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Algérie : qui a « mangé » les viandes importées ?

Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné une enquête sur les prix des viandes importées qui devrait déterminer qui en a profité et qui les a consommées.

Algérie : qui a « mangé » les viandes importées ?
Algérie : à qui les viandes importées ont-elles profité ? | Par JackF / Adobe Stock
Ali Idir
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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Lorsque toutes les recettes essayées s’avèrent inefficaces face à la cupidité de certains opérateurs et spéculateurs, il ne reste que l’approche répressive. C’est la conclusion à laquelle semblent être parvenues les autorités algériennes concernant la disponibilité et surtout l’accessibilité des prix des viandes rouges sur le marché.

Trois ans après le retour à l’importation, les prix des viandes sont toujours excessifs. Dimanche, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné l’ouverture d’une enquête. Le chef de l’État veut savoir qui a mangé la viande importée ou plutôt à qui elle a profité.

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Une kyrielle de mesures qui coûtent à l’Etat en rentrées fiscales

Il est vrai que la question mérite une investigation profonde pour fixer les responsabilités et déterminer où vont les énormes quantités importées et à quelles parties profitent-elles. Et, surtout, à quel niveau de la chaîne se trouve la faille.

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L’État a tout fait pour rendre la viande accessible au commun des citoyens. D’abord en encourageant la production locale par une kyrielle de mesures de soutien aux éleveurs, notamment sur les prix des fourrages et autres aliments de bétail. Ensuite, en ouvrant l’importation.

La décision a été prise en septembre 2023 par le ministère de l’Agriculture. Les importateurs intéressés étaient invités à déposer leurs demandes via une plateforme en ligne dédiée et de détailler leur programme d’importation annuel. Les choses semblaient bien démarrer et l’espoir de voir les prix baisser sur le marché était réel. D’autant plus que cette mesure était suivie par d’autres.

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La loi de finances pour 2026 a introduit l’application d’un taux réduit (5%) de droits de douane aux importations de viandes bovines et ovines fraîches réfrigérées sous vide et viandes blanches congelées, ainsi qu’aux cheptels bovins et ovins vivants destinés à l’abattage et certaines catégories de bovins vivants destinés à l’engraissement. Dans le PLF 2027, il est proposé de reconduire la mesure jusqu’au 31 décembre 2029.

Et pour garantir que les viandes importées arrivent au consommateur au juste prix, les marges des intervenants ont été fixées. Un décret exécutif a fixé en avril 2024 les marges bénéficiaires à un maximum de 4% à l’importation, 5% pour la distribution en gros et 8% pour la vente en détail.

Le président ordonne l’ouverture d’enquêtes 

Avec une telle batterie de mesures, les prix des viandes devaient inéluctablement baisser, en principe. Le premier constat sur le terrain a été que la viande importée était vendue effectivement à des prix relativement accessibles, avec des différences de prix suivant le pays d’origine (Espagne, Brésil…).

Le premier couac a été que l’inondation du marché par d’importantes quantités importées n’a eu aucun effet sur les prix des viandes locales qui, au contraire, ont continué à flamber jusqu’à dépasser les 3300 dinars le kilogramme. Au fil des mois, même la viande importée, vendue au début entre 800 et 1200 dinars le Kg, a prix des ailes, atteignant des prix proches de ceux de la viande locale. Que s’est-il passé ? Il y a eu des pratiques frauduleuses, c’est indéniable.

Dans le communiqué du conseil des ministres du dimanche 18 octobre, il a été fait état de “monopoles constitués par certains importateurs”, de bouchers qui  commercialisent la viande importée “aux mêmes prix que la viande locale” et d’écarts de prix entre les wilayas et même entre certains quartiers d’une même ville. Le président de la République a ordonné au Premier ministre d’ouvrir des enquêtes sur ces pratiques. Le lendemain, les services du ministère du Commerce ont entamé les enquêtes sur le terrain.

Spéculation et gain facile 

Une mesure salutaire car il est inconcevable que toute une série de mesures prises par l’État, qui lui coûtent en matière de rentrées fiscales, soient détournées par des importateurs et commerçants pour s’enrichir illicitement en volant à la fois l’État et le citoyen.

Quitte à frapper d’une main de fer, comme cela s’est fait avec les petits spéculateurs sur les produits alimentaires -avec des résultats instantanés-, ces pratiques doivent cesser car elles annihilent et rendent inopérantes les actions de l’État et ses politiques. Et surtout, elles privent les citoyens aux revenus modestes d’accès aux sources de protéines indispensables pour leur santé.

D’autant plus que le phénomène ne se limite pas à la viande. Il n’y a pas de mesure prise par l’État pour soutenir les prix ou assurer la disponibilité d’un produit qui ne soit pas suivie de tentatives de la détourner au profit d’une cupidité décidément insatiable. L’État fait tout pour que l’Algérie ne se déleste pas de son caractère social. Certains en ont fait une terre fertile pour la spéculation et le gain facile.

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