
Alors qu’elle est déjà confrontée à de profondes difficultés économiques et sociales, la Tunisie devra relever, dans les prochaines années, un autre défi majeur, non sans conséquences sur son avenir : celui du déclin démographique.
En effet, le pays, après avoir achevé l’une des transitions démographiques les plus rapides de la région méditerranéenne (la transition démographique désigne le processus par lequel une société passe d’un régime démographique traditionnel, caractérisé par une forte natalité et une forte mortalité, à un régime moderne où la natalité et la mortalité sont toutes deux faibles, ndlr), entre désormais dans une phase de croissance extrêmement faible, marquée par une baisse durable de la natalité et un vieillissement accéléré de sa population.
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Les Tunisiens font moins d’enfants
Dans son document « Flash Projection » du mois de mai 2026, l’Institut national de la statistique (INS) dresse, à ce titre, un constat sans appel.
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Selon les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024, la Tunisie compte 11,97 millions d’habitants, un chiffre inférieur aux estimations antérieures, confirmant que la transition démographique a été plus rapide et plus profonde qu’anticipée.
Si la population tunisienne devait encore progresser pour atteindre 12,16 millions d’habitants en 2030, puis environ 13,3 millions en 2054, le rythme de cette croissance ralentirait fortement.
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Le taux d’accroissement démographique, encore proche de 0,5 % vers 2035, devrait tomber à seulement 0,03 % à l’horizon 2054, annonçant une quasi-stagnation de la population, d’après ce rapport.
Raisons ? L’effondrement de la fécondité. En l’espace de trois décennies, l’indice synthétique de fécondité est passé de plus de trois enfants par femme en 1994 à seulement 1,54 en 2024, un niveau désormais inférieur au seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme. L’INS souligne toutefois qu’une « fenêtre démographique » pourrait s’ouvrir entre 2030 et 2045 avec l’arrivée à l’âge de procréer des générations nées entre 2000 et 2014, ce qui pourrait entraîner un léger rebond des naissances. Mais cette opportunité dépendra largement des perspectives économiques et sociales offertes aux jeunes adultes, à même de leur permettre d’espérer fonder un foyer.
Les raisons de la mutation
La transformation ne se limite pas seulement au ralentissement de la croissance de la population, mais s’accompagne aussi d’une modification profonde de la structure démographique du pays.
Comme nombre de pays européens, la Tunisie vieillit rapidement. C’est ainsi que la part des personnes âgées de 60 ans et plus est passée de 5,5 % à l’indépendance à 17 % en 2024, tandis que les moins de 20 ans ne représentent plus que 30,4 % de la population, d’après l’INS.
Parallèlement, les comportements sociaux évoluent. L’âge moyen au premier mariage atteint désormais 35,3 ans chez les hommes et 28,9 ans chez les femmes, tandis que le célibat prolongé progresse sensiblement parmi les jeunes adultes.
Les femmes plus nombreuses que les hommes en Tunisie
La population tunisienne connaît également une féminisation croissante : les femmes représentent aujourd’hui 50,7 % des habitants et leur part pourrait atteindre 52,2 % en 2054.
« Cette tendance s’explique à la fois par une espérance de vie plus élevée chez les femmes et par une émigration internationale touchant majoritairement les hommes », explique cette source.
Les statistiques révèlent également une augmentation de la part des personnes veuves, principalement des femmes, qui représentent près de 10 % de la population féminine de plus de 15 ans.
Autre marqueur : la population est fortement urbaine (72 %) et concentrée sur le littoral.
Selon les spécialistes, plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Les difficultés économiques, le chômage élevé, notamment chez les jeunes diplômés, la précarité de l’emploi et les difficultés d’accès au logement dissuadent les jeunes à envisager des projets de mariage et de parentalité. L’émigration croissante des jeunes actifs réduit également le nombre de personnes en âge de fonder une famille.
À cela s’ajoute l’élévation du niveau d’éducation des femmes, qui représentent désormais près de 60 % des étudiants dans l’enseignement supérieur, ainsi que les difficultés à concilier insertion professionnelle et vie familiale. Autant de facteurs qui contribuent au report des naissances et à la réduction de la taille des familles.
La Tunisie en avance sur ses voisins du Maghreb
Si l’ensemble des pays du Maghreb est engagé dans une transition démographique, la Tunisie apparaît aujourd’hui comme le cas le plus avancé.
Dans les années 1970, les femmes avaient en moyenne entre sept et huit enfants dans les trois pays. Depuis, chaque pays a évolué selon sa propre trajectoire. Le Maroc poursuit une baisse régulière de la fécondité et affiche désormais un indice de 1,97 enfant par femme, notamment sous l’effet de la popularisation des méthodes contraceptives.
L’Algérie, après un rebond temporaire des naissances au milieu des années 2010, connaît, pour sa part, une diminution de la fécondité, mais conserve un niveau supérieur avec 2,61 enfants par femme en 2024.
Quant à la Tunisie, elle a été le premier pays du Maghreb à passer sous le seuil de renouvellement des générations et enregistre aujourd’hui la baisse la plus rapide. Reste que cette transition démographique n’est pas sans conséquences.
D’après ces spécialistes, le vieillissement de la population entraînera une augmentation du taux de dépendance des personnes âgées et exercera une pression croissante sur les systèmes de santé, les retraites et les mécanismes de protection sociale. Il imposera également une adaptation des politiques publiques dans les domaines de l’emploi, du logement et du soutien à la famille. Ce sont tous les défis auxquels est exposé le pays, aux ressources limitées, les prochaines décennies.