
Alors que l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, partisan d’un bras de fer avec l’Algérie, s’abîme dans les sondages, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal tente de reprendre le flambeau en reprenant à son compte une rhétorique, couplée à une démarche, dont l’objectif est certainement de plaire à ses nouveaux sponsors, l’extrême droite.
Dans une démarche pour le moins curieuse, l’auteur du « Serment des barbares » dont Retailleau fait partie de la liste de ses « amis » a décidé de porter plainte contre le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
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Il a annoncé cette initiative lors de la « Journée du livre politique » organisée à l’Assemblée nationale, comme rapporté par le Journal du dimanche qui fait partie de la galaxie médiatique de l’homme d’affaires d’extrême droite Vincent Bolloré.
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Boualem Sansal : un seul sujet, l’Algérie
Selon Sansal, son avocat a déjà préparé un dossier en vue de saisir la justice internationale, au motif qu’il n’aurait pas bénéficié d’un procès équitable et qu’il aurait été condamné sur la base d’accusations graves : « terrorisme », « espionnage », « atteinte à la sûreté de l’État ».
Cette plainte, que rien ne justifie au demeurant et qui n’a aucune chance d’aboutir, ne fera qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui font de l’Algérie un fonds de commerce politique interne en perspective des échéances électorales futures, notamment la présidentielle prévue en 2027.
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Il s’agit aussi pour Sansal de remplir une partie du « contrat politique » qui le lie désormais à sa nouvelle maison d’édition appartenant à la galaxie Bolloré : entretenir la tension avec l’Algérie et grenouiller toute perspective d’apaisement.
D’ailleurs, dès son changement d’écurie de Gallimard, sa maison d’édition historique, à Grasset chez Bolloré, il s’est mis au travail. Sa tâche est claire : s’attaquer à l’Algérie, en droite ligne de la stratégie de tension permanente de l’extrême droite.
Sansal fait de son pays d’origine son principal et unique sujet. Il ne parle que de l’Algérie qu’utilise l’extrême droite revancharde pour monter dans les sondages et régler des comptes.
Si, jusqu’à un passé assez récent, l’écrivain s’était gardé d’afficher sa proximité avec le courant extrémiste, il n’en fait désormais plus mystère.
Il s’est notamment affiché aux côtés de personnalités comme Philippe de Villiers, figures de la droite dure française. Mais c’est surtout par son départ de sa maison d’édition historique Gallimard pour rejoindre Grasset, maison d’édition appartenant au géant Hachette Livre, contrôlé par Bolloré.
Dans un long article publié par « Le Monde », plusieurs proches de Boualem Sansal décrivent un homme « ambigu », notamment après sa décision d’abandonner sa maison d’édition historique, Gallimard.
« De martyr de la liberté d’expression, défendu par des dizaines de personnalités aux profils politiques divers, Boualem Sansal s’est progressivement révélé sous un autre jour : une figure ambivalente, pour ne pas dire ambiguë, dont les postures fluctuantes et les déclarations dans plusieurs médias proches de l’extrême droite désorientent jusqu’à ses proches », a écrit le quotidien français.
Contre toute attente, l’écrivain a quitté Gallimard, qui l’éditait depuis vingt-six ans et l’avait défendu sans discontinuer durant sa détention, pour rejoindre Grasset, maison du groupe Louis Hachette contrôlé par Vincent Bolloré.
Selon « Le Monde », ce revirement a profondément heurté son ancien éditeur. Non seulement Gallimard avait soutenu l’écrivain durant son incarcération, mais lui avait aussi mis à disposition un appartement dans un quartier chic de Paris.
Boualem Sansal brandi comme un « trophée » par l’extrême droite
D’après le journal, un différend serait né autour de ce logement : une discussion sur son départ aurait été vécue par l’auteur comme une humiliation, selon ses dires, renforçant son sentiment d’abandon. Antoine Gallimard, pour sa part, estime que ce motif n’était qu’un prétexte et que Sansal avait déjà décidé de partir.
Reste que ce départ a mis mal à l’aise une partie de son entourage. Plusieurs parmi ses soutiens se sont dit déstabilisés par ce qu’ils perçoivent comme un glissement politique.
Toujours selon Le Monde, certains proches estiment que « la mise en scène » de son arrivée chez Grasset, en présence de figures de l’extrême droite, célébrée publiquement par le groupe Hachette, risque de nuire à son image.
« Brandi comme un trophée lors des 200 ans de Hachette, mi-mars, le transfert n’en a pas moins des allures de victoire, célébrée au Palais Brongniart devant un public où trônent Sarah Knafo et Jordan Bardella », souligne le journal.
Des figures connues pour la haine de tout ce qui est musulman et pourfendeurs de l’immigration maghrébine. Longtemps dissimulé par manque de courage politique, Sansal a fini par révéler son vrai visage, qui est celui d’un écrivain qui épouse et promeut les thèses les plus radicales de l’extrême droite