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Darmanin à Alger : l’Algérie et la France entrent dans la phase sensible

Gérald Darmanin, ministre de la Justice français, est attendu lundi à Alger. Au menu, plusieurs sujets sensibles qui empoisonnent les relations franco-algériennes

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Darmanin en visite à Alger / Photo : Facebook - Gerald Darmanin
Makhlouf Mehenni
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Après Laurent Nunez et Alice Rufo, Gérald Darmanin est attendu à Alger lundi 18 mai dans un contexte de reprise de la coopération entre l’Algérie et la France dans plusieurs domaines, après une brouille qui a tout mis à l’arrêt depuis juillet 2024.

Les dossiers au programme de la visite du ministre français de la Justice figurent parmi les plus épineux sur lesquels butent les deux capitales.

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Avec leur mise sur la table, Alger et Paris entrent dans la phase sensible et cruciale du processus de rapprochement engagé.

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Sujets sensibles et dossiers épineux 

La visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, mi-février, a permis de débloquer la coopération migratoire, un dossier frappé du sceau de l’urgence pour la partie française.

Celle de la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, Alice Rufo, vendredi et samedi derniers, a porté sur les questions de sécurité régionale et a été accompagnée d’un geste mémoriel avec la présence à Sétif de la membre du gouvernement français, avec l’ambassadeur de France en Algérie Stéphane Romatet pour la commémoration des massacres du 8 mai 1945.

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Le président Abdelmadjid Tebboune a fait savoir à Alice Rufo qu’il donnait son accord pour la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens sur les questions mémorielles.

La mémoire, les OQTF et la justice sont les trois principaux sujets de discorde entre les deux pays.

Le déplacement de Gérald Darmanin portera, selon un communiqué du ministère français de la Justice, sur la coopération judiciaire, notamment les questions de lutte contre la criminalité organisée et le narcotrafic, la lutte contre le terrorisme et contre la délinquance économique et financière transnationale, “y compris pour les dossiers de biens mal acquis”.

Il sera également question d’affaires “individuelles sensibles”, en tête desquelles celle du journaliste Christophe Gleizes, selon la même source.

Il est aussi très fortement probable que soit évoqué le cas de l’agent consulaire algérien détenu depuis plus d’une année en France.

Un contexte favorable

Gérald Darmanin aura-t-il autant de succès que ses deux collègues du gouvernement qui l’ont précédé dans la capitale algérienne ? Des avancées ne sont en tout cas pas exclues si l’on juge par le contexte global dans lequel survient sa visite, un contexte de volonté d’apaisement exprimée de part et d’autre par des déclarations et des gestes forts réciproques.

Lors de son récent déplacement au Kenya pour le sommet France – Afrique, le président Emmanuel Macron s’est exprimé à trois reprises sur la relation avec l’Algérie, plaidant à chaque fois l’apaisement, quelques semaines après avoir publiquement fustigé “les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie”.

Le 8 mai, l’ambassadeur Stéphane Romatet a rejoint son poste à Alger plus d’un an après son rappel par Paris.

Ces derniers mois, outre les visites de ministres français, l’Algérie a multiplié les invitations à des personnalités françaises susceptibles de contribuer au dégel de la relation bilatérale, dont Ségolène Royal, présidente de l’association France-Algérie (AFA), Patrick Martin, président du Medef et Anne-Claire Legendre, présidente de l’Institut du monde arabe (IMA).

Les prévisions quant aux retombées du déplacement annoncé du ministre français de la Justice peuvent être toutefois plus nuancées quand on met dans la balance son passif vis-à-vis de l’Algérie, comparativement à celui de Laurent Nunez.

Pour beaucoup, la mission du ministre de l’Intérieur en février dernier a été facilitée par sa réputation qui l’a précédé dans la capitale algérienne.

Issu de la haute administration et non de la classe politique, sans ambition électorale connue, Nunez s’est démarqué publiquement et d’une manière assez tranchée, dès sa nomination en octobre 2025, du style belliqueux et comminatoire de son prédécesseur Bruno Retailleau, dont il a décrété sans ambages “l’échec”.

Le “gros mensonge” de “Moussa Darmanin” 

Gérald Darmanin, lui, arrive à Alger avec quelques casseroles. Non seulement il ne s’est jamais franchement démarqué de Bruno Retailleau lorsque celui-ci plaidait le “rapport de force” avec l’Algérie, mais il l’a appuyé à plusieurs reprises.

En janvier puis en novembre 2025, il s’est exprimé pour la suppression de l’accord franco-algérien de 2013 portant exemption réciproque de visa pour les porteurs d’un passeport diplomatique, en reprochant lui aussi à l’Algérie de chercher à “humilier” la France. Cet accord a fini par être dénoncé par Alger en août dernier.

Avant même cette crise, et alors qu’il était ministre de l’Intérieur (2020-2024), Gérald Darmanin a apporté de l’eau au moulin du courant anti-algérien en livrant des chiffres exagérés sur le nombre de demandes non satisfaites de laissez-passer consulaires.

Ce qui a amené le président Abdelmadjid Tebboune à lui répondre personnellement, l’accusant de “gros mensonge” et le citant par son deuxième prénom qu’il porte en hommage à son grand-père, un tirailleur algérien.

 “Moussa Darmanin a bâti un gros mensonge”, a déclaré le président algérien en octobre 2021 lors d’une rencontre périodique avec les médias.

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