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Ahmed Ouyahia, un homme qui ne se laisse plus marcher sur les pieds

Ahmed Ouyahia, un homme qui ne se laisse plus marcher sur les pieds

Ahmed Ouyahia, l’homme qui sait faire le dos rond, qui ne répond jamais aux critiques ni même aux attaques les plus perfides, ne se laisse plus faire depuis quelque temps. En moins d’une semaine, il a sorti par deux fois ses griffes pour répliquer à des attaques publiques l’ayant visé directement ou sournoisement.

La première c’était mardi dernier lorsque son parti, le RND, a remis à sa place, par le biais d’un communiqué sans concession, le ministre de la Justice qui, la veille, avait inexplicablement taillé en pièces son chef hiérarchique, rappelant à l’assistance ses mesures impopulaires et même une vieille casserole qu’il traîne depuis plus de deux décennies : l’emprisonnement de milliers de cadres dans les années 1990.

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Ce lundi 12 novembre, il est visé par une autre attaque qui a appelé une réaction immédiate. Un communiqué des services du Premier ministère est vite venu éteindre une polémique née d’une sémantique inadéquate qu’Ahmed Ouyahia a utilisée lors de sa présence à Paris pour la commémoration du centenaire de la fin de la première Guerre mondiale.

Ouyahia a parlé de morts au lieu de martyrs en évoquant les victimes algériennes de la Guerre de libération nationale.

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Étonnant tout de même lorsque l’on se rappelle que l’homme a toujours adopté une attitude qui frise le mépris vis-à-vis des tirs amis ou ennemis qui ne l’ont jamais épargné du reste. La presse et l’opposition ont beau l’affubler du peu flatteur qualificatif d’homme des « sales besognes », Ouyahia ne bronche pas, ne nie rien, assume plein de choses et se plait à répéter qu’il est « un commis de l’État ».

Tout au long de sa carrière et de ses multiples passages au gouvernement, à la présidence ou à la tête du RND, on n’a pas souvenir d’un Ouyahia qui monte au créneau pour rétablir les choses à leur endroit, même quand il fait l’objet, à tort ou à raison, des pires accusations, comme le fait d’être « à la solde des services », d’être l’associé de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout dans son entreprise de transport universitaire, ou encore d’avoir ordonné l’emprisonnement de milliers de cadres lors de sa première expérience de chef de gouvernement. Pas plus qu’il ne réagit pour démentir ou expliquer des propos qui font des vagues au sein de l’opinion.

Quand un journaliste l’interpelle sur ce qui se dit à son compte ou lui rappelle une phrase polémique, comme celle où il aurait déclaré que les « Algériens devaient s’estimer heureux de pouvoir manger du Yaourt », Ouyahia balaie d’un revers de main et demande s’il n’y a pas une autre question.

Même lorsque des personnages publics supposés être ses amis politiques le malmènent publiquement, Ouyahia ne bronche pas. Il ne répondra ni à Amar Saâdani, l’ex-secrétaire général du FLN qui parle de lui comme d’un « corbeau indigne de la confiance du président Bouteflika », ni à son successeur Djamel Ould Abbes qui, entre autres piques, l’a accusé de convoiter sournoisement le fauteuil présidentiel. En conférences de presse, les journalistes ont beau le relancer, insister pour lui arracher une réplique franche, Ahmed Ouyahia est resté fidèle à sa ligne de conduite, mettant en avant sa qualité de commis de l’État et sa fidélité au président de la République.

A-t-il fini par comprendre que ce genre de posture lui a porté préjudice plus qu’elle ne l’a servi ? Dès son retour au gouvernement, en août 2017, après un long passage au poste de directeur de cabinet de la présidence, sa stratégie en la matière commencera à changer radicalement, multipliant conférences de presse et discours de circonstance.

En octobre de la même année, les services du Premier ministère se distingueront par un fait inédit : un démenti public à des rumeurs de remaniement ministériel. Ses deux répliques de cette semaine, habilement adossées au RND ou au gouvernement selon la partie à « remettre à sa place », montrent que la communication d’Ouyahia a bien changé.

Le contraste est frappant pour ne pas être relevé. Depuis quelque temps, il se comporte plus en homme politique qu’en « commis de l’État ». Qu’est-ce qui a donc fait que le Premier ministre se montre soudain soucieux de son image, voire de sa popularité ? Intervenant dans un contexte politique particulier, cette nouvelle manière de communiquer ne peut que soulever des interrogations et nourrir les spéculations déjà insistantes sur l’avenir et les ambitions de l’homme…

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