
CONTRIBUTION. Dans un contexte international traversé par des crises géopolitiques récurrentes, des tensions économiques persistantes et une concurrence technologique toujours plus intense, la maîtrise des technologies, en particulier celles qualifiées de stratégiques ou critiques, s’impose comme un pilier essentiel de la puissance, de la souveraineté et de la sécurité nationales. Les crises mondiales – qu’elles soient géopolitiques, économiques, sanitaires ou environnementales – mettent régulièrement en évidence la vulnérabilité des pays dépendants d’expertises ou de technologies étrangères.
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À l’inverse, les pays ayant investi de manière soutenue, structurée et stratégique dans l’économie de la connaissance ont significativement renforcé leur résilience et leur capacité à absorber les chocs.
Ce constat met en lumière une réalité incontournable : l’acquisition d’actifs immatériels – savoirs, savoir-faire, méthodes et compétences – constitue un levier essentiel du développement industriel.
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Ces ressources intangibles forment le véritable moteur de l’autonomie technologique des États et conditionnent directement leur aptitude à innover et à progresser dans des délais stratégiquement décisifs.
Contexte national et défis à relever
Forte de ses ressources humaines qualifiées, de son potentiel énergétique stratégique et de ses capacités financières conséquentes, l’Algérie dispose d’atouts réels pour consolider sa souveraineté technologique.
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Les politiques d’industrialisation, tout comme les mesures visant à rationaliser et optimiser les importations à vocation industrielle, gagneraient considérablement en efficacité si les transactions commerciales internationales intégraient, chaque fois que cela est pertinent, des clauses contractuelles strictes, opérationnelles et orientées résultats, explicitement dédiées au transfert de technologies.
L’enjeu est de faire des importations d’actifs industriels physiques de véritables leviers d’apprentissage, de montée en compétences et de création durable de valeur au niveau national.
L’Algérie a enregistré plusieurs avancées significatives dans différents secteurs. L’industrie pharmaceutique assure près de 80 % des besoins nationaux en médicaments grâce à la production locale.
Le secteur de l’agroalimentaire s’est consolidé au fil des années : il présente des capacités encourageantes. L’industrie de la défense connaît un essor remarquable : elle laisse présager des perspectives ambitieuses et
prometteuses.
Ces progrès – pour ne citer que ceux-là – sont à juste titre une source de fierté pour nous tous. Par ailleurs, les nouveaux chantiers stratégiques, tels que l’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet, le projet phosphatier de Bled El Hadba, le développement des infrastructures ferroviaires, routières et numériques dans le Grand Sud, ou encore le gazoduc transsaharien, sont considérés par les spécialistes comme porteurs d’un potentiel multidimensionnel majeur.
Ces projets structurants s’accompagnent, certes, de défis complexes qu’il faudra relever, mais ils offrent surtout une base solide pour favoriser l’émergence de compétences industrielles nationales dans l’ensemble des secteurs qui leur sont directement ou indirectement liés.
Parallèlement, les pouvoirs publics ont engagé plusieurs réformes destinées à dynamiser l’écosystème entrepreneurial national. La mise en place de dispositifs dédiés aux start-ups, ainsi que l’adoption de cadres réglementaires favorables à l’innovation, soutiennent l’essor d’un tissu d’entreprises innovantes appelé à jouer un rôle déterminant dans la transition technologique du pays.
Dans ce cadre dynamique, l’université algérienne s’est également mobilisée pour accompagner cet élan. Un bilan de ces initiatives apparaît toutefois nécessaire afin d’optimiser la mise en œuvre des politiques adoptées et de renforcer leur impact sur le développement économique et technologique.
Malgré les progrès significatifs réalisés, le revers de la médaille demeure visible : la facture des importations reste une source de fragilité chronique, révélatrice d’une vulnérabilité structurelle.
En effet, pour soutenir l’appareil productif, notre pays consacre chaque année plusieurs milliards de dollars (USD) à l’importation d’équipements et d’installations à vocation industrielle.
