunez a entamé son mandat en se démarquant de son prédécesseur, décrétant sans ambages l’échec de la politique du “bras de fer”.
“Ceux qui font croire aux Français que le bras de fer et la méthode brutale sont la seule solution, la seule issue, se trompent. Ça ne marche pas, dans aucun domaine« , a déclaré l’ancien préfet de police de Paris le 1er novembre au Parisien. La rupture avec la ligne Retailleau est très nette.
Laurent Nunez est même en passe d’enclencher un début de sortie de crise avec l’Algérie. Dans le même entretien, il a annoncé avoir reçu une invitation de son homologue algérien. Lundi, la Présidence algérienne a dévoilé un message écrit d’Emmanuel Macron à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune pour la première fois depuis plusieurs mois.
Retailleau et ses partisans aux aguets
Bruno Retailleau “n’a eu de cesse d’utiliser les difficultés de cette relation pour plaire à la droite. Là, on a un ministre qui veut reprendre le dialogue pour faire redescendre la pression« , constate auprès de BFMTV le député Belkhir Belhaddad, ancien président du groupe d’amitié France-Algérie.
Le risque n’est pas négligeable pour Retailleau et tout le courant anti-algérien en France. Un éventuel règlement de la crise, la remise en liberté de Boualem Sansal et la conclusion d’un accord sur les OQTF, la reprise de la coopération sécuritaire, voire sur la révision de l’accord de 1968, tomberait au pire moment pour ce courant, soit à l’approche de l’échéance cruciale de 2027.
Sentant le vent tourner, Bruno Retailleau a décidé d’agir sur plusieurs fronts. D’abord en interne en cherchant à arrondir les angles avec les parlementaires et les ministres frondeurs. Il a ainsi annoncé qu’il apporte son soutien à Rachida Dati dans sa quête de devenir maire de Paris.
L’ancien ministre de l’Intérieur a aussi investi les plateaux après quelques semaines de retrait. Jeudi sur BFMTV, il a promis l’échec de la démarche de son successeur.
“La main tendue… Ça fait des années qu’on la tend à l’Algérie, mais avec quels résultats ?« , a-t-il répliqué aux critiques de son successeur sur l’efficacité de la politique du « bras de fer ».
La nouvelle ligne de défense du courant anti-algérien est désormais de soutenir que si le bras de fer n’a pas marché, c’est parce que Bruno Retailleau a été empêché de le mettre en œuvre pendant qu’il était ministre de l’Intérieur par le Quai d’Orsay et l’Élysée. C’est ce qu’a soutenu par exemple l’ancien ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt cette semaine sur Cnews.
Il appartient à Laurent Nunez et son homologue algérien Saïd Sayoud, et plus globalement à Alger et Paris, de démentir Retailleau et ses soutiens en démontrant que “la main tendue” peut déboucher sur des résultats et la fin de la crise.
Cela est d’autant plus possible que Bruno Retailleau n’est plus en position d’actionner les services de l’État français pour saboter le processus de rapprochement, comme il l’avait fait avec une grande efficacité en avril dernier.