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Liamine Zeroual, le patriote sans concession et l’homme d’État intègre

Le diplomate Abdelaziz Rahabi apporte un témoignage poignant sur l'ancien président de la République, Liamine Zeroual, qui s’est éteint samedi à 84 ans

Liamine Zeroual, le patriote sans concession et l’homme d’État intègre
L’hommage du diplomate Abdelaziz Rahabi à Liamine Zeroual / DR
Abdelaziz Rahabi
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Liamine Zeroual incarnait une certaine idée de l‘Algérie faite d’engagement sincère, de rectitude morale et de convictions. C’est l’appel du devoir national, disait-il pour expliquer ce qui avait motivé sa décision de se présenter à l’élection présidentielle en novembre 1995 en pleine crise politique et sécuritaire au moment même où beaucoup d’autres désertaient.

L’organisation d’élections présidentielles dans des conditions exceptionnelles a été un événement majeur dans le processus de normalisation et de stabilisation de la situation en Algérie, soumise aux pressions et calculs étrangers et à la violence terroriste que la loi Errahma n’avait pas réussi à réduire dans les proportions attendues.

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Il avait réussi, pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie indépendante, à mettre le pays sur la voie de la modernisation politique en limitant à deux exercices les mandats présidentiels dans la Constitution de novembre 1996.

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Une première en Afrique et dans le monde arabe

À travers cette mesure, la première dans la monde arabe et en Afrique, le président Zéroual cherchait à favoriser l’alternance et à limiter les déviations produites par la présidence à vie, source de corruption et d’impunité comme nous avons pu l’expérimenter sous Abdelaziz Bouteflika (1999-2019).

Cette séquence dans l’histoire de notre pays renseigne sur la stature de l’homme d’État et sur la posture de l’homme de pouvoir dont les excès ont alerté la conscience civile et nourri la formation de l‘idée du Hirak.

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Zeroual considérait le Hirak comme une bénédiction pour l’Algérie, une opportunité pour sa jeunesse et un espoir pour son peuple.

C’est à ce titre qu’il avait décliné fin mars 2019 l’offre qui lui a été faite de diriger une Autorité de transition conçue avant tout pour s’appuyer sur un prestige intact de l’ancien président mais destinée en réalité à donner un sursis politique inespéré à un Bouteflika apparu sans base politique et populaire et sans soutien institutionnel.

La déclaration du président Zeroual publiée le 2 avril 2019 avait constitué alors un tournant dans le rapport des forces en présence, favorisant la recherche d’une issue politique et pacifique à la crise et préservant ainsi le Hirak d’une confiscation programmée.

J’ai servi sous l’autorité du président Zeroual en qualité d’Ambassadeur en Espagne, de ministre de la Culture et de la Communication et de porte-parole du gouvernement.

J’ai maintenu le contact avec lui après son départ volontaire de la Présidence de la République et sa retraite à Batna où il avait continué à défendre, avec détermination, les mêmes convictions auprès de ses interlocuteurs officiels tout comme auprès des autres visiteurs.

En exercice, le président Zeroual restait accessible et attentif aux préoccupations des plus démunis d’entre les Algériens et très soucieux de l’image de l’Algérie.

Il ne craignait pas les attaques de l’opposition partisane et des syndicats qu’ils recevaient périodiquement, ni les critiques de la presse qu’il percevait comme un contrepouvoir nécessaire à l’équilibre des pouvoirs lui-même indispensable à la cohésion nationale.

À ce titre, il aimait à répéter que la vocation des médias est d’informer et de former et non pas flatter les dirigeants tout comme il était allergique à toute forme de glorification.

Ce que pensait Zeroual des médias

Il avait un rapport très distant avec le pouvoir et ses représentations formelles ou matérielles et considérait que seule la vérité pouvait satisfaire notre peuple.

À ce titre, il appuyait les initiatives destinées à favoriser la transparence et la crédibilité comme la loi sur la publicité et le projet sur le sondage, la levée du monopole de l’ANEP sur la publicité institutionnelle devenue une source de grosse corruption, le déblocage de 32 titres de presse en attente d’agrément, l’ouverture de l’audiovisuel à la diversité des opinions, la réintroduction de la presse internationale…

Tout comme il m’avait soutenu contre la privatisation- bradage de l’ENAG (Entreprise nationale des Arts graphiques de Reghaia ) et l’accaparement par des particuliers influents de biens immobiliers du patrimoine culturel national…

Nous lui devons beaucoup car il incarne des valeurs de loyauté à la nation, il  avait le sens de l’intérêt  général et a réussi aujourd’hui l’exercice le plus délicat pour un homme politique, celui de ne pas rater le rendez-vous avec l’histoire de son pays. Qu’Allah le couvre de sa Miséricorde.

*Abdelaziz Rahabi, diplomate et ancien ministre

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