Selon les experts, ces acquisitions n’intègrent que très rarement un transfert structuré de savoirs et savoir‑faire. Cette lacune prive le pays d’opportunités essentielles pour renforcer sa capacité d’innovation, freine son industrialisation et entretient une dépendance technologique coûteuse, de plus en plus difficile à surmonter.
Cette lacune prive aussi nos compétences nationales de possibilités de développer leurs expertises. À l’heure où la diversification économique s’impose comme une nécessité, cette situation constitue un handicap majeur.
Pour inverser cette trajectoire, il est indispensable de considérer systématiquement les mécanismes de transfert de technologies dans les importations d’équipements et installations industrielles.
Il convient de rappeler qu’un transfert technologique véritable ne se limite ni à l’usage ni à la maintenance d’une machine, ni même à la simple application d’un procédé.
Il repose sur la transmission d’un corpus complet de connaissances, de méthodes et de compétences permettant non seulement de comprendre la technologie, mais aussi de l’adapter, de l’améliorer et, à terme, de la maîtriser pleinement. Cette transition – de l’utilisation à la maîtrise – est l’un des facteurs qui distinguent les économies productrices des économies qui demeurent essentiellement consommatrices.
Plusieurs mécanismes peuvent être mis en place pour contribuer au développement progressif des savoirs et savoir-faire industriels. Les points ci-après présentent quelques éléments de référence.
Repères terminologiques : Technologie et transfert de technologies
La technologie peut être définie comme un ensemble structuré de connaissances, de méthodes, de savoirs et de savoir‑faire permettant de concevoir, fabriquer, qualifier et maintenir en conditions opérationnelles un produit.
Le transfert de technologies vise à transmettre cet ensemble cohérent de compétences d’un fournisseur à un acquéreur. Lorsque ce transfert inclut également la formation de l’acquéreur, il s’apparente alors à un transfert de
maîtrise industrielle.
Il existe plusieurs formes de transfert de technologies : transferts entre secteurs distincts ou au sein d’un même secteur, transferts entre institutions ou entre pays, ou encore des transferts opérés par la mobilité des compétences.
Elles sont parfois référencées dans la littérature comme des transferts horizontaux, verticaux, institutionnels ou autres. Dans le cadre de cette contribution, l’analyse se concentre sur des transferts qu’on peut regrouper en
deux mécanismes fondamentaux : (i) le transfert interne, qui constitue le moteur de diffusion des compétences nationales au sein du pays, et (ii) le transfert international, véritable levier d’acquisition technologique auprès de
partenaires étrangers.
Transfert interne de technologies
Lorsque les compétences technicoscientifiques existent au sein du pays — notamment dans les universités, écoles d’ingénieurs et centres de recherche — des dispositifs de collaboration peuvent être établis afin de faciliter leur
mobilisation au service du tissu industriel national.
Il s’agit là d’une forme de transfert visant à transformer les capacités scientifiques disponibles en une véritable ressource stratégique pour l’innovation et la souveraineté technologique.
La mobilisation des compétences académiques offrirait un appui précieux aux opérateurs industriels, en renforçant la capacité d’assimilation des savoirs et en favorisant une mutualisation plus efficace des compétences.
Un des principaux défis de cette forme de transfert interne des savoirs réside dans sa dimension organisationnelle. Dans cette perspective, les pouvoirs publics jouent un rôle déterminant de catalyseur. Ils créent, en effet, les conditions favorables à la coordination et à la coopération entre les différents acteurs impliqués.
Parallèlement aux interactions entre monde académique et industriel, les transferts opérés entre industriels nationaux jouent eux aussi un rôle central.
Relevant également de la catégorie des transferts internes, ces échanges reposent sur la mutualisation de compétences, d’outils et d’expériences au service d’objectifs communs. Ils contribuent à diffuser les meilleures pratiques technologiques, à structurer des écosystèmes performants, à consolider les chaînes de valeur locales, et à accélérer la montée en maturité industrielle du pays.
