
L’année 2025 a marqué le processus d’importation de biens et services en Algérie par, tout d’abord, la création d’une agence spécialisée dans la gestion des importations, ensuite la mise en place d’un dispositif administratif qui est le programme prévisionnel d’importation (PPI) et enfin, la hausse des achats à partir de l’étranger de 19,4 % en valeur, durant le premier trimestre de l’année en cours.
C’est surtout le PPI qui suscite l’appréhension des opérateurs économiques qui ont eu à le décrier au motif qu’il soit plus un instrument rigide qui a freiné leur réactivité par rapport à l’évolution du marché, plutôt que d’être un mécanisme de régulation.
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Aussi, la question relative à sa probable reconduction pour 2026 est source d’inquiétude au niveau des chefs d’entreprises qui activent dans l’importation.
Traçabilité et lutte contre la fraude aux importations
Les griefs à l’encontre du PPI sont nombreux et se rapportent tous aux limites du contrôle administratif et bureaucratique, la lenteur dans les délais de validation, des inégalités intersectorielles en défaveur des secteurs réglementés (pharmaceutique, agroalimentaire, etc.) soumis à des exigences plus strictes, etc.
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Du côté des pouvoirs publics, il est question d’assurer une traçabilité des flux commerciaux et de lutter contre la fraude douanière et la surfacturation, d’encourager la substitution aux importations par la production locale et de maîtriser les sorties de devises dans un contexte de pression sur les réserves de change.
Et pourtant, la création de l’agence des importations par décret exécutif n° 25-233 publié dans le JO du 11 septembre 2025, disposant de larges prérogatives, conformément aux annonces du président Abdelmadjid Tebboune, faites en avril dernier, devant justement assurer la régulation d’une importante partie des opérations du commerce extérieur, celles liées aux achats à l’extérieur, n’est pas à ce jour installée.
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Cette agence est chargée d’ailleurs de l’élaboration d’un fichier national des importateurs, de renforcer le pouvoir de négociation avec les partenaires étrangers ainsi que de la réduction des coûts d’importation et des délais de livraison.
Le PPI sera-t-il abandonné en 2026 ?
D’où l’urgence de son installation pour en finir avec les surcoûts, y compris ceux engendrés par le PPI dès lors qu’il demeure une simple procédure administrative encombrante pour la flexibilité dans la gestion des entreprises.
Ajoutée à cela, la création d’une plate-forme numérique dédiée à l’accompagnement des opérateurs économiques. Elle sera interconnectée avec les systèmes d’information des secteurs, organismes et administrations intervenant dans les opérations d’importation et d’exportation.
Tant que l’agence nationale des importations ne soit pas opérationnelle, il y a de fortes probabilités que le PPI soit reconduit pour 2026, car il reste un outil de contrôle transitoire.
C’est en quelque sorte un levier stratégique pour l’État qui cherche à limiter les importations non productives, à renforcer la souveraineté économique en réorientant les achats de l’étranger beaucoup plus vers les secteurs productifs, et enfin à préserver les réserves de change surtout en période de déséquilibre commercial.
Au demeurant, le PPI peut faire ralentir les opérations d’importation des entreprises et créer des tensions sur les approvisionnements aussi bien du marché national que de l’outil de production.
Aussi, dans un contexte économique marqué par un déficit commercial croissant et une transition institutionnelle en cours (mise en place de l’agence nationale), les entreprises importatrices doivent anticiper les orientations des autorités en matière de régulation des importations. Dans tous les cas, il n’y a jusqu’à aujourd’hui aucun communiqué qui signale l’abandon du PPI pour 2026.
*Professeur d’économie à l’Université de Tizi-Ouzou