
Le ministère des Finances a publié ce mardi les premiers chiffres des dépenses et des déficits pour l’année 2017. Le déficit du Trésor public s’est établi à 287,32 milliards de dinars à la fin mai 2017 contre 1.783,13 milliards à la même période de 2016, soit une baisse de 84%, selon les chiffres relayés par l’agence officielle APS.
Le bilan présenté pour les cinq premiers mois de l’année 2017 peut être dans l’ensemble considéré comme positif. Outre la baisse spectaculaire du déficit du Trésor, on peut également noter la hausse fulgurante des recettes budgétaires de l’ordre de 68.6%, passant de 1880 milliards de dinars à fin 2016 à 3171 milliards après les cinq premiers mois de l’année 2017. Les dépenses de l’État ont quant à elles diminué de manière significative de 3597 milliards de dinars après les cinq premiers mois de 2016 à 3322 milliards de dinars à la fin mai 2017.
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Néanmoins, le choix comme période de référence des cinq premiers mois de l’année 2017, et par conséquent la comparaison avec la même période en 2016, laisse perplexe à bien des égards. Il s’agit en effet d’un choix très inhabituel, en règle générale la période de référence pour de comparaison s’établit mensuellement, par trimestres, voire par semestre.
Dans le cas présent, il aurait été beaucoup plus naturel de prendre comme référence les six premiers mois de l’année, c’est-à-dire jusqu’à la fin du mois de juin. C’est d’ailleurs ce que fait le ministère des Finances lui-même, puisqu’il a publié en parallèle la situation des opérations du Trésor à la fin juin 2017 (voir tableau ci-après).
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On apprend notamment que le déficit du Trésor s’établit après les six premiers mois de l’année 2017 à 384 milliards de dinars, contre 1 768 milliards après les premiers mois de 2016. Une baisse spectaculaire de 78%. Les recettes budgétaires connaissent une hausse fulgurante de 56%, passant de 2316 milliards de dinars à fin juin 2016 à 3622 milliards de dinars à la fin du mois de juin 2017. Les dépenses budgétaires sont également en nette baisse, passant de 4100 milliards après les premiers mois de 2016 à 3876 milliards après les six premiers mois de 2017.
Certes, les résultats de la comparaison entre les premiers semestres de 2016 et 2017 sont un peu moins reluisants que lorsqu’on s’arrête à cinq mois, mais ils n’en demeurent pas moins impressionnants. Pourquoi le ministère des Finances s’est-il donc forcé à faire le grand écart intellectuel en présentant deux résultats de deux périodes distinctes aussi rapprochées, un de cinq mois et un semestriel ?
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Dans un monde où l’on peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres, la raison est peut-être à chercher dans la rhétorique du gouvernement depuis la nomination au poste de premier ministre d’Ahmed Ouyahia. Ce dernier, dès son retour à ce poste qu’il ne connait que trop bien, s’est efforcé de présenter une image particulièrement noire et alarmiste de la situation dans laquelle se trouvent les caisses de l’État. Ouyahia est allé jusqu’à annoncer que l’État a failli être dans l’incapacité de payer les salaires des fonctionnaires pour le mois de novembre. L’image, en somme, d’un État en quasi-faillite.
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Derrière ces déclarations catastrophistes, se cachait évidemment des accusations à peine voilées de mauvaise gouvernance contre son prédécesseur au premier ministère, Abdelmadjid Tebboune, remercié en disgrâce deux mois à peine après sa prise de fonction, mais aussi celui ayant précédé ce dernier à ce poste pendant cinq ans, Abdelmalek Sellal. Celui-ci a quitté ses fonctions de Premier ministre le 25 mai 2017.
Sellal aura donc occupé ses fonctions durant les cinq premiers mois de l’année 2017. Comme par hasard, il s’agit exactement de la même période de référence prise par le ministère des Finances pour présenter les résultats encourageants des dépenses et déficits de l’État. En d’autres termes, à tort ou à raison, la responsabilité de la situation catastrophique dans laquelle Ouyahia aurait trouvé les caisses de l’État serait exclusivement imputable à Abdelmadjid Tebboune. Reste à déterminer si tout ou partie de cela est vrai.
| SITUATION DES OPERATIONS DU TRESOR A FIN JUIN 2017 | |||||
| Exécution lois de Finances (en Millions DA) | |||||
| 2013 | 2014 | 2015 | 2016 | A fin juin 2017 | |
| Recettes Budgétaires | 3 895 315 | 3 927 748 | 4 552 542 | 5 011 581 | 3 622 054 |
| Fiscalité Pétrolière | 1 615 900 | 1 577 730 | 1 722 940 | 1 682 550 | 1 121 283 |
| Ressources Ordinaires | 2 279 415 | 2 350 018 | 2 829 602 | 3 329 031 | 2 500 771 |
| Recettes Fiscales | 2 031 019 | 2 091 456 | 2 354 648 | 2 482 208 | 1 433 627 |
| Recettes Ordinaires | 83 700 | 75 984 | 247 481 | 177 221 | 136 687 |
| Recettes d’ordre, dons et legs | 21 | 122 | 61 | 33 | 15 |
| Recettes Exceptionnelles | 164 675 | 182 456 | 227 412 | 669 569 | 930 442 |
| Dépenses Budgétaires | 6 024 131 | 6 995 769 | 7 656 331 | 7 297 494 | 3 876 502 |
| Fonctionnement | 4 131 536 | 4 494 327 | 4 617 009 | 4 585 564 | 2 473 158 |
| Équipement | 1 892 595 | 2 501 442 | 3 039 322 | 2 711 930 | 1 403 344 |
| Solde Budgétaire | -2 128 816 | -3 068 021 | -3 103 789 | -2 285 913 | -254 448 |
| Solde Comptes d’affectation | 53 352 | -27 723 | 60 670 | 58 543 | 71 914 |
| Solde Opérations Budgétaires | -2 075 464 | -3 095 744 | -3 043 119 | -2 227 370 | -182 534 |
| Interventions du Trésor | -130 481 | -90 250 | -129 221 | -116 365 | -201 520 |
| Solde Global du Trésor | -2 205 945 | -3 185 994 | -3 172 340 | -2 343 735 | -384 054 |
| (solde Exécution lois de Finances) | |||||
| Source : DGT
Financement du Solde Global du Trésor en Millions DA |
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| 2013 | 2014 | 2015 | 2016 | A fin juin 2017 | |
| Solde Global du Trésor | -2 205 945 | -3 185 994 | -3 172 340 | -2 343 735 | -384 054 |
| Financement | 2 205 945 | 3 185 994 | 3 172 340 | 2 343 735 | 384 054 |
| Financement Bancaire | -165 461 | 18 676 | 152 546 | 232 630 | -620 290 |
| Financement Non Bancaire | 241 112 | 204 084 | 136 614 | 64 584 | 196 148 |
| Prélèvements du FRR | 2 132 471 | 2 965 672 | 2 886 506 | 1 387 938 | 784 459 |
| Emprunts Extérieurs Nets | -2 177 | -2 438 | -3 326 | 100 755 | -1 387 |
| Emprunts National pour la croissance économique | 557 828 | 25 124 | |||
| Source : DGT
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