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Phosphate : l’Algérie accélère et menace le principal moteur de l’économie marocaine

L’Algérie accélère pour l’exploitation du gisement géant de phosphate de Blad el Hadba. Le principal moteur de l’économie marocaine est sérieusement menacé

Phosphate : l’Algérie accélère et menace le principal moteur de l’économie marocaine
Phosphate : l'Algérie accélère, le principal moteur de l'économie marocaine en ligne de mire | ID 30678125 © Anuchit Singkham | Dreamstime.com
Ali Idir
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L’Algérie passe à la vitesse supérieure pour l’exploitation du gisement géant de phosphate de Blad el Hadba, un projet qui va faire mal à l’un des principaux moteurs de l’économie marocaine que représente les engrais phosphatés. Le projet doit entrer en production en 2027. Décryptage avec l’économiste Brahim Guendouzi.

Ce coup d’accélérateur s’est concrétisé mercredi 12 août avec l’attribution par Sonatrach et Algerian Fertilizer Company de deux contrats stratégiques au chinois CHEC pour les travaux d’extension du port d’Annaba et l’italien Saipem pour la réalisation des installations de transformation et de production des engrais, au niveau des sites de Blad el Hadba (wilaya de Bir El Ater) et Oued El Kebrit (wilaya de Souk Ahras).

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Phosphate : pourquoi l’Algérie passe à la vitesse supérieure

Dans le détail, il s’agit de construire un complexe d’extraction et d’enrichissement de phosphate brut d’une capacité d’extraction de 5,5 millions de tonnes/an et de phosphate concentré de 3,2 millions de tonnes/an, à Blad el Hadba.

Et un deuxième complexe composé de plusieurs unités de production de 2,4 millions de tonnes par an d’engrais phosphatés et de 570.000 tonnes/an d’engrais azotés (Urée), avec une production préalable de produits intermédiaires tels que l’acide sulfurique, l’acide phosphorique et l’ammoniac au site d’Oued Keberit, selon Sonatrach.

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Le contrat de Saipem a été attribué selon le modèle « EPC Fast Track », a précisé le ministère des Hydrocarbures, une procédure qui généralement présente un coût élevé, mais elle dénote de la volonté de l’Algérie d’achever rapidement ce projet qui devrait lui permettre de devenir un acteur mondial de premier plan dans le domaine des engrais phosphatés.

Au-delà de l’importance du projet du phosphate intégré de Blad el Hadba dans la diversification de l’économie nationale et la préparation de l’après pétrole, l’Algérie veut saisir une fenêtre d’opportunité historique ouverte par la crise liée aux tensions américano-iraniennes autour du détroit d’Ormuz d’où transitent un tiers des fertilisants consommés dans le monde. Pour l’Algérie, il est temps de passer à la vitesse supérieure.

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« Les pays du Golfe exportent essentiellement des engrais azotés (urée et ammoniac issues de la pétrochimie à partir du gaz naturel). L’Algérie exporte également l’urée et l’ammoniac. S’agissant du projet d’engrais phosphatés, c’est une autre catégorie produite à partir d’une ressource naturelle, le phosphate qui est disponible en grande quantité dans la localité de Blad el Hadba. Les deux types d’engrais sont demandés dans l’agriculture à travers le monde », explique à TSA l’économiste Brahim Guendouzi.

Le phosphate algérien « viendra en concurrence » à la production marocaine

Pour lui, le projet d’engrais phosphatés de Blad el Hadba « viendra plutôt en concurrence à la production marocaine qui a également des capacités de production installées ».

Le Maroc est l’un des plus grands producteurs d’engrais phosphatés au monde. Ce produit représente une part importante des exportations marocaines avec près de 10 milliards de dollars de revenus en 2025. Et dès 2027, avec l’entrée en production des sites de Blad el Hahdba et Oued Kebrit, le royaume devrait compter avec la concurrence de l’Algérie qui deviendra un pôle producteur d’engrais de « niveau mondial » au vu des quantités qui seront produites aussi bien d’urée, d’ammoniac et des phosphates (après enrichissement) », ajoute M. Guendouzi. En plus, l’engrais phosphaté marocain est au cœur des critiques en Europe en raison de son taux de Cadmium, un produit cancérigène.

L’Algérie, futur acteur mondial des engrais

Avec la « contrainte introduite » par la crise du détroit d’Ormuz en matière de livraisons d’engrais azotés (urée et ammoniac), l’Algérie veut accélérer le projet d’engrais phosphatés de Blad el Hadba pour lesquels il existe aussi une forte demande à travers le monde, souligne le professeur d’économie à l’université de Tizi-Ouzou.

« Les deux types d’engrais (azotés et phosphatés sont utilisés de façon complémentaire. La nouveauté dans le projet d’engrais phosphatés c’est dans la réalisation du process à partir du site où la matière première existe (Oued el Hadba) puis son enrichissement sur un autre site et l’évacuation à partir du port de Annaba (quai minéralier en réalisation). C’est donc la réalisation du projet avec le recours à un modèle récent appelé EPC fast track qui consiste gérer les chantiers avec des délais très courts tout en maintenant les exigences en matière d’ingénierie et les normes techniques », développe M. Guendouzi.

La priorité donnée ce projet structurant justifie les « moyens mis en œuvre tant sur le plan logistique (ligne de chemin de fer, quai minéralier au port de Annaba) que le process de production des engrais à partir de l’extraction de la matière première, le phosphate, dans la wilaya de Tébessa », soutient M. Guendouzi.

L’Algérie dispose de 840 millions de tonnes de réserves de phosphate à Blad el Hadba, soit 80 ans au rythme de 10,5 millions de tonnes de production par an, selon un communiqué des services du Premier ministre publié le 9 février dernier.

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