Société

Alger, une ville infernale pour les piétons

Sur près de deux kilomètres, le boulevard du 11 décembre 1960 entre le rond-point du Conseil d’État à Ben Aknoun et celui du ministère de l’Énergie, sur les hauteurs d’Alger, est traversé par seulement deux passages piétons.

Le premier est situé en face de l’ambassade de l’Union européenne à Alger, et le second, un peu plus haut, vers Ben Aknoun, à proximité du restaurant Le Patio en face de l’école saoudienne à Alger.

Pour les piétons qui empruntent ce boulevard dont les trottoirs sont bien aménagés, traverser la route relève de la gageure. Les voitures circulent à vive allure sur cette route à double voie, ce qui met en danger la vie des piétons, et les passages piétons sont rares et les feux tricolores inexistants.

Pourtant, le boulevard est bordé de restaurants, d’une clinique privée, d’une ambassade, de magasins, d’écoles privées, et d’institutions de la République, comme le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État ou encore la Cour suprême. Mais les piétons n’ont pas leur place ici. Comme d’ailleurs dans la plupart des quartiers et boulevards de la capitale, contrairement aux grandes villes modernes dans le monde qui réservent une place de choix dans l’espace public aux piétons et aux cyclistes.

La ville d’Alger se développe, grandit dans tous les sens, mais le fait avec une certaine anarchie, sans véritable stratégie urbanistique et les normes propres aux grandes villes modernes.

Dans l’aspect lié à la circulation, elle est même en recul par rapport aux années 1960 et 1970, lorsque des rues principales entières, comme l’actuelle rue Larbi Ben M’hidi, étaient dédiées exclusivement aux piétons, faisant naître une culture de balade pédestre chez tous les habitants de la ville, notamment les soirs de week-end.

Les anciens se souviennent qu’à la même époque, même les piétons étaient verbalisés par les agents de l’ordre en cas d’entorse au Code de la route.

La ville est aujourd’hui livrée à l’incivisme, aux véhicules et leurs désagréments, les bouchons, la nuisance sonore, les stationnements anarchiques, la pollution.

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Le piéton est quelque peu le parent pauvre de tous les plans de circulation établis et révisés régulièrement par les autorités. Bien que le Code de la route ait tout prévu, les autorités donnent l’impression de faire comme si le piéton n’existait pas.

Quand il veut déambuler en ville, seul ou en famille, faire des courses ou aller seulement vers son lieu de travail, il ne trouve pas toutes les commodités et facilités. Et quand il fait preuve d’incivisme, il n’est pas inquiété.

Même lorsque les passages cloutés existent, ils ne sont respectés ni par les automobilistes dont certains roulent à vive allure au mépris de la réglementation, ni par les piétons qui parfois font preuve d’impatience et mettent leur vie en danger.

C’est le cas par exemple au niveau de la passerelle menant de la rue Hassiba à la route Moutonnière, dans les environs de la place du 1er mai. La passerelle étant haute et longue, beaucoup préfèrent traverser la route, où l’on roule pourtant à vive allure.

Le tout devant des policiers dépassés. À propos de policier, il convient de souligner que l’agent de l’ordre qui régule la circulation à coup de sifflet est une image qui, ailleurs, relève du passé. La régulation se fait, dans les grandes villes modernes, et même dans les moins grandes, par la signalisation et les feux tricolores. À Alger, nombre de carrefours en sont dotés, mais il est rare qu’ils restent longtemps fonctionnels.

Rendre l’espace public agréable

Si, au centre-ville, on parle d’insuffisances, dans les quartiers périphériques et les nouvelles cités, la régulation et les commodités pour les piétons sont parfois inexistantes.

Il faut parfois remonter ou descendre de longues distances pour trouver un endroit pour traverser certains axes routiers à grande circulation et où la vitesse légale n’est pas toujours respectée.

On ne parle pas de passages piétons, tant, dans certains cas, c’est carrément les trottoirs qui font défaut, en mauvais état, trop étroits ou squattés par les automobilistes, quand ils existent.

Dans les grands boulevards de la capitale, à la Rue Didouche Mourad, rue Ben M’hidi, rue Hassiba, l’image est la même et elle ne renvoie pas celle d’une ville moderne et organisée.

Par centaines, voire plus, des piétons disputent des pans de la chaussée aux automobilistes qui expriment leur mécontentement à coup de klaxons bruyants, à longueur de journée.

Au boulevard Tripoli de Hussein-Dey, l’un des plus longs d’Alger, ce sont les véhicules qui disputent aux rames du tramway le droit de passer, à même les rails. Les scènes de voitures roulant dans l’espace réservé aux rames, pour éviter les embouteillages, sont fréquentes.

Autres oubliés des plans de circulation, les handicapés et les femmes qui sortent avec des enfants en bas âge dans des poussettes. Déjà que peu d’espaces de stationnement leur réservent des places, ils ont même du mal à se déplacer sur leurs chaises roulantes à cause de trottoirs qui finissent en bordure haute comme une marche. Les autorités d’Alger gagneraient à combler toutes ces insuffisances et rendre l’espace public agréable pour tout le monde.

Dans les villes modernes, la tendance est de faciliter la vie des piétons et des handicapés, et de compliquer celle des automobilistes pour lutter contre la pollution, et améliorer les conditions de vie des habitants. À Alger, comme dans toutes les villes du pays, c’est le contraire.  Tout est fait pour que les voitures continuent d’envahir les villes, au détriment des piétons et des habitants.

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