Dans le cadre de cette contribution, ces formes de transfert interne ne sont volontairement pas approfondies. Elles relèvent avant tout de l’expertise des universitaires et des acteurs industriels nationaux. L’objectif est de concentrer
l’analyse sur le transfert international de technologies, qui constitue le véritable enjeu de mon propos.
Transfert international de technologies
Dans le cadre du transfert de type international, l’exigence du transfert de technologies peut être : (i) intégrée dans un contrat d’achat de matériels ; (ii) envisagée dans le cadre d’un accord de partenariat ; (iii) considérée dans des
projets de co-développement, ou alors (iv) incluse dans le cadre d’une joint‑venture créée entre le fournisseur et l’acquéreur.
Dans ces cas ou dans d’autres relevant du transfert international, les clauses relatives au transfert de technologies devraient être inspirées de méthodes éprouvées et structurées.
L’objectif de la démarche est de permettre à l’acquéreur d’assimiler les connaissances nécessaires associées à chacune des phases de développement du produit ciblé, et in fine de maîtriser la technologie importée.
Dans ce contexte, le suivi des engagements, actés dans les clauses contractuelles, doit être rigoureux et les livrables clairement définis. Il faut toutefois souligner que ces contrats peuvent, dans certains cas, donner lieu à des relations conflictuelles entre les parties.
D’où l’importance déterminante de préparer soigneusement les phases de négociation : le consensus autour du respect des intérêts de chacune des parties doit être juste et équilibré.
À l’inverse, il arrive que l’exigence de transfert de technologies soit d’emblée acceptée, voire considérée comme naturelle, par le fournisseur, notamment lorsque la relation avec l’acheteur s’inscrit dans une logique de « gagnant-
gagnant » et que le fournisseur est lui-même engagé dans une dynamique d’innovation.
Dans ce cadre, l’acheteur bénéficie d’un véritable processus d’apprentissage, tandis que le fournisseur accède à un marché élargi ou tire parti d’un partenariat durablement renforcé.
Exemples de transferts internationaux de technologies
Plusieurs pays ont bâti leur essor industriel, grâce notamment au transfert de technologies. La Chine est un cas d’école. Alors que le pays était perçu comme « l’usine du monde », il jouait en réalité un rôle plus large, crucial dans l’innovation mondiale.
En plus de la production à bas coûts, la Chine s’était imposée comme un acteur majeur du prototypage rapide, capable de transformer des idées à faible maturité technologique (Technology Readiness Level bas) en solutions prêtes pour l’industrialisation.
Cette capacité unique a permis à de nombreuses innovations, y compris celles élaborées ailleurs, de franchir rapidement les étapes critiques du développement.
Ce faisant, la Chine a réussi à prendre en charge quasi l’entièreté du processus de développement des produits. Elle a su créer, pour ses ressources humaines, des opportunités d’apprentissage exceptionnelles.
En parallèle, la Chine a imposé aux entreprises étrangères, intéressées par le marché chinois, des transferts de technologies effectifs. En adoptant la logique : apprendre, maîtriser, améliorer, la Chine est devenue leader mondial dans plusieurs secteurs : les trains à grande vitesse, l’automobile, l’électronique, les smartphones, l’aéronautique et bien plus.
L’Inde compte également parmi les champions du transfert de technologies. Lancé comme un simple appel mobilisateur, le slogan « Make in India » s’est progressivement transformé en un véritable mot d’ordre : une valeur culturelle partagée et profondément intégrée au sein de l’ensemble du tissu industriel.
À titre d’exemple, en 2023, l’Inde a signé avec la société Safran un accord de transfert de technologies portant sur la conception et la fabrication de moteurs d’avions militaires.
Ce contrat place l’Inde sur une trajectoire lui permettant de devenir, à terme, un fabricant pleinement autonome de ce type de produits. La Corée du Sud a misé sur l’apprentissage industriel, sur l’innovation, et sur les alliances stratégiques.
