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Agneaux à 60.000 DA : l’Australie peut-elle inspirer l’élevage algérien ?

La filière algérienne de l’élevage peine à produire suffisamment de viandes. Face à ce problème, l’Algérie peut-elle s’inspirer de l’Australie ?

Agneaux à 60.000 DA : l’Australie peut-elle inspirer l’élevage algérien ?
Agneaux à 60.000 DA : les défis de l'élevage ovin en Algérie. / Par elenavolf / Adobe Stock
Djamel Belaid
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Malgré les nouvelles dispositions ministérielles en faveur de la disponibilité en aliments du bétail, le prix des agneaux reste élevé en Algérie qui peut s’inspirer de l’expérience australienne dans le domaine de la production de fourrage.

Jusqu’à 60 000 DA ces derniers jours pour un agneau de lait. Des prix liés à la sécheresse de cet été mais également à l’émergence d’une nouvelle catégorie d’agriculteurs : les éleveurs-engraisseurs.

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Meilleure disponibilité en fourrage et viande

Ces dernières semaines, les mesures prises par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural ont permis une meilleure disponibilité en aliments du bétail : son de blé, orge ou aliments concentrés de l’ONAB.

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Une disponibilité permise par la réactualisation des listes d’éleveurs par des commissions de wilaya ainsi que la fixation d’un prix officiel de cession du son et de sa vente à prix réglementé par l’Office national des aliments du bétail (ONAB).

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Le quintal d’aliment destiné aux moutons a été fixé à 3 150 DA et à 3 300 DA pour celui destiné aux veaux.

Dans plusieurs wilayas, on assiste à des scènes d’éleveurs chargeant dans des camions leur quota d’aliments pour bétail et se déclarant satisfaits. C’est le cas des témoignages recueillis par la Télévision algérienne à Djelfa au niveau de la CCLS.

Des éleveurs indiquent qu’auparavant ils devaient attendre trois ou quatre jours avant d’être servis en orge mais qu’aujourd’hui ce n’était plus le cas. Un résultat obtenu par l’ouverture de 3 points de vente selon Mohamed Saïdi, un cadre de la CCLS de Djelfa. Une disposition qui a permis la vente de plus de 80 000 quintaux d’orge à près de 1 400 éleveurs selon une liste établie par la Chambre d’agriculture locale indique Sassi Bouainine le directeur de l’unité.

Scènes identiques à l’Onab de Sétif où Ali Mourad le directeur confie à Ennahar TV que l’unité fonctionne 24h sur 24 et produit jusqu’à 260 tonnes d’aliments du bétail par jour. Après avoir chargé son quota de 40 quintaux dans son camion, le jeune Smati Djebar se déclare satisfait, de même que Karim Boubou et Rouabah Sami tous les deux éleveurs de bovins.

A l’ONAB, cette disponibilité est notamment permise par l’utilisation de maïs dont 1,15 million de tonnes devrait être importé pendant la période allant du 28 décembre 2025 à février 2026. L’Algérie importe 4 millions de tonnes de maïs par an.

Côté consommateurs, l’Office régional des viandes rouges de l’Ouest (ORVO) a annoncé, jeudi 1er janvier 2026 sur les réseaux sociaux l’arrivée au port d’Oran d’une première cargaison de 10 000 moutons importés de l’étranger.

Apparition d’une nouvelle catégorie d’éleveurs

Pour comprendre les mutations de la filière ovine en Algérie, il faut remonter à 2017 quand une équipe d’universitaires de l’université de Djelfa s’est penchée sur l’élevage dans cette même région considérée comme le berceau de la race Ouled Djellal. Des enquêtes de terrain concernant les pratiques des éleveurs et la composition des rations données aux moutons ont l’existence de tendances nouvelles.

La profession se compose en fait de quatre grands types d’éleveurs : engraisseurs stricts (8%), naisseurs (30%), naisseurs-engraisseurs (12%) et une dernière originale : « les éleveurs naisseurs-engraisseurs pour fêtes religieuses » qui représente 48%. Ce dernier type d’éleveurs spécialisés dans l’engraissement ciblent les périodes de grande consommation correspondant aux périodes du mois de ramadhan et de l’Aïd El Adha, notent les auteurs de l’étude.

