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Benjamin Stora : « Avec l’extrême droite à l’Élysée, la bataille culturelle France-Algérie sera terrible »

Dans cet entretien à TSA, l’historien Benjamin Stora évoque ce que doit faire le président Macron, ce qui se passerait pour la relation franco-algérienne en cas d’arrivée de l’extrême droite en France en 2027.

Benjamin Stora : « Avec l’extrême droite à l’Élysée, la bataille culturelle France-Algérie sera terrible »
Algérie-France, mémoire, extrême droite : entretien avec Benjamin Stora. / DR
Hamid Guemache
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Dans cet entretien accordé à TSA, l’historien Benjamin Stora, grand spécialiste de l’Algérie, aborde plusieurs questions liées à la recherche sur l’histoire de la colonisation et au litige mémoriel Algérie-France.

 Il évoque notamment la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens dont il est chef de file côté français, la question des archives, celle des restitutions et les résistances qu’elle suscite en France.

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Dans la perspective d’une France gouvernée par l’extrême-droite, Benjamin Stora estime qu’il faut « sanctuariser » dès maintenant ce qui a été déjà fait jusque-là, comme les reconnaissances faites par le président Emmanuel Macron concernant les assassinats de résistants algériens ou les massacres du 17 octobre 1961.

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L’historien souligne qu’avec le courant extrémiste français, qui ne veut rien reconnaître ni restituer, la “bataille culturelle” a déjà commencé et elle va être difficile.

Lors de la visite en Algérie de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo (8-9 mai), le président Tebboune a donné son accord pour la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens algéro-française sur la mémoire. Quelle est votre réaction ?

Benjamin Stora : Je pense que c’est une bonne chose qu’il y ait l’annonce de la reprise de la commission, dont le travail s’était interrompu depuis maintenant presque deux ans. La dernière réunion a eu lieu à Alger.

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C’est une nouvelle importante. Ceci dit, les contacts personnels n’ont jamais été rompus entre moi-même et les historiens membres de cette commission. Cela fait longtemps que je travaille sur l’Algérie, donc je connais personnellement beaucoup d’historiens algériens. Le fait que la commission ne se réunisse pas n’a jamais empêché que des colloques se tiennent, que des rencontres s’organisent, que les idées circulent d’une rive à l’autre de la Méditerranée.

Si la commission existe, c’est précisément pour qu’elle puisse bénéficier de moyens matériels permettant aux chercheurs et aux historiens de pouvoir travailler. C’est surtout ça son intérêt. Ce n’est pas le fait de pouvoir écrire une histoire commune, de se rencontrer.  

Certains en Algérie comme le diplomate Abdelaziz Rahabi pensent qu’une histoire n’est pas possible…

Je ne pense pas qu’une histoire commune soit possible, compte tenu des visions très différentes, encore qu’il soit évident que moi, personnellement, ma vision est très proche de celle d’un grand nombre d’historiens algériens. J’ai déjà fait des ouvrages en commun, par exemple avec Mohamed Harbi, un historien algérien bien connu, avec qui j’ai travaillé de nombreuses années, et d’autres historiens.

Je pense à Hassan Remaoun, qui a préfacé un de mes ouvrages, Imaginaires de guerre, ou d’autres historiens bien sûr, dont le plus important à mes yeux est Abdelmadjid Merdaci, avec qui j’ai beaucoup travaillé pendant de très nombreuses années, que ce soit dans le domaine de l’écriture ou dans celui de l’audiovisuel.

 

Vous réclamez davantage de moyens : qu’attendez-vous concrètement ?

Ce qui est important dans la commission, ce sont effectivement les moyens qui sont donnés aux chercheurs pour qu’ils puissent travailler en toute indépendance ; des moyens des États, c’est-à-dire qu’ils puissent voyager, circuler, accéder aux archives. Et puis cette commission a aussi pour objectif de faire en sorte que des jeunes chercheurs puissent bénéficier de moyens.

Ce qui a manqué, à mon sens, dans cette commission lorsqu’elle s’est réunie pendant presque deux ans, c’est peut-être la faiblesse des moyens en France qui ont été mis à sa disposition, c’est-à-dire le fait de pouvoir financer le travail, tout simplement, d’investigation, d’exploration, de recherche des archives.