Elle s’est imposée comme une puissance incontournable dans l’électronique, l’automobile, le ferroviaire et dans d’autres secteurs. En 1993, une entreprise sud-coréenne, Rotem, a engagé des négociations avec Alstom pour l’achat de 46 rames de TGV. Cet accord comprenait un vaste dispositif de transfert de technologies.
Dix ans plus tard, un consortium réunissant Rotem et Hyundai dévoilait son premier prototype de train à grande vitesse, le KTX. Le Brésil a intégré le transfert de technologie à son programme d’industrialisation dès le milieu du
siècle passé.
Il a investi massivement dans la formation, la création de bureaux d’études, et le développement de partenariats dans plusieurs secteurs, notamment dans l’aéronautique.
Cette pratique a, en réalité, concerné plusieurs pays dans l’ensemble des continents. Après 1945, l’Europe occidentale a largement bénéficié du transfert de technologies étrangères, notamment grâce au Plan Marshall.
Dans ce cadre, au-delà de la livraison des machines et installations industrielles, ce sont aussi des procédés de production, des savoirs et savoir-faire techniques, des méthodes organisationnelles et logistiques issus des États-Unis qui ont été transférés vers l’Europe pour accélérer sa modernisation.
Parallèlement, les États-Unis tout comme l’ex-Union soviétique ont tiré profit des connaissances scientifiques et industrielles, notamment allemandes et britanniques, de l’époque.
Toutefois, ces transferts s’inscrivent dans un contexte très particulier lié à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils répondent à des règles propres à cette période.
Ainsi, l’Europe de l’après-guerre a d’abord été acquéreuse de technologies avant de devenir, à son tour, une exportatrice. Aujourd’hui, face à l’ascension technologique fulgurante de la Chine, l’Europe pourrait redevenir, dans un avenir proche, demandeuse de transfert de technologies en provenance de ce nouveau pôle d’innovation mondiale et leader industriel qu’est la Chine.
Certains dispositifs, tels que les compensations économiques (contre-investissements ou offsets), offrent aux États des leviers d’action supplémentaires.
Ils permettent, dans le cadre d’une transaction commerciale, d’exiger du fournisseur étranger des investissements locaux, la création d’ateliers d’assemblage ou encore l’achat de produits nationaux, qu’ils soient directement liés ou non au contrat principal.
Lorsqu’ils s’inscrivent dans une démarche équilibrée et mutuellement avantageuse, ces dispositifs compensatoires deviennent des outils d’une redoutable efficacité.
À cet égard, plusieurs exemples de compensations économiques illustrent clairement l’efficacité de ces mécanismes.
En 1985, lors de la vente d’une cinquantaine d’avions de type Mirage 2000 à la Grèce, cette dernière – qui n’était pas prête, à l’époque, à engager un transfert de technologie dans ce domaine sensible – a exigé en contrepartie l’achat par le fournisseur Dassault Aviation de quantités significatives de produits agricoles grecs.
Plus récemment, en 2012, l’Inde, dans le cadre de l’acquisition de 36 avions Rafale, a imposé à Dassault d’importantes obligations compensatoires, incluant le recours à la sous-traitance locale ainsi que l’achat de biens et services indiens par la partie française.
Ces exemples montrent que les offsets peuvent générer des retombées économiques significatives, même lorsque les conditions nécessaires à un transfert de technologies ne sont pas encore réunies.
Combinés au transfert international de technologies, ces mécanismes compensatoires maximisent la valeur économique des importations à caractère industriel.
Vers un modèle algérien de transferts de maîtrise industrielle : mesures préparatoires
Les deux formes de transfert de technologies — interne et international — présentées brièvement ci-dessus constituent les principaux vecteurs de diffusion des savoirs et savoir-faire vers les industriels nationaux.
Chacune devrait jouer un rôle spécifique dans la consolidation des capacités industrielles, et il serait vain de les opposer : elles sont à la fois complémentaires et indissociables.
Ensemble, elles permettent de bâtir une stratégie de développement globale, cohérente et durable, véritablement créatrice de valeur, tout en optimisant l’usage de nos ressources financières et humaines. Toutefois, comme indiqué plus haut, cette contribution porte essentiellement sur le transfert international.
