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« Aller directement vers un dialogue est un non-sens »

« Aller directement vers un dialogue est un non-sens »

Quelle lecture faites-vous de l’appel au dialogue lancé par le chef d’état-major de l’ANP ?

Abdelaziz Djerad, politologue. Je pense que le dialogue est nécessaire. L’appel a été lancé par le chef d’état-major en disant que chacune des parties doit faire des concessions. Ce sont des termes importants dans son discours. Il me semble que c’est une période où il faut absolument entamer une approche en vue de préparer le dialogue. Aller directement vers un dialogue est un non-sens, il faut donc préparer des conditions pour que ce dialogue réussisse.

Justement ces conditions sont-elles aujourd’hui réunies?

Pour le moment il n’y a aucune condition. Rien n’est fait. Pour rester positif, le fait que le chef d’état-major parle de dialogue est un message important. Que le Hirak parle aussi de dialogue mais avec ses conditions c’est déjà aussi un élément important. Le Hirak parle de dialogue tout en disant que les 2B (Bensalah et Bedoui) doivent partir. En sus d’être une des revendications du Hirak, le dialogue fait partie d’un positionnement. L’élément important aujourd’hui c’est entamer un dialogue sous forme de « négociation ». Il faut arriver à un compromis.

En parlant de compromis, le pouvoir ne peut-il pas faire écarter Bensalah et Bedoui, ce qui serait une forme de concession ?

Dans toute négociation ou dialogue, il y a des signaux qu’on doit envoyer au vis-à-vis avec qui on dialogue. Le pouvoir réel, en d’autres termes l’institution militaire, pourrait envoyer des signaux en faisant partir le Premier ministre et peut-être aussi le président de l’Etat, d’autant plus que le départ de ces deux personnages ne coûtera absolument rien politiquement. De mon point de vue, ce sera un avantage que de se débarrasser de ces verrous. Ensuite désigner soit une personnalité ou un groupe de personnes en vue de définir les termes d’un véritable dialogue. Il est clair qu’avec le Premier ministre et le chef d’Etat actuels, la confiance ne pourra pas être établie. Or, dans tout dialogue ou négociation il faut qu’il y ait une confiance entre les partenaires. Même s’ils ne sont pas d’accord sur la forme et le fond, le fait de se réunir autour d’une table n’a pas un coût politique pour l’institution militaire. C’est pour cela que les analystes ne comprennent le pourquoi de cette résistance. Personnellement je persiste à dire qu’il n’y a pas de coût politique en faisant partir Bedoui et Bensalah.

Quels sont les préalables à un dialogue profitable ?

Vous savez, on n’est pas en train de réinventer le fil à couper le beurre. Il y a des antécédents par ailleurs à travers le monde. Il faut d’abord la confiance et la crédibilité. Qui sont les parties crédibles qui peuvent mener le dialogue ? En parlant de crédibilité je désigne les personnes qui sont plus ou moins acceptées par de part et d’autre, institution militaire et citoyens du Hirak. La crédibilité est à la fois morale et politique. Morale, c’est-à-dire des personnes qui ne sont pas mêlées à ce qui s’est passé pendant ces 20 ans.

Deuxièmement politique, c’est-à-dire qu’il y ait des personnes qui soient capables de réfléchir à faire des propositions sérieuses, parce que les propositions farfelues ça ne manque pas. Des personnes qui, sur le plan politique, ont un poids à l’échelle nationale.

Le troisième élément a trait aux partis politiques. Je parle des partis qui ont un poids. Je parle des partis de l’opposition à l’instar de Talai el Hurriyet, du MSP, Al Adala, du RCD etc., ce sont des partis de l’opposition qui ont fait Mazafran, qui ont une forme de crédibilité et respectés par l’opinion publique et qui, en même temps n’ont pas de problème majeur avec le pouvoir.

Sur ce plan il y a un bémol : les partis de l’Alliance qui ont soutenu Abdelaziz Bouteflika posent un véritable problème. Comment voulez-vous un dialogue ou des négociations avec des gens qui sont eux-mêmes à l’origine de cette situation et dont le départ est réclamé par le peuple ?

Je signale que le Hirak doit lui aussi avoir ses représentants qui déjà commencent à émerger. Ensembles avec les partis d’opposition et des personnalités nationales, ils essaieront de trouver une approche pour dialogue entre eux et entre eux et le pouvoir.

Il faut profiter de cette situation pour lancer un débat national au niveau de l’université, de la société civile, etc., à condition que l’Etat n’intervienne pas.

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