
En juin 2017, l’Algérie décide de réduire les importations de pommes afin de protéger la jeune filière locale. Rassurés, les agriculteurs relèvent le défi et multiplient les plantations. Cependant, près de dix ans après, face aux orages ils s’inquiètent de ne pas trouver de filets anti-grêle.
En août 2025, le site spécialisé Tridge, a classé l’Algérie en position en Afrique pour la production de pommes. En 2023, la production locale a été estimée à 575 000 tonnes, un chiffre en augmentation de 4,8 % par rapport à 2022.
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Les wilayas de Batna et de Khenchela produisent chacune 180 000 tonnes de pommes et la pomiculture prospère également à Sidi Bel Abbés ainsi qu’à Médéa. Point commun à ces régions, l’altitude. Car le pommier aime les hivers froids.
Les producteurs de pommes face au manque de filets anti-grêle
Au milieu d’un verger de très jeunes pommiers faisant déjà apparaître de premières pommes, un agriculteur lance un appel au ministre de l’Agriculture et du Commerce extérieur qu’il poste sur les réseaux sociaux.
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Son succès, la filière le doit à de nouvelles variétés à haut rendement provenant notamment de Pologne qu’il est possible de cultiver en « haute densité » avec des rendements décuplés à l’hectare.
Dans cette vidéo publiée sur la page « Tout sur l’Agriculture », l’agriculteur montre quelques pommes pas encore mûres présentant des impacts de grêlons. Les vergers ont besoin d’être protégés par des filets anti-grêle achetés à l’étranger affirme-t-il.
Une préoccupation qui dès 2019 faisait sienne le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche. En novembre 2019, lors d’un déplacement à Khenchela, le ministre de l’époque avait annoncé l’ouverture de deux usines qui devaient permettre de « mettre fin à l’importation des filets anti-grêle utilisés dans la protection de la pomiculture ».
Les DAPS au secours des pommiers
Pendant un temps, face à la demande locale, l’Algérie a importé des pommes en provenance de France. Jusqu’à 80 000 tonnes lors de la campagne de 2014-2015.
Face à cette hémorragie de devises, l’instauration à partir de 2017 d’un Droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) applicable sur les marchandises importées et de droits de douane (30 %) par l’Algérie ont permis de protéger la production locale de pommes. Une décision dont se félicitent les producteurs algériens de pommes mais pas leurs homologues français.
En février 2017, ceux-ci se sont plaint de « la fermeture du marché algérien ». Le quotidien français le Dauphiné Libéré titre : « L’Algérie, un pépin pour la pomme des Alpes ». Christian Estrosi, alors président de la région PACA, lance un appel aux autorités françaises : « Le Premier ministre doit intervenir auprès de son homologue algérien en urgence sinon nos producteurs mettront la clé sous la porte ! » déclarait-il.
Pomme, une « cherté provisoire »
Lors d’un récent entretien avec le quotidien Horizons qui interrogeait Brahim Djeraibia, le président de la Chambre d’agriculture d’Alger, concernant les prix élevés de ce fruit qui est « pourtant de saison » celui-ci évoquait une « cherté provisoire ». Il indiquait s’attendre à ce que « dans 3 ans, les prix baissent de manière significative » à condition que le déstockage des pommes entreposées dans les chambres froides se fasse de façon « étudiée, afin d’en assurer la disponibilité sur les étals durant toute l’année. »
Flambée du prix des pommes
En août 2017, au marché Bouguerfa à Belouizdad (Alger) Le Soir d’Algérie faisait état des prix : « le raisin est proposé à 260 dinars le kilogramme et la pomme à 250 dinars. La figue, la poire et la nectarine s’accordent sur le prix de 200 dinars suivies par la pêche à 150 dinars. » Des pommes importées de France et vendues au prix de … 250 DA.
Actuellement, il semble que la fermeture du marché aux pommes importée contribue à la flambée des prix concernant les pommes produites localement. Actuellement, les prix de la pomme en Algérie atteignent les 1 000 DA le kilo et parfois plus.
Une situation qui a amené en avril 2025 le ministère du Commerce intérieur et de la régulation du marché national à fixer un prix plafond entre 350 et 450 DA le kilo selon la qualité.
En janvier 2026, le ministère de l’Agriculture a lancé un dispositif de financement bancaire destiné à aider les agriculteurs souhaitant investir dans des chambres froides. Une manière de couper court à la spéculation de commerçants indélicats. Les pommes peuvent être conservées en chambre froide pendant plus de 8 mois.
Les Daps concernant l’ail et la tomate de conserve ont permis une nette augmentation de la production locale sans observer la flambée des prix rencontrée au niveau de la filière pommes. La spéculation observée sur le marché des pommes pourrait-elle affecter la crédibilité des Daps alors qu’en juin 2025 la Commission européenne a décidé d’engager « une procédure de règlement des différends contre l’Algérie » pour contester les restrictions algériennes à l’encontre des importations dont celles en provenance de l’Union européenne.
Le manque de filets anti-grêle représente un nouvel écueil dans la longue marche des pouvoirs publics pour protéger la production locale de pommes.