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Alger : le Centre des arts des bois des arcades à l’agonie

Alger : le Centre des arts des bois des arcades à l’agonie

Au moment de sa création au milieu des années 1980, on lui avait prédit un avenir rayonnant. Des ateliers d’artisanat, des boutiques de souvenirs, des restaurants, des salons de thé, un théâtre de plein air…

Le Centre des Arts de Riad El Feth, sur les hauteurs d’Alger, se destinait à être un pôle d’animation et de rayonnement culturel. Théâtre, danse, musique, festivals, spectacles ‘The place to be’. Ce centre devait être l’un des espaces les plus branchés d’Alger.

Plus de 30 ans plus tard, le constat est amer. Le bois des Arcades d’El Madania est défiguré, déserté et abandonné. Des délinquants y ont pris racine, les artisans se sont fait la malle et le poste de police a levé l’encre. Lors de notre reportage, nous n’avons croisé aucun agent de sécurité, sur place. A l’exception de quelques voyous éméchés et d’une poignée de couples, aucune âme n’habite les lieux. Le Centre des Arts fait froid dans le dos. Pourtant, ce poumon de la capitale jouit d’une situation géographique exceptionnelle. Situé au cœur d’une belle forêt, il offre une vue imprenable sur toute la baie d’Alger.

Pas de petits cafés pour attirer la clientèle

Il n’y a ni salons de thé, ni glaciers, ni cafés, ni snacks. Des espaces où les consommateurs peuvent s’attabler sans que cela ne leur coûte un rien. Seuls quelques restaurants, gastronomiques pour la plus part, sont implantés de ce côté-ci de l’Office Riadh El Feth. En dehors des Orientalistes et du Grill Room, les autres enseignes ouvrent uniquement en soirée.

Baisser de rideau pour les ateliers d’artisans

Les deux galeries dédiées aux ateliers des artisans et aux boutiques d’objets de souvenirs flanquent le cafard. Les portes des locaux sont fermées. Les murs suintent de partout. Sous l’effet de l’humidité et des infiltrations d’eau, les façades dessinent des cloques. L’air est irrespirable à cause des odeurs de renfermé et de moisissure.

« Par temps de pluie, les eaux s’infiltrent de partout » nous révèle Ikhlef. Ce quinquagénaire gère un kiosque à tabac depuis 1985. Il a assisté graduellement à l’agonie du Centre des Arts. « Ce lieu est complètement désert. Il n’y a rien pour attirer les familles ou les touristes. Même lorsque quelqu’un se hasarde jusqu’ici, il tourne vite les talons tellement c’est la sinistrose. Il arrive que des touristes fassent un tour par ici pour acheter une poterie, ou un bijou. La déception se lit sur leur visage en découvrant un espace sinistré. Le Centre des Arts est franchement inhospitalier. Il flanque la frousse. Les autorités l’ont laissé aller à vau-l’eau. Même le poste de police situé à l’entrée du Bois des Arcades a été levé depuis deux années. Résultat des courses : une horde de délinquants rode dans les parages. La route qui mène à ce bois est criblée de nids de poules. Quant aux prix des locations, ils sont tellement dérisoires que les artisans maintiennent leur bail même s’ils sont aux abonnés absents ».

Fantômes et délinquants ne font qu’un

Lamia travaille comme artisane en céramique dans l’atelier Terra Ceramiste. Elle aussi se désole de devoir passer ses journées dans cet espace fantomatique. « Ici tous est mort la journée. La nuit, c’est un peu plus animé grâce aux restaurants qui ouvrent le soir. De jeunes oisifs peuplent le bois. Ils se droguent, se bagarrent et profèrent des grossièretés. Même les lycéens s’y mettent. Ils viennent par bandes et font du grabuge. Comment voulez-vous que des familles viennent se promener par là. En plus, il n’y a ni cafétéria ni snack. J’avoue que j’ai parfois peur de me retrouver seule dans cet atelier, d’autant plus que le poste de police a été levé ».

Maamar travaille comme encadreur. Il ouvre son atelier quelques heures par jours mais a enregistré une nette diminution de son chiffre d’affaire.

« Les clients se font rare. Je travaille uniquement par téléphone. En arrivant ici, mes clientes restent dans leur voiture, de peur de se faire agresser. Je vais moi-même à leur rencontre au parking pour les livraisons. Regardez, il n’y a personne,même pas un agent de sécurité ! ».

Bancs déglingués, animation inexistante, fréquentation au point mort, ateliers des artisans fermés…comment et pourquoi on est- on arrivés là ? Il y a tellement de talents qui cherchent à s’exprimer sans trouver d’espace adéquat ! Re-dynamiser le Centre des Arts est urgent. La balle est dans le camp de l’Office Riadh El Feth et des pouvoirs publics. A bon entendeur…

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