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Algérie – UE : des négociateurs européens à Alger pour traiter les sujets qui fâchent

Une délégation de la Commission européenne est attendue ce jeudi 26 avril à Alger. Conduite par des négociateurs chevronnés avec à leur tête le directeur du commerce à la commission européenne, Ignacio Garcia Bercero, elle est chargée d’aplanir les différends qui seraient nés des récentes décisions des autorités algériennes en matière de contrôle des importations.

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Il y a peu de chances pour qu’on connaisse le détail de discussions qui seront certainement très techniques.

Dans le meilleur des cas, on devrait avoir droit aux communiqués habituels et convenus sur la volonté des partenaires européens et algériens de maintenir une relation considérée comme « stratégique » et d’approfondir le dialogue entre les deux parties.

Le ton a déjà été donné ce mardi par le nouveau ministre du Commerce. Dans ce qui est la première réaction officielle du gouvernement algérien, Said Djellab a déclaré à la presse : « Nous avons bien expliqué à nos partenaires de l’Union européenne, avec qui nous avons une relation stratégique, que nous traversons une période très difficile sur le plan financier, particulièrement pour la balance commerciale et celle des paiements, et qu’il s’agit aussi d’une période transitoire ».

Selon les propos rapportés par l’agence officielle, M. Djellab a ajouté : « Nous sommes prêts à dialoguer et nous avons instauré un dialogue et nous espérons que nos partenaires participent avec nous à cette transition économique ».

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Les sujets qui fâchent

Même s’il n’y a donc pas de clash ni d’annonces spectaculaires à attendre des réunions de cette fin de semaine, les sujets qui fâchent ne devraient pas manquer.

La réunion s’annonce tendue. Aux profonds désaccords sur l’évaluation de l’Accord d’association en vigueur depuis septembre 2005, s’ajoutent depuis quelques mois les malentendus sur les décisions du gouvernement algérien en matière de contrôle des importations.

On connait les grandes lignes de la position des autorités algériennes, elle a été rappelée à satiété par la presse nationale au cours des dernières semaines.

Le bilan de la coopération, censé revêtir un caractère asymétrique à l’avantage de l’Algérie vu l’écart de développement, est toujours en faveur de l’UE sur le plan commercial (en 11 ans de mise en œuvre de l’AA, l’Algérie a importé pour plus de 250 milliards de dollars et a exporté vers l’Europe pour moins de 14 milliards de dollars en produits hors-hydrocarbures).

Ce bilan est aussi marqué par la faiblesse des investissements européens en Algérie, alors qu’ils sont censés compenser le manque à gagner du Trésor public en recettes fiscales et douanières et aider à l’émergence d’un tissu productif national compétitif.

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Les raisons de la mauvaise humeur européenne

On connait moins bien les raisons de la mauvaise humeur des responsables européens qui ne sont presque jamais exposées publiquement.

Officiellement, il s’agirait de décisions prises dans l’urgence par les autorités algériennes en matière de contrôle des importations et sans respecter les procédures de concertation préalable avec le partenaire européen prévues explicitement par l’Accord d’association.

Officieusement, la Commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, a un peu vendu la mèche en estimant le 10 avril dernier devant les députés français que « l’Algérie ne respectait pas ses accords commerciaux avec l’Union européenne, ce qui in fine revenait à favoriser les intérêts de la Chine ».

Pour comprendre ce thème de la concurrence chinoise qui est la principale « préoccupation » européenne au sujet des relations commerciales avec l’Algérie, il suffit de se reporter aux résultats les plus récents de notre commerce extérieur.

Ce sont les chiffres des douanes algériennes qui le confirmaient voici à peine quelques semaines. En 2017, les importations algériennes en provenance de l’UE ont encore enregistré une baisse de près de 10%.

Dans le même temps, les échanges avec les pays d’Asie, la Chine principalement, continuent d’afficher une hausse sensible de près de 12,6% passant de 13,9 milliards de dollars en 2016 à 15,7 milliards de dollars en 2017.

Les négociateurs européens n’ont donc aucun mal à faire valoir que les restrictions récentes adoptées par le gouvernement algérien pénalisent essentiellement les pays de l’UE.

Ces inquiétudes européennes s’inscrivent d’ailleurs dans une perspective plus large. En 2017, les pays de l’Union européenne étaient toujours les principaux partenaires de l’Algérie. Mais globalement, la part de marché de l’UE dans les importations algériennes a régressé régulièrement au cours des dernières années, et singulièrement depuis l’entrée en vigueur de l’Accord d’association, en passant de 57,4% en 2002 à 52% en 2008 et seulement 44% en 2017 .

Cette redistribution des parts de marché s’est effectuée essentiellement au bénéfice de la Chine, dont la part a sensiblement augmenté de 2,8% en 2002 à 8,6% en 2008 et près de 16% en 2017. La Chine est le premier fournisseur de l’Algérie depuis 2013, désormais très loin devant la France qui occupait traditionnellement cette position.

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Sur l’investissement, on se renvoie la balle

La question des investissement européens en Algérie sera sans doute également au menu des discussions.

Sur ce chapitre, la position algérienne a été exposée régulièrement à Bruxelles “les flux d’investissement européens sont en deçà des attentes de l’Algérie, en particulier ceux destinés à promouvoir la diversification de son économie et de ses exportations”.

La partie européenne botte en touche en évoquant le régime des investissements adopté par les autorités algériennes depuis 2009, en particulier la fameuse règle du 51/49 qui, selon les missions d’experts dépêchés à Alger, « entrave très gravement la mise en œuvre de l’Accord d’association ».

Elles introduisent, en outre « une incertitude dans les décisions d’investissement des entreprises européennes en Algérie en particulier dans des secteurs-clés pour le rééquilibrage de la balance commerciale ».

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Vers une « application molle » de l’Accord d’association

Au total, les vastes ambitions d’une démarche qui visait à la création d’une dynamique de rapprochement et de partenariat tous azimuts entre l’Algérie et le grand voisin européen donnent encore aujourd’hui, l’impression de se diluer dans d’âpres négociations commerciales.

Dans les mois à venir, l’éventualité d’un clash entre les deux parties a peu de chances de se produire mais on n’évitera sans doute pas le scénario d’une “application molle” de l’accord d’association avec l’UE en raison, principalement, des hésitations qui continuent de planer sur la stratégie de développement algérienne qui ne permettent pas à notre pays d’exploiter efficacement les apports de l’investissement étranger, voire de la coopération institutionnelle, malgré quelques progrès récents dans ce dernier domaine, en le maintenant dans une attitude presque uniquement défensive sur le plan commercial.

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