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Non, la finance islamique n’est pas la solution miracle pour l’Algérie

Les premières opérations bancaires de la finance islamique devraient être lancées par deux banques publiques avant la fin de l'année 2017, selon Boualem Djebbar, le président de l'Association des banques…

Non, la finance islamique n’est pas la solution miracle pour l’Algérie
actualite-algerie.com
Aicha Merabet
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Les premières opérations bancaires de la finance islamique devraient être lancées par deux banques publiques avant la fin de l’année 2017, selon Boualem Djebbar, le président de l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF).

Si le gouvernement voit dans la finance islamique une solution pour accroître le taux de bancarisation en Algérie, il faut d’emblée rappeler que ces produits sont avant tout destinés à une clientèle déjà bancarisée et surtout aisée. « Les banques s’adressent d’abord à la clientèle la plus rentable », rappelle à TSA Anouar Hassoune, à la tête d’un cabinet de conseil en finance islamique au Luxembourg.

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Avancer l’argument que la création de banques estampillées « islamiques » permettra d’attirer une population non bancarisée (et donc de réduire le marché parallèle) est parfaitement illusoire.

De plus, si cette finance est un moyen de drainer des capitaux et d’accroître l’attractivité du secteur bancaire, elle suppose de prime abord un environnement favorable aux affaires et ouvert aux marchés internationaux. « Ce qui n’est pas le cas en Algérie », souligne Kader Merbouh, directeur du master de finance islamique à l’université Paris-Dauphine.

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La finance islamique n’est pas une finance communautaire

Il serait en outre simpliste de penser que les musulmans seront d’emblée séduits par cette finance. « Ce n’est pas parce qu’on est musulman que l’on est plus sensible à la finance dite islamique. Islamique ou non, cela reste de la finance, ce qui implique une éducation financière au préalable », constate Kader Merbouh.

Les principes de cette finance peuvent d’ailleurs séduire un public de non-musulmans. À Paris, le master de finance islamique de l’université Paris-Dauphine attire un grand nombre d’étudiants non musulmans, note le directeur de la formation.

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« Certains de nos étudiants cherchent à rajouter une compétence à leur CV, d’autres, qui travaillent dans le secteur bancaire, étudient la finance islamique sur demande de leur entreprise. On trouve également un public qui cherche à donner un sens à leurs études en finance ».

En effet, « cette finance cherche à remettre de l’ordre », explique Anouar Hassoune. « À la question que je dois faire ? Elle répond : financer l’économie réelle », poursuit le spécialiste. Ainsi, à la différence d’un produit bancaire classique, un produit « finance islamique » prohibe la spéculation et le prêt à intérêt, conformément aux principes de la loi islamique. Concrètement, dans un établissement de finance islamique, la banque achète un bien (une maison, une voiture), puis le revend en majorant son prix.

Instrumentalisation de la finance islamique

On observe que cette soudaine valorisation de la finance islamique en Algérie diffère des méthodes employées par d’autres pays pour en faire la promotion. Le Maroc ou la Turquie préfèrent, par exemple, parler de « finance participative ».

L’emploi de « finance islamique » a évidemment une dimension politique sensible, analyse le chercheur Kader Merbouh de l’université Paris-Dauphine. « Le risque c’est de laisser sous-entendre que le gouvernement légitime la dimension religieuse de ces établissements bancaires, au détriment des autres, et qu’il existe une instrumentalisation politique de la finance islamique ».

L’Algérie ne s’est manifestement pas embarrassée d’une telle prudence lexicale. Il faut dire que dans un contexte économique particulièrement tendu, le fait de mettre sur le devant de la scène l’argument religieux via la finance est un moyen de redonner confiance.

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