Les expériences menées en Asie, en Europe et en Amérique du Sud démontrent qu’un pays peut accélérer significativement son industrialisation dès lors qu’il aborde le transfert international de technologies comme un enjeu stratégique majeur.
Dans le cas de l’Algérie, les importations d’équipements et d’installations industrielles gagneraient à être envisagées comme de véritables investissements, porteurs d’opportunités d’apprentissage et de montée en compétences.
Sans prétendre être exhaustif, plusieurs mesures préparatoires et d’accompagnement méritent d’être considérées pour renforcer la dynamique d’industrialisation de notre pays et garantir une mise en œuvre efficace du transfert international de technologies.
La première mesure consisterait à organiser des rencontres nationales réunissant les acteurs institutionnels, industriels et universitaires afin d’établir un diagnostic partagé et d’identifier les opportunités prioritaires.
Il est également indispensable de préparer et de former les ressources humaines engagées dans les secteurs industriels, afin qu’elles puissent assimiler pleinement les savoirs et savoir-faire associés aux technologies ciblées.
Une telle préparation constitue la condition essentielle pour garantir l’appropriation durable des compétences et la réussite du processus de transfert technologique.
Par ailleurs, la stratégie de partenariat devrait privilégier le codéveloppement et la création de joint ventures, en alternative aux approches « clé en main » qui laissent peu de place à la transmission effective des compétences.
Ce type de partenariat favorise non seulement l’apprentissage en situation réelle, mais aussi la montée en puissance progressive des capacités nationales en ingénierie.
Le renforcement des bureaux d’études, des centres d’ingénierie, des centres de formation et des laboratoires de recherche constitue également un axe déterminant.
Leur développement permettrait de doter le pays de capacités internes d’analyse, de conception, de contrôle, d’innovation et de formation, indispensables pour déployer efficacement les méthodes de transfert des actifs intangibles et assurer la maîtrise durable des technologies importées.
La création d’une structure nationale dédiée à la mise en œuvre, au contrôle, à la coordination et au suivi du transfert de technologies permettrait une meilleure cohérence des actions, une transparence accrue des engagements et une efficacité renforcée du processus à l’échelle du pays. Une telle structure jouerait un rôle d’interface stratégique entre les institutions, les industriels et les partenaires étrangers.
Enfin, à l’instar du taux d’intégration industrielle, il serait pertinent de définir un indicateur spécifique permettant de mesurer le niveau de maîtrise industrielle des équipements importés. Un tel outil de mesure offrirait une vision objective des savoirs et savoir-faire réellement acquis et constituerait un instrument de pilotage essentiel pour orienter les politiques publiques.
Ces mesures, bien qu’ambitieuses, devraient être inscrites dans une démarche progressive, cohérente et structurante. Elles pourraient, à priori, être perçues comme un programme de grande ampleur ou de longue haleine. Pourtant, plusieurs pays – dont certains ont été évoqués – ont emprunté des voies similaires, mettant en œuvre des politiques comparables avec, à la clé, de véritables réussites industrielles.
Notre pays dispose, lui aussi, des capacités nécessaires pour suivre une trajectoire analogue. Cependant, les crises mondiales récentes, notamment depuis la pandémie de Covid-19, ont révélé que la volonté de réindustrialisation figure désormais à l’agenda de nombreux États, y compris parmi les plus avancés. La concurrence pour attirer les investissements, sécuriser les chaînes de valeur et maîtriser les technologies clés n’a jamais été aussi intense.
Dans ce contexte, plus tôt nous nous engageons dans cette voie, plus grandes seront nos chances d’en tirer profit. L’anticipation est désormais un facteur déterminant de succès.
Une fenêtre d’opportunité pour l’Algérie
À l’heure où les États redéfinissent leurs stratégies sur la scène internationale, notre pays doit poursuivre son développement en s’inscrivant dans une vision résolument tournée vers le long terme.