À ma connaissance, il n’y avait pas de budget important qui était mis en œuvre pour faire en sorte que cette commission puisse travailler, par exemple, se rendre aux archives d’Aix-en-Provence, se rendre aux archives diplomatiques de Nantes, se rendre aux archives de l’armée à Vincennes, les archives audiovisuelles, aux forgeries…

Je crois qu’effectivement, s’il y a un redémarrage officiel de cette commission, il faut, de mon point de vue, qu’elle bénéficie de moyens financiers importants pour permettre, disons, qu’elle puisse fonctionner correctement.

 

Pour travailler, les membres de cette commission ont besoin d’accéder aux archives. En France, l’accès à ces archives est-il garanti ? Existe-t-il des restrictions ?

 

Il y a eu progressivement ouverture des archives en France depuis 1992. Des thèses ont été soutenues sur la torture, par exemple par Raphaëlle Branche, sur la justice par Sylvie Thénault.

Il y a eu des archives qui ont été ouvertes, qui ont permis à un certain nombre d’historiens, par exemple comme Tramor Quemeneur, de travailler sur les refus de la guerre d’Algérie, etc.

Donc, les archives se sont ouvertes progressivement, mais il y a encore des secteurs où les archives ne sont pas ouvertes, par exemple ce qui touche aux déchets, aux essais nucléaires, ou ce qu’on a appelé “la guerre des grottes” à travers le plan Challe de 1959.

 

Mon sujet de préoccupation, c’est qu’il y ait plus de chercheurs qui aillent vers les archives et qui demandent l’ouverture des archives, et non pas de dire abstraitement : « ouvrons les archives ».

S’il avait fallu que j’attende qu’on ouvre les archives pour que je commence à travailler il y a cinquante ans sur l’histoire de l’Algérie, j’aurais attendu longtemps.

Donc il a fallu que je commence à travailler, et en fonction des demandes des chercheurs, les archives s’ouvrent au fur et à mesure. C’est parce qu’il y a par exemple des travaux existants sur “la guerre des grottes”, qu’il a été demandé que les archives soient ouvertes.

Mais s’il n’y a pas de demande, s’il n’y a pas de travail, s’il n’y a pas d’investigation, les États se protègent, ils n’ouvrent pas automatiquement leurs archives. C’est un fait classique. Il faut qu’il y ait ce qu’on pourrait appeler des mobilisations citoyennes de chercheurs. Parce que sinon, ce sont des demandes abstraites.

C’est comme les discussions abstraites sur la nature du système colonial. Il est indéfendable évidemment. Mais une fois qu’on a caractérisé cela, le problème, c’est de démontrer comment et de quelle manière s’est exercée la nature et le fonctionnement de ce système. Pour les archives, c’est la même chose. Sur la question des disparus algériens, sur la question des exactions commises, de la torture, des enlèvements, sur toutes ces questions-là, il faut qu’il y ait des chercheurs. Il faut qu’il y ait beaucoup de chercheurs.

 

Donc il faut qu’il y ait des moyens accordés aux chercheurs. Il faut qu’il y ait des postes qui soient créés. Il faut que les chercheurs algériens, eux aussi, puissent accéder aux archives. Et puis il y a des archives algériennes. Il y a beaucoup d’archives en Algérie.

Personnellement, j’avais été surpris de constater, par exemple, l’extraordinaire trésor que représentaient les archives de l’Écho d’Oran, qui existait au temps de la période coloniale, qui sont intactes, qui sont extraordinairement bien conservées et préservées. C’est un trésor fantastique, mais il n’y a pratiquement pas de chercheurs qui travaillent sur la presse coloniale : La Dépêche de Constantine, L’Écho d’Alger, L’Écho d’Oran.

Toutes ces archives sont très précieuses. Je prends cet exemple parce qu’il y a aussi les archives étatiques, les archives de l’armée, il y a différents types d’archives. Quand on dit « les archives », ça ne veut pas dire grand-chose. Est-ce que c’est que les archives de l’État ? Est-ce que ce sont les archives de la presse ? Est-ce que ce sont les archives familiales ? Parce que ça existe aussi, les archives privées.

