
Il s’ajoute à la longue liste des artistes algériens disparus ces dernières années. Le chanteur El Ghazi Bouarroudj, affectueusement appelé « El Louz » par ses proches, est décédé jeudi 16 juillet à Paris à l’âge de 83 ans, des suites d’une longue maladie.
Chanteur à succès, notamment durant les années 1970 et 1980, ce crooner algérien, peu ou prou connu des nouvelles générations, a bercé des générations entières, particulièrement les soixante-huitards.
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Avec son élégance et son sourire qui ne le quittait jamais, il incarnait une certaine idée de l’artiste populaire algérien, à la fois moderne et profondément enraciné dans son époque.
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Disparition du chanteur El Ghazi : « Il a toujours voulu être jeune »
« L’Algérie perd en lui une personnalité importante », confie, la voix nouée par l’émotion, Abdelkader Bendamèche, grand spécialiste de la musique algérienne, dont il était l’ami depuis un demi-siècle. « Il a toujours voulu être jeune, rester jeune », ajoute-t-il à Berbère télévision, évoquant un homme aimable, serviable et passionné jusqu’à ses derniers jours.
C’est à Béjaïa, où il voit le jour au début des années 1940, que l’enfant d’Aït Waghliss fait ses premières armes musicales auprès de celui qu’il considérait comme son maître, Cheikh Sadek Abdjaoui, celui-là même qui lancera également le défunt Djamel Allam.
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Dans les années 1950, alors adolescent, il rejoint la station de radio locale, véritable pépinière de talents qui constituait une rampe de lancement pour tous les jeunes artistes désireux de faire carrière.
Le jeune El Ghazi se découvre même un tempérament engagé. Lors d’une émission de télévision à laquelle il avait été invité, il racontait qu’à cette période il interprétait des chansonnettes anticolonialistes en kabyle, ce qui lui avait valu plusieurs jours de détention sous l’administration coloniale française.
El Ghazi, de Béjaïa aux sommets de la chanson algérienne
Une expérience qui façonnera durablement sa personnalité et son regard sur la création artistique. À son arrivée à Alger, il travaille à la Radio d’Alger tout en poursuivant son apprentissage auprès de Saddek El Bedjaoui au sein de la chorale andalouse. Mais pas pour longtemps.
Ce registre musical ne l’emballe guère et il souhaite créer son propre style. Il choisit alors d’emprunter une autre voie, faite de rythmes plus vigoureux, de mélodies populaires et de textes accessibles au plus grand nombre. Un choix qui donnera naissance à de nombreux succès appelés à marquer durablement la scène musicale algérienne.
Des tubes éternels
Qui n’a pas fredonné « Mahlat El Achia », que le grand cinéaste Merzak Allouache a choisi de partager sur les réseaux sociaux en guise d’hommage à celui, rappelle-t-il, qui a bercé sa jeunesse ?
Il y a aussi « Echdah A Taous », « Al Vavor », « Timura M Dden », une reprise en kabyle de « Qom Tara », ou encore « Chewing Gum », son premier grand succès, une chanson satirique en kabyle qui tournait avec humour en dérision une mode importée par les Américains au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Très peu le savent, mais El Ghazi a également interprété en arabe algérien la célèbre « Avava Inouva » du regretté Idir. Mais c’est sans doute l’immense succès de « Mahlat El Achia » qui le propulse définitivement sur le devant de la scène nationale avant de franchir les frontières du pays.
Certains admirateurs n’hésitent alors pas à le surnommer « l’Elvis algérien », en référence à son élégance, sa coupe de cheveux et son style vestimentaire qui rappelaient la star américaine du rock. Dans l’un de ses témoignages, le grand compositeur kabyle Kamel Hamadi racontait avoir écrit une chanson consacrée à la JS Kabylie, la première qu’El Ghazi interpréta au lendemain de l’indépendance.
D’autres compositeurs ont également joué un rôle déterminant dans son parcours et son succès. C’est le cas de Mahboub Bati, qu’il considérait comme l’un des pères de la chanson algérienne moderne.
Il rappelait souvent que ce dernier lui avait composé « Amali Ana Ouayak » avant de préférer préserver son talent de compositeur plutôt que de devenir interprète. Il révélait également que la célèbre chanson « Radhia », finalement interprétée par Sami El Djazaïri, lui avait d’abord été destinée.
Feu El Ghazi a aussi contribué à rapprocher les répertoires maghrébins en popularisant en Algérie la célèbre chanson tunisienne « Lamouni Elli Gharou Menni », composée par Hédi Jouini.
Une époque où les artistes d’Algérie, de Tunisie et du Maroc partageaient naturellement leurs œuvres et nourrissaient un patrimoine culturel commun.
Après avoir dominé la scène musicale durant les années 1970 et le début des années 1980, El Ghazi se retire progressivement des projecteurs, ne faisant plus que de rares apparitions.
Il ne manquait toutefois jamais une occasion de dénoncer les reprises de ses chansons réalisées à des fins lucratives, sans respect des droits d’auteur. « Tu prends «Mahlat El Achia », il existe des dizaines de reprises, mais jamais de droits d’auteur », regrettait-il. Avec la disparition d’El Ghazi, c’est assurément une page de la mémoire musicale nationale qui se tourne. Mais l’homme laisse derrière lui un répertoire dont les chansons resteront éternellement un marqueur d’une certaine idée de l’Algérie.