Forte de la compétence de ses ressources humaines, de la solidité de ses capacités financières et énergétiques, ainsi que d’une position géostratégique privilégiée, l’Algérie dispose de tous les atouts nécessaires pour s’affirmer comme un acteur industriel majeur du bassin méditerranéen et du continent africain.
Les pays européens voisins font face à des besoins énergétiques considérables qui, selon les spécialistes, resteront élevés pendant plusieurs années encore. Cette conjoncture offre à l’Algérie une fenêtre d’opportunité stratégique pour consolider et renforcer son rôle dans la sécurité énergétique régionale, en capitalisant sur ses ressources gazières, minières, et sur son important potentiel solaire.
Les pays qualifiés aujourd’hui d’émergents ont, sous des formes diverses, mobilisé le transfert international de technologies comme un levier essentiel de leur industrialisation et de la montée en compétences de leurs industries.
Ils ont également recouru, chaque fois que cela se justifiait, aux mécanismes de compensations économiques afin d’améliorer l’impact des importations à vocation industrielle sur la consolidation de leurs capacités nationales.
Pour que l’Algérie puisse rejoindre le cercle des pays les plus performants et pour renforcer sa capacité productive, il devient impératif, en ce début du second quart du XXIᵉ siècle, d’élever la maîtrise industrielle au rang de priorité nationale.
L’enjeu n’est pas de reproduire mécaniquement les politiques appliquées ailleurs – chaque pays possède ses propres spécificités – mais de s’en inspirer afin d’éclairer le débat et d’encourager chacun à aller de l’avant.
Dans cette perspective, le transfert international de technologies doit désormais constituer l’un des piliers de notre stratégie de développement : porté par les opérateurs économiques, soutenu et encadré par les pouvoirs publics.
Cette forme de transfert doit occuper une place centrale dans les négociations technico-commerciales, qu’il s’agisse de l’acquisition d’équipements et installations industrielles ou de la conclusion de partenariats stratégiques au
niveau institutionnel. Dans ce cadre, le choix des fournisseurs et des partenaires revêt une importance décisive.
Comme exposé plus haut, plusieurs mesures ont été proposées afin d’esquisser différentes pistes de préparation à une mise en œuvre efficace des mécanismes de transfert de technologies et pour encourager une réflexion sur les actions à entreprendre.
Toutefois, ces actions ne prennent tout leur sens que si elles s’inscrivent dans une vision d’ensemble cohérente. L’élaboration d’une feuille de route claire demeure, à cet égard, indispensable : elle devra mettre en avant les priorités, définir les étapes structurantes et s’appuyer sur une gouvernance de projet rigoureuse, capable d’assurer la continuité, la coordination et l’efficacité des actions engagées.
L’attention ne peut plus se limiter aux seuls actifs industriels physiques importés, dont la portée demeure essentiellement opérationnelle ; elle doit désormais intégrer une évaluation rigoureuse du transfert effectif de technologies.
Les actifs intangibles – savoirs, savoir-faire, méthodes et compétences – doivent devenir le véritable objectif stratégique. Ils constituent le cœur de la maîtrise industrielle et ouvrent une voie privilégiée vers un développement industriel autonome, soutenant à la fois l’objectif stratégique du « Make In Algeria » et la création durable de valeur.
Même si cela s’éloigne du cœur de mon propos, je souhaite conclure en évoquant un élément qui m’est cher : la contribution de la communauté des Algériens Résidant à l’Étranger (les ARE), communauté à laquelle j’appartiens.
Sans prétendre m’exprimer en son nom, je crois néanmoins traduire un sentiment largement partagé : la diaspora algérienne nourrit une volonté profonde de collaborer étroitement avec ses compatriotes du pays.
À chaque occasion, elle réaffirme son désir de contribuer à l’effort national. Profondément attachée à l’Algérie, elle demeure convaincue que chaque compétence algérienne – qu’elle soit établie en Algérie ou à l’étranger – constitue un pilier essentiel pour bâtir notre avenir collectif.
*PhD et Cadre actif dans le secteur industriel, Belgique