 

Par exemple, il y a des archives familiales, heureusement d’ailleurs, qui n’ont pas été versées aux archives étatiques, aux archives nationales. Et j’ai pu en profiter puisque, par exemple, lorsque j’ai commencé à travailler sur l’histoire de l’Algérie contemporaine, heureusement qu’il y avait des archives familiales, puisque j’ai pu travailler sur les archives de Messali Hadj.

 

Donc ce n’étaient pas les archives de l’État, mais les archives des militants, qui m’ont permis de faire un dictionnaire biographique de 600 militants. Parce qu’effectivement, il y avait des dizaines de militants algériens nationalistes qui avaient conservé les archives. Par conséquent, il fallait aller les chercher, les trouver, discuter avec eux. Tout ça prend du temps.

 

Quand j’ai fait mon dictionnaire biographique, c’est sept ans de travail. D’aller voir environ une cinquantaine de responsables, de militants, cela prend du temps. Donc quand on dit « les archives », cette espèce de mot-valise abstrait, à un moment donné, il faut dire quel type d’archives. Les archives, par exemple, je pense à des grands personnages de l’histoire intérieure algérienne.

Par exemple, il y a les archives de Krim Belkacem, qui sont encore, je pense, à exploiter, à regarder. C’est un très grand personnage de l’histoire intérieure algérienne. C’est lui qui a signé les accords d’Évian. Il y a les archives de Hocine Aït Ahmed, il y a les archives d’un certain nombre de militants du PPA-MTLD, qui sont des archives précieuses, conservées. Mais pour cela, il faut effectivement que les chercheurs aillent agir aux archives. Alors il y a un autre aspect.

Puisqu’il existe maintenant la révolution numérique, donc on peut avoir accès directement aux personnes par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Ça signifie que depuis quelques années maintenant, il y a beaucoup de gens qui s’adressent directement à moi.

Ce sont les archives qui viennent à moi. C’est par mon travail et par les publications — j’ai fait une quarantaine d’ouvrages — qu’un certain nombre de personnes se manifestent et m’envoient directement leurs archives. J’ai reçu par exemple quelque chose de très émouvant : les archives portant sur le frère de mon grand-père, qui était maire adjoint de la ville de Khenchela.

J’ai reçu par mail cela, c’était très émouvant de voir les archives de mon grand-père, de mes ancêtres, parce que c’est la vie ancestrale de ma famille. Mais ce n’est pas venu de l’État. Ce sont des habitants, ce sont des gens qui avaient besoin qu’on connaisse cette histoire et qui ont préservé ces histoires-là.

Donc vous voyez, quand on dit « les archives », des fois il faut aller aux archives, et quelquefois les archives viennent à vous. Si vous êtes sérieux, si vous êtes cohérent, si vous essayez de vous approcher le plus possible de la vérité, au fur et à mesure des années qui passent, les gens prennent confiance et vous envoient des archives. Donc il y a aussi le fait que les archives viennent à un chercheur. Alger et Paris ont entamé un processus de dégel. 

Le président français Emmanuel Macron a-t-il la marge de manœuvre nécessaire pour aller au bout de cette démarche alors qu’il ne reste qu’une année à l’Elysée ?

Benjamin Stora : Sur le fait qu’il ne reste que quelques mois effectivement devant nous avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron, le problème c’est de savoir qu’est-ce qu’on peut faire dans les derniers mois de ce mandat. Alors évidemment, il y a eu cette crise très profonde qui existait entre la France et l’Algérie.

 

Donc, en quelques mois, le défi c’est à la fois d’avancer et de retrouver la confiance. C’est beaucoup. C’est-à-dire qu’il faut à la fois essayer de sanctuariser un certain nombre de choses, et en même temps retrouver la confiance. Quand je dis sanctuariser, ça veut dire que, sur le terrain qui m’intéresse, ma préoccupation dans les mois qui viennent c’est la sanctuarisation des gestes qui ont déjà été accomplis.