Ce type d’élevage est devenu dominant et selon les auteurs cette évolution s’explique par « la plus-value élevée obtenue lors de la vente des animaux durant la période de l’Aïd ».

Ils estiment que la faible proportion d’éleveurs-naisseurs (30%) réside dans le fait qu’ils perpétuent un mode d’élevage traditionnel marqué par « une incertitude croissante sur les ressources pastorales ».

Une enquête de 2020 confirme la fragilité de cette catégorie d’éleveurs passée de 30 à seulement 12%. Concrètement, la steppe ne produit plus assez d’agneaux à engraisser et leur rareté explique leur prix, jusqu’à 60 000 DA comme récemment observé.

Production locale de fourrages en sec

Cette incertitude que rencontrent dans les zones steppiques les éleveurs-naisseurs pourrait être levée par l’augmentation de la valeur alimentaire des parcours. Nombreux sont ceux qui témoignent de l’intérêt d’utiliser les parcelles protégées « Mahmiyates » car ils n’ont plus à acheter d’orge ou de son pour nourrir leurs bêtes.

De façon paradoxale, les attributions de concessions agricoles en zone steppique de ces dernières années ont permis le développement de fourrages irrigués au niveau des zones les plus favorables (sorgho, maïs ensilage, orge en vert, luzerne), d’oliveraies, de vergers mais pas de plantations d’arbustes fourragers.

Alors que le cheptel ovin s’est accru en nombre dans ces régions, l’amélioration des parcours steppiques sous forme de ces plantations d’arbustes est restée limitée et cela malgré la possibilité de les cultiver sans irrigation c’est-à-dire sans recourir à de coûteux aménagements (forages et bassins).

Ce type de plantation est resté pratiqué par deux seuls organismes publics : le Haut-commissariat au développement de la steppe et la Direction générale des forêts. Les bénéficiaires de concessions agricoles n’ont pas réalisé de tels aménagements.

A 17 000 km de Djelfa, les éleveurs australiens utilisent les mêmes arbustes fourragers que leurs homologues algériens. Les témoignages de satisfaction sont identiques.

Un éleveur australien possédant 1 820 hectares a planté 36 ha d’atriplex et ensuite 162 ha. Ces plantations massives réalisées par des éleveurs australiens sur leur propriété leur a permis de passer d’un revenu annuel de 46 $ à 229 $/ha [1].

Le chercheur australien Hayley Norman du CSIRO indiquait en 2019 que certaines variétés présentent « des avantages considérables pour les agriculteurs qui l’utilisent comme fourrage pour leurs moutons.

Depuis sa commercialisation en 2014, 325 éleveurs australiens ont acheté et planté plus de six millions d’arbustes fourragers de la variété d’atriplex « Anameka », soit l’équivalent de 8 000 hectares.

Révision du foncier pour les éleveurs

Lors de son discours à la nation devant le Parlement mardi 30 décembre, le président Abdelmadjid Tebboune s’est félicité de la capacité des pépinières locales ; celles-ci sont capables de multiplier des dizaines de milliers de plants d’arbres fruitiers en laboratoire.

Ces techniques modernes notamment maîtrisées par l’entreprise VitroPlant ainsi que les capacités des pépinières traditionnelles constituent un atout dans une éventuelle stratégie de multiplier les plantations en arbustes fourragers.

Cependant, les éleveurs restent majoritairement cantonnés dans un système de transhumance avec déplacement de leurs troupeaux par camions vers des parcours steppiques gratuits ou améliorés sous forme de « Mahmiyates ».

Ce mode traditionnel d’utilisation des parcours steppiques n’incite pas à leur utilisation rationnelle et durable notamment sous forme de plantations d’arbustes fourragers comme en Australie où les éleveurs sont propriétaires des terres parcours steppiques.

Le ministère de l’Agriculture prépare un projet de loi organisant le foncier agricole qui devrait prochainement être soumis au gouvernement. Il est annoncé qu’un volet devrait répondre à la situation des éleveurs confrontés aux difficultés d’accès au foncier.

Des terres, des fourrages, de quoi alimenter des brebis et faire naître des agneaux et ainsi réduire les tensions actuelles sur le marché.

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