
La crise de la pastèque a braqué les projecteurs sur une filière discrète et jusque-là méconnue du grand public en Algérie. Les rumeurs concernant la qualité sanitaire de ce fruit se sont traduites par chute inédite et brutale des ventes. Quelles leçons tirer de cette crise ?
Avec son goût sucré, la pastèque constitue le dessert par excellence de l’été. Elle est accessible à toutes les bourses et disponible sur tout le territoire national et jusqu’à Tamanrasset. Il y a quelques années, dans cette région, les services de l’hydraulique ont constaté une baisse du niveau d’eau des puits qui correspondait à « la période de la culture de la pastèque ».
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Algérie, la pastèque, le « fruit du pauvre » frappé par une crise inédite
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Parfois qualifiée de « fruit du pauvre » pour faible prix (à partir de 60 DA le kilo ou parfois la pastèque se vend à la pièce) et sa disponibilité en grandes quantités en été, on a pu entendre cette année des agriculteurs désemparés par la baisse des prix alors qu’ils aidaient à charger le camion d’un commerçant.
Les témoignages liés à la mévente de la pastèque proviennent de nombreuses wilayas et ont révélé la prépondérance de cette culture. Déjà en 1987, au terme d’une étude dans le Haut-Chélif, l’agro-économiste Jean-Jacques Perennès notait la préférence que les agriculteurs privés accordaient à la pastèque au détriment de la culture de la betterave à sucre.
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Depuis leur champ ou sur les marchés de gros, ces derniers jours des agriculteurs ont longuement témoigné de l’absence d’acheteurs.
Récemment c’est Djalali Hadj, le président de la Chambre d’agriculture d’Aïn Defla qui a donné de la voix. Lors d’une émission sur Dzaïr Tube, il s’en est pris aux auteurs de rumeurs qui, selon lui, ont fait un tort considérable aux producteurs de la pastèque.
Il a ainsi souligné que les cas d’irrigation à partir d’eau en provenance des égouts n’existe plus de même qu’il n’a jamais constaté la rumeur selon laquelle du mazout serait ajouté à l’eau d’irrigation pour renforcer la couleur rouge des pastèques. Ce professionnel s’est inquiété d’éventuelles réductions des surfaces en pastèques en 2027.
Outre les agriculteurs, c’est toute la filière qui est affectée : des commerçants de gros, des transporteurs et en amont des grainetiers. Ceux-ci sont nombreux à financer la culture de la pastèque à travers la vente à crédit aux agriculteurs d’engrais, de produits de traitement ou de film plastique.
Première leçon : mettre en place un système national « Rappel Consommateur »
Une des premières leçons à tirer concerne l’absence de structuration de cette filière. Si pour celles de la tomate industrielle, des céréales ou des viandes rouges, leurs représentants sont connus, ce n’est pas le cas concernant la filière pastèque.
Une deuxième leçon concerne l’absence d’un organisme national habilité à désigner les éventuels produits de large consommation impropres à la consommation à l’image du système « Rappel Consommateur » qui existe en Europe.
Deuxième leçon à tirer de la crise de la pastèque : la traçabilité
Face à l’absence d’un tel organisme, ce n’est qu’après une dizaine de jours que la réalisation d’analyses de laboratoire initiées par le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché a pu garantir la conformité sanitaire des pastèques mises sur le marché.
Suite à ces analyses, le ministère de l’Intérieur a fait remarquer que les « actions entreprises par certaines personnes ou associations actives dans la protection des consommateurs, telles que l’Association algérienne pour la protection et l’orientation des consommateurs et de leur environnement, constituent un manquement à leurs obligations. »
Une autre leçon concerne l’absence de traçabilité des pastèques mises sur le marché. Il est aujourd’hui impossible de certifier l’origine des produits commercialisés par un détaillant. Dans l’absolu, une simple étiquette autocollante apposée sur les pastèques suffirait.
C’est ce que réclame l’APOCE qui appelle les pouvoirs publics à rendre obligatoire l’apposition d’une telle étiquette sur chaque pastèque ou melon avec indication de la date et le lieu de récolte ainsi que le nom de l’agriculteur. Une mesure qui pourrait protéger les producteurs notamment en période de surproduction.
Cependant, la filière évolue dans l’informel. Nombreux sont les producteurs qui louent des terres et changent régulièrement de site à la recherche de terres vierges indemnes de parasites liés à la monoculture de la pastèque. Une pratique qui amène des universitaires à les qualifier « d’agriculteurs itinérants ».
Troisième leçon : organiser la filière
Ces mêmes études révèlent l’importance du « crédit fournisseur » accordé par les grainetiers aux producteurs. Elles révèlent également leur emprise sur les producteurs. Dans certains cas, les produits de traitement les plus efficaces sont vendus avec une marge de 500%.
Enfin, si la mévente de pastèques est liée à des rumeurs infondées, elle a eu lieu dans un contexte particulier : une surproduction de pastèques de plein champ liée à une abondante de pluviométrie.
Certains observateurs n’hésitent pas à qualifier 2026 « d’année à blé et à pastèque » ce qui confirme que la culture est forte consommatrice d’eau : jusqu’à 7 000 m3 d’eau par hectare. La troisième et dernière leçon à tirer est que la pastèque peut entrer en concurrence avec d’autres cultures stratégiques et également l’adduction en eau potable. Ce qui implique que la filière s’organise afin d’éviter toute surproduction et tout risque de limitation des surfaces comme cela est déjà le cas dans un des pays voisins de l’Algérie.