 

La reconnaissance par la France de l’assassinat, l’enlèvement, la torture de Maurice Audin, de Larbi Ben M’hidi, d’Ali Boumendjel, la reconnaissance par la France des massacres du 17 octobre 1961, etc. Qu’est-ce que tous ces gestes vont devenir ? C’est ça ma préoccupation. Comment vont être sanctuarisés tous ces gestes ? Donc il y a déjà pour moi cette préoccupation de sanctuariser ce qui est déjà fait, que ça ne soit pas remis en question.

 

Deuxième aspect : il y a une loi qui a été votée sur les restitutions des biens culturels. Le problème, c’est comment cette loi peut être mise en œuvre le plus rapidement possible dans les mois qui viennent, sans attendre encore je ne sais quel décret. Là, il y a une loi qui a été votée et la question c’est : qu’est-ce qu’on peut rendre maintenant ? Il y a des objets qui existent et qui ne sont pas corrélés directement à l’existence de la présence coloniale française.

 Par exemple, les effets appartenant à Émir Abdelkader existaient avant 1830. Son burnous, ses livres, son épée de commandement, ses étendards… Tout cela existe indépendamment de ce qu’on pourrait appeler des archives de souveraineté. Ce ne sont pas des archives françaises, ce sont des archives algériennes.

Même chose pour ce qui concerne le canon de Baba Merzoug, et pour les canons qui sont déposés devant l’Hôtel des Invalides. Ce ne sont pas des canons qui ont été faits après l’arrivée des Français, mais qui existaient avant. Donc, il y a déjà des choses pratiques à faire immédiatement dans les quelques mois qui viennent sur la question des restitutions.

 

Par conséquent, il faudra jauger l’amélioration de la confiance à travers tous ces gestes concrets, pratiques, et non pas simplement des déclarations. Parce que les déclarations, j’en ai parlé dans mon rapport que j’ai remis en 2021, il y en a eu beaucoup sur l’Algérie. La question centrale pour moi, c’est les gestes pratiques.

 

 L’extrême droite est bien placée pour arriver au pouvoir en France en 2027. Dans ce cas, faut-il s’attendre à une rupture brutale de la relation entre la France et l’Algérie ?

 

Benjamin Stora : D’abord, il y a un premier point qu’il faut dire : l’extrême-droite française, comme l’extrême droite italienne, est extrêmement pragmatique dans les rapports d’État à État. Il ne faut pas non plus s’attendre à un cataclysme.

L’Algérie est un immense pays qui occupe une position stratégique en Méditerranée, au Sahel et au Sahara. Donc je pense que n’importe quel responsable politique normal sera bien obligé de tenir compte de cela.

Indépendamment des cris, des insultes qu’on entend tous les jours sur CNews, le fait est qu’on ne peut pas effacer la géographie de l’Algérie. Il y a l’histoire, on a parlé de l’histoire, mais il y a aussi la géographie. Là, on ne peut pas l’effacer.

L’Algérie, c’est le plus grand pays méditerranéen, qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas. Donc, sur ce plan-là, moi, je n’ai pas trop de craintes. Ils seront obligés de traiter.

A quoi faut-il s’attendre alors ? Qu’est ce qui pourrait changer en cas d’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en 2027 ?

La vraie question, à mon sens, c’est ce que je disais précédemment, c’est le problème culturel. C’est-à-dire qu’ils (extrême droite, NDR) vont vouloir réviser l’histoire. C’est ça le véritable problème : la guerre culturelle, c’est la véritable bataille, pas la bataille économique ou migratoire, etc.

La bataille culturelle va être terrible, elle est déjà en cours, elle se déroule sous nos yeux. Lorsque vous avez effectivement des villes où l’extrême-droite a remporté le pouvoir, des régions, etc., ils suppriment des subventions, ils réécrivent l’histoire, ils enlèvent des livres des bibliothèques.

C’est-à-dire que pour eux, leur objectif — ils ne s’en cachent pas — c’est de réviser l’histoire coloniale, c’est de dire que la France a apporté la civilisation, le bien-être, a inventé même l’Algérie. C’est ce qu’on entend, ça existe déjà, on est dans la bataille culturelle.

