
Joan Borrell, secrétaire général adjoint de l’UpM chargé de la stabilité et de la résilience, évoque dans cet entretien à TSA l’impact du réchauffement climatique sur l’Algérie et la Méditerranée.
La Méditerranée se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale. Pourquoi ? Quels sont les risques ?
Selon les travaux scientifiques du réseau MedECC (Mediterranean Experts on Climate and Environmental Change), soutenu par l’Union pour la Méditerranée, la région méditerranéenne se réchauffe environ 20 % plus rapidement que la moyenne mondiale. Elle a déjà dépassé le seuil de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
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Cette situation s’explique par une combinaison de facteurs géographiques, climatiques et océanographiques propres au bassin méditerranéen.
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La présence de vastes zones arides, la rareté des ressources en eau, notamment sur les rives Sud et Est, ainsi que les caractéristiques de la mer Méditerranée elle-même rendent la région particulièrement vulnérable au changement climatique.
Les conséquences sont déjà visibles dans l’ensemble du bassin méditerranéen : vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses, sécheresses prolongées, pression croissante sur les ressources en eau, élévation du niveau de la mer, incendies de forêt et événements météorologiques extrêmes. Ces phénomènes affectent directement les populations, les écosystèmes, la santé publique ainsi que des secteurs essentiels comme l’agriculture, le tourisme ou les infrastructures côtières.
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Pour l’Union pour la Méditerranée, ces constats scientifiques soulignent l’importance de renforcer la coopération régionale et de développer des politiques climatiques fondées sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles.
Comment ce réchauffement se manifeste-t-il concrètement en Algérie ?
Comme de nombreux pays méditerranéens, l’Algérie ressent déjà les effets du changement climatique. Les températures augmentent progressivement, les vagues de chaleur deviennent plus longues et plus fréquentes, tandis que les précipitations tendent à diminuer dans plusieurs régions du Nord du pays, où se concentre une grande partie de la population et de l’activité économique.
Cette évolution accroît les risques de sécheresse, de désertification, de stress hydrique et d’incendies de forêt. Elle exerce également une pression croissante sur les ressources en eau, l’agriculture, les écosystèmes et la santé publique.
L’Algérie est également confrontée au défi de concilier une demande énergétique en forte croissance avec les impératifs de développement durable et de résilience climatique.
Face à ces défis, l’Algérie dispose aussi d’atouts importants : une solide expérience dans le domaine de l’énergie, un potentiel considérable en matière d’énergies renouvelables, notamment solaire, ainsi qu’une capacité reconnue à jouer un rôle moteur dans les transitions énergétiques de la région.
Les épisodes récents de canicule et de feux de forêt en Algérie, en France et en Espagne sont-ils liés au réchauffement climatique ?
Les scientifiques sont très prudents sur cette question. On ne peut pas affirmer qu’un incendie ou une vague de chaleur particulière soit exclusivement causé par le changement climatique.
En revanche, les données scientifiques montrent clairement que le changement climatique rend ces phénomènes plus probables, plus fréquents et plus intenses.
Les températures élevées, les périodes prolongées de sécheresse et une végétation plus sèche créent des conditions particulièrement favorables au déclenchement et à la propagation des incendies.
Les épisodes récents observés en Algérie, en Espagne, en France et dans d’autres pays méditerranéens illustrent une tendance commune qui touche l’ensemble de notre région.
Ils montrent également que les catastrophes naturelles dépassent les frontières nationales. C’est pourquoi l’Union pour la Méditerranée encourage le renforcement de la coopération euro-méditerranéenne en matière de protection civile, afin de faciliter le partage d’expertise, de moyens et de bonnes pratiques entre les pays de la région.
Les récents élans de solidarité entre pays méditerranéens démontrent déjà que cette coopération peut produire des résultats concrets lorsque les besoins sont les plus urgents.
Le réchauffement climatique joue-t-il un rôle dans les flux migratoires clandestins observés ces dernières années vers l’Europe ?
Le changement climatique peut contribuer aux dynamiques de mobilité humaine, mais il n’en constitue généralement ni la seule cause ni la principale. Les décisions de migrer résultent le plus souvent d’une combinaison de facteurs économiques, sociaux, politiques et parfois sécuritaires.
Le changement climatique agit plutôt comme un facteur aggravant. Il accentue les vulnérabilités existantes en aggravant la rareté de l’eau, les difficultés agricoles ou encore l’insécurité alimentaire.
Dans un premier temps, ces pressions conduisent généralement à des déplacements internes. Dans certains contextes, elles peuvent également contribuer indirectement à des mouvements transfrontaliers.
Pour répondre durablement à ces défis, il est essentiel de promouvoir des politiques qui renforcent la résilience des territoires, soutiennent le développement durable et créent des opportunités économiques. C’est dans cette approche globale que l’Union pour la Méditerranée inscrit son action.
L’Algérie est à la fois un pays méditerranéen et africain. Quel rôle peut-elle jouer dans la construction d’une réponse commune face au changement climatique ?
L’Algérie occupe une position tout à fait particulière. Elle est à la fois un grand pays méditerranéen et un acteur majeur du continent africain.
Cette double dimension lui permet de contribuer au dialogue entre les priorités méditerranéennes et les enjeux plus larges auxquels le continent africain est confronté, notamment en matière de désertification, de sécurité alimentaire, d’eau ou d’adaptation au changement climatique.
L’Algérie joue également un rôle important dans le domaine de l’énergie, qui restera un élément central de toute transition vers des systèmes énergétiques plus résilients et plus durables.
Pour l’Union pour la Méditerranée, la transition énergétique ne consiste pas à opposer les énergies traditionnelles aux nouvelles énergies. Elle consiste à accompagner chaque pays dans la valorisation de ses atouts, selon son propre rythme et ses propres priorités, afin de construire un système énergétique plus diversifié, plus résilient et plus durable.
Nous sommes convaincues que la coopération régionale doit s’appuyer sur la science et sur un dialogue approfondi autour des défis climatiques propres à la Méditerranée.
C’est pourquoi l’UpM s’emploie une nouvelle fois à organiser un Pavillon méditerranéen lors de la COP et lance des initiatives telles que les consultations du Dialogue méditerranéen d’Antalya sur le climat, dont l’une s’est tenue à Alger, afin de porter une voix commune en amont de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques.
L’UpM soutient également MedECC, ainsi que des partenariats avec le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) et le service Copernicus sur le changement climatique, afin que tous les pays méditerranéens disposent de données scientifiques fiables pour anticiper les risques, orienter les politiques publiques et renforcer leur résilience.