
Comme chaque année en été en Algérie, des camions semi-remorques affluent actuellement vers les conserveries de tomates. De longues files d’attente se forment pour un produit que convoitent agriculteurs et usines de transformation. Une filière qui bénéficie de généreuses subventions publiques.
Cette année, la production est abondante. Comme pour le blé et la pastèque, la culture de la tomate a profité des pluies printanières.
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A Guelma, des camions chargés de tomates sur 3 km
A l’entrée de la conserverie CAB de Guelma, la file de camions est impressionnante, jusqu’à trois kilomètres de long. Malgré l’emploi de variétés de tomates à date de récolte échelonnée, les fortes chaleurs accélèrent la maturité.
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A Bougadir (Chlef) des caisses remplies de tomate sont alignées dans un champ. Des ouvriers arrachent les pieds de tomates et les secouent au-dessus des caisses pour en faire tomber les fruits. Celles-ci sont ensuite versées dans le godet d’un rétro-chargeur qui, une fois plein, est utilisé pour charger un camion à longue remorque.
Un agriculteur explique à la Web chaîne Essalam que les ouvriers sont payés à la tâche, « certains remplissent 30 à 40 caisses voire 70 pour d’autres ». On travaille tôt le matin et on s’arrête vers 10-11 heures quand il fait trop chaud et on reprend en fin d’après-midi pour ceux qui le souhaitent ».
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Présent dans le champ, c’est un véritable cri d’alarme que lance le représentant local de la filière tomate de conserve. Il cite l’évolution des surfaces : « 1 600 hectares en 2025 et bien moins cette année. »
Pêle-mêle, il énumère les problèmes rencontrés et notamment un prix d’achat qui stagne à 18 DA le kilo de tomates alors que les charges ne cessent d’augmenter : « Même à raison d’un rendement moyen de 1 200 quintaux par hectare, la culture n’est plus rentable. Les dépenses sont de 100 à 110 millions de centimes par hectare et à cela il faut ajouter 50 millions pour la récolte. Ensuite, il y a les pertes liées à l’attente de 2 jours devant la conserverie ainsi que les tomates vertes car non mûres qui ne sont pas acceptées. Aussi, le chargement initial d’un camion de 240 quintaux se retrouve à 210 quintaux voire à moins de 200 ».
Le producteur s’insurge du manque de concertation avec le transformateur en ce qui concerne la fixation des prix et cite le cas des producteurs de l’Est du pays qui se voient offrir un prix de 20 DA/kilo contre seulement 18 DA dans la wilaya de Chlef alors que « dans le même pays les dépenses sont identiques. »
L’agriculteur souligne le retard de versement de la prime étatique de 4 DA/kilo : « elle était accordée après 1 à 2 mois auparavant mais en 2026, la prime de l’année passée n’a toujours pas été versée ».
Des stocks de tomates invendus à El Tarf
Malgré des prix de 20 DA/kilo, tout n’est pas rose à l’Est du pays. Le 21 juin dernier, L’Est républicain s’interrogeait à propos d’« un essoufflement agricole ».
Dans cette wilaya les superficies consacrées à la tomate industrielle sont en baisse et sont passées « d’environ 4.000 hectares à moins de 3.000 hectares » selon le quotidien qui révélait que des « quantités considérables de concentré de tomate croupissent dans les hangars des conserveries » soit l’équivalent de près de 500 milliards de centimes, dont « une bonne partie approche la date de péremption et risque d’être jetée, faute de débouchés. »
Pour certaines conserveries, l’exportation est un moyen de venir à bout des excédents. C’est le cas de la conserverie NTH de Koléa qui recevait à la mi-juillet la presse. A l’occasion, un responsable de cette société a indiqué qu’avec « une capacité de 150 tonnes par jour, l’entreprise souhaitait contribuer à la couverture du marché national en produits de qualité et même en exporter. »
Les enjeux de la production de tomate
Le soutien public à la filière représente un coût. Co-auteur d’une étude concernant l’agriculture contractuelle l’agro-économiste Ali Daoudi révèle qu’en 2015, les 656 441 tonnes de tomate fraîche collectées ont coûté à l’Etat 3,6 milliards de dinars (29,56 millions d’euros). Une charge qui a aujourd’hui augmenté dans la mesure où en 2021 ce sont 2 320 000 tonnes qui ont été collectées selon l’Office national des statistiques.
Aussi, il s’agit de concilier exportation et charges du soutien public à la filière. A cela s’ajoute la question des besoins en eau de la culture. Pour l’expert en hydraulique agricole Brahim Mouhouche, les cultures agricoles sont associées à l’eau virtuelle qui a permis leur production. Aussi selon ce raisonnement l’exportation de produits agricoles revient à exporter l’eau virtuelle qui a permis leur production.