Lorsqu’ils prennent possession de maisons d’édition, de journaux, de chaînes de télévision, c’est ça qui va être la véritable bataille. Et les historiens français comme les historiens algériens auraient intérêt effectivement à s’organiser davantage sur cette question-là, et encore une fois, à sanctuariser les acquis de ce qui a déjà été fait sur la question de l’histoire, qu’on ne revienne pas là-dessus.

Le président Macron peut-il réellement y parvenir ?

Je ne suis pas à la place du président Macron. J’ai essayé de faire des choses, mais je ne suis pas responsable politique. Je ne suis même pas conseiller mémoire ou je ne sais quoi. Je ne suis pas payé pour ça, il faut quand même que les gens le sachent. J’ai travaillé depuis 2020 à titre bénévole, je n’ai pas touché d’argent.

 Je suis ce qu’on pourrait appeler un lanceur d’alerte. J’explique les problèmes, j’essaye de donner des pistes concrètes, des choses à faire pour gagner la confiance. Après, c’est aux responsables politiques de prendre des décisions politiques, de mettre en chantier les choses.

Pourquoi la France tient-elle à conserver ses trophées coloniaux ? N’y a-t-il pas une contradiction avec sa volonté affichée de réconciliation avec l’Algérie ?

Benjamin Stora : Il y a en France un courant qui ne veut pas accepter l’histoire accomplie. Ils se battent pour faire en sorte de préserver la grandeur nationale née de l’histoire impériale coloniale, c’est aussi simple que ça. C’est-à-dire qu’ils ne veulent pas céder là-dessus. C’est une bataille.

Les choses ne se sont pas passées comme ça, par philanthropie. Il y a des courants très puissants dans la société française qui estiment qu’on n’a rien à restituer du tout. Rien. Pour eux, ça appartient à la France, point final. Ça veut dire qu’il faut des mobilisations citoyennes.

Lorsque j’ai proposé par exemple l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon, je pensais que ça allait se faire facilement, parce qu’elle est très connue, il y a l’histoire du mouvement féministe en France, etc. Ça n’a pas été le cas, il y a eu des résistances, des réticences, des pétitions contre l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon.

La France refuse, par exemple de restituer le canon de Baba Merzoug, pourquoi ? 

Pour le canon de Baba Merzoug, il y a des réticences, des oppositions, des gens qui sont contre la restitution et qui disent : « non, on n’a rien à rendre ». Mais le fait qu’on puisse engager toute une série de batailles culturelles en provenance d’Algérie comme de France, donc une unité qui doit se créer entre les chercheurs des deux rives, fait connaître l’existence de ce canon de Baba Merzoug que tout le monde ignorait jusqu’au moment où on a commencé à en parler.

Et à ce moment-là, on a découvert qu’il y avait un canon qui était caché à Brest. Il y a des effets personnels appartenant à l’émir Abdelkader qui ne sont même pas montrés au grand public. Par exemple la tente de la Smala de l’émir Abdelkader, elle est dans un sous-sol, personne ne la voit. Et je pourrais multiplier les exemples.

Il y a toute une série d’objets qui ne sont même pas visibles, que les Français eux-mêmes ignorent. Mais la question touche presque au plan de l’identité nationale. On ne veut pas ouvrir la porte, mais la porte est ouverte maintenant, parce que les jeunes générations veulent l’ouvrir. Et pas seulement en Algérie d’ailleurs, mais dans toute l’Afrique, dans tous les pays anciennement colonisés.

La bataille qui se mène en Algérie est très observée dans les autres pays africains, parce qu’ils regardent l’existence de la commission, les rapports qui sont faits, les restitutions, etc. Tout cela est observé aussi au Maghreb, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso… C’est une bataille qui concerne l’ensemble du continent africain et c’est pour cela qu’elle est très importante.

La bataille culturelle débute, elle démarre, et elle va être difficile. Elle sera encore plus difficile parce qu’il y a effectivement un courant qu’on pourrait qualifier de néonationaliste en France qui va peut-être s’installer au pouvoir

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