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Crise de Ceuta : l’Europe couvre le Maroc, et si c’était l’Algérie ?

Et si c’était l’Algérie ? La crise de Ceuta illustre, une nouvelle fois, l’indulgence de l’Europe vis-à-vis du Maroc, et son « deux poids, deux mesures ».

Crise de Ceuta : l’Europe couvre le Maroc, et si c’était l’Algérie ?
Crise de Ceuta : l’Europe couvre le Maroc/Source: X - Kenneth Roth
Riyad Hamadi
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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Le Maroc est sur le point de s’en sortir, encore une fois, à bon compte après une énième dérive grave.

Des dizaines de milliers de migrants sont lâchés sur l’enclave espagnole de Ceuta, dans ce qui a tout l’air d’une opération planifiée, et l’Europe cherche des coupables autres que celui que tous les éléments accablent : le régime marocain.

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Si c’était l’Algérie, l’Europe n’aurait pas réagi de la même façon, ce qui montre sa politique du « deux poids, deux mesures » à l’égard des deux pays du Maghreb.

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Pour de nombreux observateurs, l’invasion de Ceuta n’est pas innocente. Elle reflète certes la mal-vie du peuple marocain, mais elle est avant tout une opération orchestrée comme les services du royaume ont l’habitude d’en concocter dans leur stratégie de déstabilisation de la région.

Pour les analystes, l’incertitude concerne seulement les objectifs recherchés à travers un tel acte et la partie qui en tire le plus de dividendes. Autrement dit, à qui profite le crime ?

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“L’afflux de dizaines de milliers de personnes à Ceuta, en Espagne, a clairement été orchestré par le Maroc. La seule question est de savoir s’il s’agissait d’une riposte au récent rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie ou aux critiques formulées par l’Espagne à l’encontre des atrocités commises par Israël. Ou les deux”, écrit sur X Kenneth Roth, avocat américain et ancien responsable de Human Rights Watch.

La première hypothèse à ne pas écarter, c’est en effet celle des représailles contre Madrid à la suite du récent rapprochement avec l’Algérie. L’assaut sur Ceuta est survenu quelques jours seulement après la visite de Pedro Sanchez à Alger, le 20 juillet.

Le chantage migratoire du Maroc envers l’Espagne et toute l’Europe est une vieille pratique. C’est par ce moyen que le gouvernement de Madrid a été contraint de céder dans le dossier du Sahara occidental en mars 2022 après des rushs de migrants sur Ceuta et Melilla pendant l’été 2021. N’ayant pas de leviers économiques ou diplomatiques consistants, Rabat n’a que sa proximité géographique avec l’Europe pour faire pression par la carte migratoire, avec la complicité de ses alliés.

Fuite massive de Marocains vers Ceuta :  À qui profite le crime ? 

L’hypothèse d’un service rendu aux alliés américain et israélien n’est pas non plus tout à fait farfelue. Le gouvernement espagnol est l’un des rares en Occident à avoir tenu tête ces dernières années à Washington et Tel-Aviv en adoptant une position résolument pro-palestinienne, dénonçant notamment le génocide à Gaza. Dans le monde qui est celui d’aujourd’hui, une telle position ne reste pas sans conséquences.

“Les forces de l’ordre marocaines ont organisé la vague d’arrivées de marocains à Ceuta. La déstabilisation aux frontières de l’Europe visait Pedro Sanchez et a été décidée par le roi du Maroc, avec ses alliés Netanyahou et Trump”, abonde l’avocat et activiste français Juan Branco.

Certains analystes vont encore plus loin et y voient une tentative d’évincer l’Espagne de ses enclaves nord-africaines, toujours pour le compte d’Israël.

Ce dernier souhaiterait que son allié marocain contrôle Ceuta plutôt que l’Espagne qui lui est hostile. Le même Kenneth Roth explique que l’Espagne contrôle actuellement les deux rives du détroit de Gibraltar “qui ne mesure que 8 miles de large, contre 21 miles pour le détroit d’Ormuz”. “Si l’Iran parvient à contrôler le détroit d’Ormuz, l’Espagne pourrait facilement contrôler le détroit de Gibraltar et potentiellement bloquer l’accès d’Israël à l’Atlantique”, analyse-t-il.

D’autres soupçonnent une opération destinée à discréditer le modèle espagnol aux yeux des électeurs espagnols et européens. Avec sa politique migratoire flexible, le gouvernement socialiste espagnol réalise les meilleures performances économiques de tous les grands pays d’Europe.

Pour les besoins du maintien ou de l’accession au pouvoir de la mouvance extrémiste à moins d’une année de la présidentielle en France, qui est un pays  clé dans la stratégie de domination de l’extrême droite mondiale, il fallait cet électrochoc censé montrer les limites de toute politique favorable à l’immigration.

L’Europe couvre le Maroc 

Les réactions de nombreux gouvernements et politiques européens accréditent une telle thèse. Elles montrent au moins qu’ils font partie de ceux à qui profite cette énième forfaiture du régime marocain.

Le gouvernement socialiste espagnol a été désigné comme l’unique responsable de ce qui s’est passé à Ceuta en ayant prétendument créé un appel d’air par sa régularisation massive de migrants. L’Italie de Giorgia Meloni a annoncé la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne, la France envisage de rétablir les contrôles à la frontière commune…, sans dire un mot sur le Maroc.

Pendant ce temps, le seul vrai responsable est épargné. Au-delà de toutes les thèses évoquées, le régime marocain est au moins coupable de défaillances graves dans le contrôle de ses frontières et d’avoir institué un système qui produit la misère et les inégalités. Curieusement, il n’est pas pointé du doigt. Et ce n’est pas la première fois que cela arrive.

Le Maroc a été pris en flagrant délit de chantage migratoire, d’espionnage de dirigeants étrangers et de corruption de députés européens, sans compter ses atteintes endémiques aux droits de l’homme en interne, sans jamais être inquiété, sinon par des résolutions sans effet du Parlement européen.

Il a même été récompensé par un soutien à sa colonisation du Sahara occidental par les États-Unis, la France et l’Espagne. C’est cette indulgence de l’Europe, doublée de la protection américaine et israélienne depuis la normalisation, qui fait que le Maroc bombe le torse et ne respecte plus aucune règle.

Pour l’extrême-droite européenne, le problème, c’est l’Algérie et les Algériens, vilipendés à longueur d’année dans les médias et les tribunes politiques. Même dans cet épisode qui couvre de honte le Maroc, il s’en est trouvé en France qui y ont vu la main de l’Algérie. Sur Cnews, on a soutenu que 60% de ceux qui ont envahi Ceuta sont Algériens. Incroyable !

Les médias de la galaxie Bolloré se montrent particulièrement réservés quand il s’agit du Maroc alors qu’un simple fait divers mineur impliquant un Algérien aurait suscité des émissions en boucle.

Le 22 février 2025, une attaque au couteau perpétrée par un ressortissant algérien a été saisie par Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, la droite et l’extrême droite, pour s’attaquer non seulement au gouvernement algérien, mais aussi aux Algériens et aux Franco-Algériens.  Il y a un an, Noëlle Lenoir, ancienne ministre française, déclarait sur CNews, alors que la crise entre Alger et Paris, était à son paroxysme.

« Prenons l’exemple de l’Algérie. Vous avez des millions d’Algériens qui présentent des risques majeurs, qui peuvent sortir un couteau dans le métro, dans une gare, dans la rue, n’importe où, prendre une voiture pour rentrer dans une foule ».

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