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Pastèques en Algérie : entre rumeurs et surproduction, le marché s’effondre

Une surproduction de pastèques et des rumeurs, pourtant démenties, sur des cas d’intoxication alimentaire, plombent la vente de ce fruit en Algérie.

Pastèques en Algérie : entre rumeurs et surproduction, le marché s’effondre
Pastèques en Algérie : surproduction, rumeurs, effondrement des prix et une eau précieuse gaspillée. | Source : Adobe Stock
Djamel Belaid
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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Produit de saison, la pastèque est sur tous les étals en Algérie. Face à la demande les producteurs ont vu grand, trop grand. Sur les marchés de gros, les ventes stagnent et le moral des agriculteurs est au plus bas.

Et pour ne rien arranger, une rumeur pourtant démentie sur des cas d’intoxication alimentaire dus à la consommation de la pastèque à Batna fait effondrer les prix. A El Tarf, dans l’extrême est du pays, la pastèque est cédée à 100 dinars la pièce alors que sa production réclame une eau devenue rare et précieuse.

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L’Algérie face à la surproduction de pastèques

 

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Dans son champ dans la wilaya de Annaba, à travers une vidéo un producteur témoigne de l’extraordinaire production de l’année. Derrière lui dans son champ, des pastèques à perte de vue. Il tient à rassurer les producteurs en indiquant que ses pastèques sont saines et arrosées avec une eau propre.

Ces derniers jours, l’Association algérienne de protection du consommateur et de son environnement (Apoce) dit avoir pris connaissance de cas d’intoxication alimentaire due à la consommation de pastèque, tout en précisant que cela est peut-être due aux conditions d’hygiène de découpage du fruit.

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L’agriculteur se saisit d’une pastèque et l’ouvre d’un geste rapide contre le sol puis demande en désignant la chaire rouge : « croyez-vous que cette pastèque soit impropre à la consommation ? » Associant alors le geste à la parole, il se saisit du cœur de la pastèque et mord dedans pour tenter de rassurer les consommateurs.

La méfiance plombe les ventes de pastèques

Sur un marché de gros de l’intérieur du pays des pick-up chargés à ras bord de pastèques sont alignés de part et d’autre des allées. Ils présentent tous les mêmes caractéristiques : des ridelles réhaussent leur capacité de chargement. Le poids de la charge écrase les amortisseurs et les véhicules surchargés sont bas sur le sol du marché.

En attendant d’éventuels acheteurs, un agriculteur chantonne tandis qu’un autre lâche : « essoug makache », le marché n’est pas acheteur. La fraîcheur du matin laisse progressivement place à la chaleur. Aussi, prévoyants une attente interminable, les agriculteurs ont disposé au-dessus de leur chargement de modestes bâches afin de protéger les pastèques du soleil. Des pastèques de belle taille de couleur vert foncé marbrées de lignes claires.

A Berrihane, une commune de la wilaya d’El Tarf, les pick-up sont remplacés par des remorques attelées à des tracteurs. Celles-ci sont chargées de pastèques de couleur vert clair. Par dizaines, les remorques sont garées le long de la route à l’entrée de la ville dans l’attente d’acheteurs. Là aussi, des acheteurs qui ne se bouculent pas.

Près d’une remorque, un producteur témoigne dans une vidéo mise sur les réseaux sociaux : « à Berrihane, nos pastèques ont un goût unique qui est reconnu des consommateurs. Nos plants ne sont pas greffés ».

Depuis quelques années, pour obtenir des pastèques de plus grande taille et plus résistantes aux maladies, des producteurs repiquent des plants de pastèque greffés sur des plants de citrouille. Si les pastèques produites peuvent atteindre jusqu’à 50 kg comme c’est le cas celles exhibées ces jours-ci à proximité de serres au sud, les consommateurs trouvent parfois que leur goût est fade.

Désespéré par le manque d’acheteur, l’agriculteur énumère les sommes dépensées durant l’année : « le fumier, les engrais azotés. Des dépenses qui se montent à 4 millions de centimes par hectare », souligne-t-il.

Pression insoutenable sur l’eau

Cette surproduction de pastèque, dont une partie finit dans les poubelles, se traduit par une eau précieuse gaspillée. Cette culture est particulièrement consommatrice d’eau.

A Annaba, les analyses menées par l’université ont mis en évidence une intrusion d’eau de mer dans la nappe souterraine d’eau douce. Un résultat que le chercheur Derradji El Fadel de l’université d’Annaba détaillait en 2016 dans son livre « Ressources en eau dans la région d’Annaba El-Tarf » par « l’intensification des pompages dans les forages [qui] a conduit à la surexploitation des nappes et la dégradation de la qualité de l’eau avec notamment le risque de l’intrusion de l’eau salée marine. »

Quant à la nappe côtière de Bouteldja, dans la wilaya d’El Tarf, elle a également fait l’objet d’études poussées par le chercheur Khaled Harizi de l’université de Batna.

En 2025, il concluait : « L’analyse des résultats hydrochimiques confirme que l’aquifère côtier de Bouteldja est encore préservé de l’intrusion saline ». Une situation précaire que ce spécialiste expliquait notamment par « une recharge appréciable » liée aux généreuses pluies de la région, jusqu’à 750 mm par an.

Les prélèvements d’eau réalisés par l’agriculture dans les nappes souterraines nécessitent aujourd’hui le recours à l’eau issue des stations de dessalement d’eau de mer pour l’adduction en eau potable. C’est notamment le cas avec la station Koudiet Eddraouch, située dans la commune de Berrihane.

En juillet 2018, lors d’un entretien sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Omar Bougueroua, alors directeur de l’alimentation en eau potable auprès du ministère des Ressource en eau, faisait remarquer que « L’agriculture absorbe annuellement près de 70% de l’ensemble des volumes d’eau consommés au niveau national, alors que des systèmes d’irrigation alternatifs permettraient d’en faire d’importantes économies ». Il insistait sur « des efforts très importants à faire en matière d’économie de l’eau dans l’agriculture ».

Omar Bougueroua se mettait à espérer : « Si nous faisons des économies, ne serait-ce que de 10% du volume global mobilisé pour l’agriculture, nous récupérerons 700 millions de m3, alors que des économies de 20% permettraient de récupérer 1,4 milliard de m3, permettant d’alimenter la moitié de la population algérienne ».

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