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Algérie – Égypte : la politique remet la « réconciliation sportive » à plus tard

Algérie – Égypte : la politique remet la « réconciliation sportive » à plus tard

On a cru un moment la hache de guerre définitivement enterrée entre Algériens et Égyptiens, dix ans après les tristes événements du Caire et l’agression de l’équipe algérienne venue disputer un match qualificatif pour la Coupe du monde en novembre 2009.

Depuis le début de la CAN 2019 organisée par l’Egypte, les échos parvenus du pays des Pharaons décrivaient une atmosphère détendue et un accueil plutôt cordial pour les Algériens, joueurs ou supporters, avec cependant quelques incidents, comme l’expulsion manu militari de quelques supporters qui ont scandé des slogans politiques ou lancé des fumigènes.

A mesure que les Verts avançaient dans la compétition, les couacs se faisaient de plus en plus nombreux pour atteindre leur apogée à l’issue de la victoire finale de l’équipe d’Algérie dimanche 19 juillet. La « réconciliation sportive » entre les deux pays est remise à plus tard.

Les Égyptiens ont bel et bien supporté le Sénégal

On a d’abord beaucoup spéculé sur le camp choisi par les supporters égyptiens après l’élimination surprise de leur équipe dès les 1/8 de finale. Les avis ont divergé au fil des matchs jusqu’à ce que le sélectionneur de l’Algérie Djamel Belmadi mette fin au doute avec son franc-parler habituel.

A l’issue de la finale gagnée face au Sénégal, un journaliste local lui a fait remarquer que « finalement », les Égyptiens ont encouragé les Algériens. La réponse est sèche, sans langue de bois : « A mon retour en France je devrais voir un opticien, car je n’ai rien vu de tel ».

Non, Belmadi n’a pas de problèmes de vue car ce qu’il a constaté le soir du 19 juillet au stade international du Caire, tous les Algériens et le monde entier l’ont remarqué : les Égyptiens, facilement reconnaissables à leurs maillots rouges, ont envahi les carrés réservés aux supporters sénégalais et supporté à fond les Lions de la Terranga.

Dépôt de plainte contre Mahrez, Derradji « terroriste »

Lors de la cérémonie de remise de la coupe et des médailles, un geste anodin de Riyad Mahrez va déclencher une autre polémique. Le capitaine algérien a serré la main aux trois premières personnalités présentes sur le podium (les présidents de la CAF et de la FIFA et le chef de l’Etat algérien) puis s’est retourné pour recevoir le trophée.

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Pour les Égyptiens, Mahrez a agi ainsi pour éviter de saluer leur Premier ministre Mustapha Madbouli. Or, il est très peu probable que Mahrez connaisse le personnage et puis, parmi les personnalités au fond du podium et que le joueur n’a pas saluées, il y avait aussi Kheireddine Zetchi, le président de la Fédération algérienne. Mais les Égyptiens ne veulent rien entendre. Le président du grand club du Caire, le Zamalek, Mortada Mansour, crie au scandale et un avocat dépose plainte contre le capitaine de l’Algérie.

Après la cérémonie, le monde entier a assisté ahuri au comportement des stadiers envers les joueurs algériens fraîchement consacrés. Ces derniers ont été littéralement ceinturés pour les empêcher d’aller fêter la victoire avec leurs supporters. En dépit de sa gravité, le geste n’a pas suscité de réaction côté algérien.

Au lendemain de la finale, c’est au tour des supporters des Verts, acheminés en grand nombre grâce à un pont aérien mis en place pour la circonstance par les autorités algériennes, d’être malmenés à l’aéroport du Caire par la police locale. Des images diffusées sur les réseaux sociaux le montrent clairement.

L’autre gros personnage qui a fait sortir les Égyptiens de leurs gonds, c’est le célèbre commentateur de BeIN Sports, Hafid Derradji. Il est qualifié de terroriste et des appels ont été lancés pour l’arrêter ou l’expulser du territoire égyptien où il est venu couvrir la CAN pour le compte de la chaîne qatarie.

On lui reproche d’avoir rendu visite à la famille de l’ancien joueur égyptien Mohamed Aboutrika, en exil à l’étranger et fiché « terroriste » par les autorités pour ses liens avec l’organisation des Frères musulmans.

Hafid Derradji a toutefois quitté l’Egypte hier soir sans avoir été inquiété.

Al Sissi a-t-il évité les supporters algériens ?

En plus du souvenir des événements d’il y a dix ans, l’actualité politique est sans doute pour quelque chose dans ces tensions. Avant même le début de la Coupe d’Afrique, des manifestants algériens avaient pris à partie, à Alger même, le président égyptien Abdelfatah al Sissi, suite au décès en prison du président déchu Mohamed Morsi, le 17 juin. A l’arrivée des premiers supporters algériens au Caire, les autorités égyptiennes étaient à l’affût du moindre slogan politique.

Une vingtaine ont dû également quitter le territoire égyptien, la plupart pour avoir utilisé des fumigènes, mais au moins un a été expulsé pour avoir brandi le slogan phare de la révolution en cours en Algérie, « Yetnehaw Gâa, qu’ils dégagent tous ! ». Il sera condamné une fois à Alger à un an de prison ferme.

Il se murmure même que si le président égyptien a fait une entorse à la tradition et n’a pas assisté à la finale, c’est pour éviter les supporters algériens et leurs slogans trop « politiques »…


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